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Vent d'optimisme sur les vendanges PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 12 Septembre 2011 08:00

La récolte a démarré fin août dans le Gard avec quelques jours d'avance. La profession affiche un moral en hausse : à mi-parcours, cette édition 2011 semble prometteuse. État des lieux de la filière.

Un cru 2011 fruité et élégant

Voilà une profession satisfaite de la météo cet été ! Du soleil, de la pluie aux bons moments, et un peu de mistral pour sécher tout cela ces derniers jours. "Enfin une récolte normale !", se réjouit Vincent Trouillas, président de la fédération des caves coopératives du Gard. Ces dernières années, les excès de pluie, qui provoquent des maladies, ou la sécheresse, ont gâché la fête.
Le blanc et le rosé ont déjà été récoltés. "Les quantités sont là. Il y a une bonne acidité. Les raisins sont donc bien équilibrés", selon Philippe Pibarot, président des vignerons indépendants du Gard, et producteur en Vaunage. Reste à croiser les doigts pour les rouges et espérer une bonne météo.

"C'est plus productif que l'an dernier, mais pas assez qualitatif", note pourtant Fanny Boyer-Molinié, qui dirige le Château Beaubois à Franquevaux. Elle prédit quand même un millésime fruité, avec de la fraîcheur et de l'élégance. "C'est un cru prometteur mais compliqué techniquement. Cela dépend si le rouge atteint la maturité d'ici une semaine", précise Christophe Novara, président de la cave coopérative de Pujaut, le Cellier des Chartreux. Dans les coopératives, les moyens techniques devraient corriger cela.

Les prix remontent

"Il était temps que cela augmente", soupire Vincent Trouillas. "On n'aurait pas pu tenir indéfiniment." Les cours des Côtes du Rhône se sont redressés au cours de l'année 2010. Une hausse qui apportent un ballon d'oxygène à une profession, qui sans être sinistrée, éprouve des difficultés. "Les prix d'achat remontent pour le marché en vrac", confirme Philippe Pibarot.

"Les difficultés économiques jusqu'à maintenant proviennent de l'arrachage", pointe Vincent Trouillas. L'État a en effet offert jusqu'à l'an passé des primes contre arrachage aux viticulteurs qui partaient à la retraite sans trouver de successeur. Un problème de plus en plus fréquent dans la filière. Cette vague d'arrachage a réduit le potentiel, entraînant des pertes de production.

Grâce à la météo, la récolte 2011 va sans doute être plus importante. Mais sans atteindre des niveaux records. "On aura peut-être 12,5 M d'hectolitres au lieu de 12 M dans tout le Languedoc-Roussillon. Mais il y a 30 ans, on était à 30 M ! La région n'est plus un grand réservoir", explique Vincent Trouillas.

Une baisse parfois au profit d'une meilleure qualité. Longtemps la région était sur le marché des vins de table de premier prix, concurrencée par l'Espagne. Aujourd'hui, le Languedoc l'a perdu mais s'est recentré sur les vins de cépages (Merlot, Cabernet, etc), une des spécificités de son vignoble. "Face à la chute des cours, il y a cinq ou six ans, on s'est pris en main ", se souvient Christophe Novara. "On a monté des cahiers des charges. Pour le rosé, on vendange de 4h à 9h uniquement par exemple. C'est de la chirurgie. Quand on déclenche une récolte, on est sûr de la qualité."

 

Bio ou pas bio ?

Le Conseil général du Gard encourage le bio pour devenir numéro un. Cette année, 80 000€ de subventions sont prévus. Le département est déjà bien placé. Selon Philippe Pibarot, il serait même déjà le premier en France en nombre de producteurs. Quelque 150 à 200 indépendants sur 574 ont sauté le pas.

Les propriétaires du Château Beaubois et leurs 50 hectares en AOP Costières de Nîmes sont en conversion bio depuis trois ans pour le rouge et le rosé. Manque que le blanc, plus délicat à cultiver car les cépages sont fragiles. "On est passé d'abord en raisonné, puis maintenant en bio. C'est une dynamique", raconte Fanny Boyer-Molinié.

Une démarche pas seulement commerciale pour aller vers un marché de niche porteur. "C'est aussi une question de transmission. On en a marre de tout traiter. Le domaine nous appartient depuis quatre générations. L'eau sous les pieds, on la boit tous les jours."

Un type de conversion applaudie par Denis Florès, président du Civam bio du Gard, qui regrette que trop de viticulteurs le fassent par opportunisme. Certains qui se sont convertis pour toucher des primes, semblent avoir été conquis depuis ajoute-t-il. "Ils ont retrouvé la méthode originelle. Il y a plus de boulot mais c'est plus cohérent."

Néanmoins, le bio n'est pas la solution miracle. Intéressante pour les producteurs indépendants afin de dégager de la marge, la conversion paraît plus difficile pour une cave coopérative qui devrait convaincre tous ses vignerons. Or ce sont ces établissements, au nombre de 72, qui assurent la majorité de la production gardoise de vin.

Sans compter les limites économiques. Aujourd'hui le marché est porteur, mais que se passera-t-il quand l'offre excédera la demande ? demande Vincent Trouillas. "Le bio est intéressant en positionnement prix mais jusqu'à quel niveau le client va vouloir payer une bouteille ? Certaines coûtent deux fois plus chère que du vin conventionnel ?"

La star rosé

"Cela finira par remplacer la grenadine", s'amuse le préfet Hugues Bousiges. Certains domaines vendangent jusqu'à 40% en rosé. Les nombreux cépages rouges languedociens s'y prêtent. "On produisait 4000 hectolitres, 15000 aujourd'hui", rappelle Christophe Novara.  La tendance date d'il y a six ans, portée par de nouvelles modes de consommation : les barbecues l'été et l'apéritif. "Il y a aussi la qualité du produit, proche désormais des Côtes de Provence", selon lui.

La commercialisation, clé du modèle économique

Plus que toute autre profession agricole, la viticulture exige beaucoup de polyvalence. "On fait dix métiers à la fois, reconnaît Fanny Boyer-Molinié. Œnologue, comptable, gestionnaire, etc. Les domaines qui périclitent, manquent dans une de ces tâches." Pas toujours facile pour les indépendants. "Ceux qui ont une dynamique commerciale, ça va pour eux, précise Philippe Pibarot. Ceux qui attendent que le courtier vienne prendre les vins, c'est difficile."

Le président des vignerons indépendants dénonce aussi les tracas administratifs. En plus d'être dans les vignes ou au chai, les viticulteurs doivent se muter en chef d'entreprise et secrétaire le soir. "Tout est sur le papier. Mais on n'attache pas d'importance au gars qui fait bien son boulot", regrette-t-il.

Des tracas que ne rencontrent pas les vignerons en coopérative qui peuvent mutualiser et monter un service administratif. Les investissements sont aussi plus conséquents. Le Cellier des Chartreux à Pujaut a dépensé près d'un million d'euros en 2011, dont le tiers pour construire un restaurant. Un équipement pour mieux accueillir la clientèle en vente directe, aujourd'hui pratiquée par tous, et qui représente jusqu'au tiers de la cave.

Pourtant le marché français continue de baisser. Les vignerons gardois se sont donc tournés vers l'étranger. Un marché en progression, surtout en Asie, où il n'est pas encore à maturité, et peu risqué selon Fanny Boyer-Molinié du Château Beaubois. 50% de la production est vendue hors de France. "À l'étranger, on regarde le rapport qualité/prix. Si c'est bon, le contrat est signé. En France, on attache de l'importance à l'étiquette", témoigne-t-elle.

Entre le local et le mondial, les coopératives et les indépendants parviennent à trouver des réseaux de cavistes, parfois en dehors de la grande distribution. Ce qui évite de se retrouver sous la dépendance d'un seul circuit comme leurs collègues du secteur des fruits et légumes.

 

La vigne dans le Gard59 630 hectares de surface viticoles
4000 exploitations dont 2558 de grande taille
72 coopératives
(données du Conseil général)

 La tournée des caves

C'est une tradition à laquelle se plient, sans trop de problème, le préfet et le président du Conseil général. Chaque année, Hugues Bousiges et Damien Alary visitent des caves coopératives et des vignerons indépendants, choisis par les services du Conseil général. Un moyen d'illustrer les aides que le Conseil général distribue à la filière : 405 000 €. La moitié part dans le soutien aux exploitations. L'autre partie se divise entre l'aide aux projets stratégiques d'entreprises et la commercialisation (83 130€), le développement de l'agriculture biologique (80 000€) et la restructuration viticole (40 000€).

11-09-13-tourneePour ces vendanges 2011, deux caves coopératives ont été retenues, celle du Cellier des Chartreux à Pujaut, et celle de Vauvert. Le dernier hôte de cette tournée était un vigneron indépendant, le Château Beaubois à Franquevaux. En AOP Costières de Nîmes/Vallée du Rhône, il est en conversion bio depuis trois ans. L'occasion pour Damien Alary de faire la promotion du plan bio du Conseil général. "Ce sont eux qui vont sortir la viticulture de demain".

Les trois professionnels choisis, ce n'est pas un hasard, affichent une bonne santé financière dans un secteur qui sort de plusieurs mois de difficultés. Attachés à fabriquer un produit de qualité, ils sont tous tournés vers l'export, tout en chouchoutant la clientèle française de proximité. "Ils sont dans la mondialisation même si les Français ne sont pas oubliés avec 17 à 30% vendus sur place", s'est réjoui le préfet.