| Union européenne : 900 millions en six ans pour la région |
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| Lundi, 24 Octobre 2011 08:00 |
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Mal perçue, pas assez visible, l'Europe est pourtant bien présente dans l'économie régionale. Une présence qui se compte en euros, participant au financement de plus de 35000 projets. Tour d'horizon (non exhaustif) et perspectives d'avenir. 520 M€ attribués depuis 2007. Pour la venue de la Commission européenne, les pouvoirs publics de la région ont affiché leur satisfaction : plus de la moitié du programme lancé en 2007 a déjà été investie. "Un financement tous azimuts", selon Claude Baland, le préfet du Languedoc-Roussillon, qui cogère cette manne européenne avec le président du Conseil régional, Christian Bourquin. Grâce à ces 520 M€, c’est un milliard et demi d'euros qui a pu être mobilisé pour l'économie régionale par effet de levier. L'effort va se poursuivre jusqu'en 2013 avec 380 M€. On comprend que le comité de suivi a été choyé lors de sa visite à Alès la semaine dernière. Les hommes de Bruxelles ont vu un échantillon de ce que les décideurs régionaux ont fait de leur argent. "Nous ne sommes pas des contrôleurs, mais des partenaires", précise Joël-Philippe Tilly, responsable du suivi du Feder (voir lexique). "C'est globalement bien utilisé mais il faudra voir l'efficacité des réalisations dans l'avenir." "On échappe à ce qui menace certaines régions, la restitution de crédits", rappelle non sans fierté Claude Baland. "Nous démontrons l'efficacité sur le terrain", renchérit Christian Bourquin. Le Languedoc-Roussillon est plutôt un bon élève dans l'utilisation des fonds européens. Il se classe 7e sur 26 pour les crédits engagés, et 6e pour le paiement effectif des crédits aux bénéficiaires. Des classements que regarde en souriant Joël-Philippe Tilly, qui note que toutes les Régions françaises sont dans la moyenne en la matière. Pas toujours bien vus, les fonctionnaires de Bruxelles ont pu s'offrir une fenêtre médiatique pendant ces deux jours. "L'Europe n'est pas assez visible", regrette Claude Baland, alors que 35600 projets ont pu voir le jour, en partie grâce à elle. Plus de 50000 stages de reconversion industrielle, 620 de jeunes agriculteurs aidés dans leur installation, ou encore des digues renforcées sur le Vidourle pour protéger 370 000 habitants... Autant de projets cofinancés grâce aux différents fonds d'aide que le grand public méconnaît. Un manque de reconnaissance que le député européen Franck Proust explique facilement. "À une inauguration, tous les partenaires qui cofinancent le projet sont là : mairie, agglomération, Conseil général, Région, État, sauf l'Europe". Autre facteur moins cité, la complexité des dossiers, qui peut décourager les porteurs de projet.
L'ingénierie financière plutôt que des aides directes Les autorités pensent désormais au prochain programme, pour la période 2014-2020. La Commission européenne devrait poursuivre son effort financier. Les élus misent sur la création des régions intermédiaires, ou en transition. Une nouvelle catégorie, proposée par la Commission, à laquelle le Languedoc-Roussillon peut être éligible (voir l'interview de Franck Proust la semaine dernière). Le vice-président à la Région, Jean-Claude Gayssot, espère 40 à 80 M€ supplémentaires. "Il n'y aura pas plus d'argent, mais mieux utilisé, nuance Joël-Philippe Tilly. On va se concentrer sur ce qui marche : l'innovation, l'innovation, l'innovation." "80% des aides seraient concentrées sur trois secteurs, précise Claude Baland : l'innovation, les aides aux PME et l'économie décarbonnée." Des aides qui n'en seront plus vraiment. L'ingénierie financière, à base de garantie de prêt ou d'avances remboursables, va être privilégiée dans les prochaines années. Une mutation dans laquelle s'est déjà engagée le Languedoc-Roussillon puisque c'est la première région en Europe à utiliser le dispositif Jeremie. Un outil pour renforcer les fonds propres des PME et TPE abondés par des financements publics et privés. Seule ombre au tableau, la conditionnalité macroéconomique. La Commission réfléchit à un projet pour éventuellement geler ses aides quand les États ne respectent pas le pacte de stabilité (pas plus de 3% de déficit budgétaire). Une spécialité dans laquelle la France s'illustre depuis plusieurs années. Ce bâton pour contraindre à la vertu budgétaire énerve les élus de gauche."C'est la double peine pour les régions", selon Jean-Claude Gayssot. Une phase répressive nécessaire pour responsabiliser les États, réplique Franck Proust. "Les Régions vont devoir faire du lobbying au niveau de la gouvernance des États", dit-il. À moins que cette conditionnalité ne reste qu'un projet dans les cartons de la Commission. Le vice-président communiste et le député UMP s'honorent d'être de bons défenseurs du Languedoc-Roussillon à Bruxelles. La politique régionale se divise en 4 programmes :-le Fonds européen de développement régional (Feder, créé en 1975). 270 M€ investis dans l'économie (entreprises, infrastructures) et l'environnement.
-le Fonds social européen (FSE, créé en 1957) finance les actions autour de l'emploi -le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader, 2004) agit en complément de la politique agricole commune. -le Fonds européen pour la pêche (FEP). Alès : Visite sur le thème de l'innovation
À chaque fois, des projets financés grâce aux fonds européens (voir lexique). En tout, 750 projets ont été soutenus par l'Europe dans le bassin, pour un total de 19 M€. Faute de tout examiner, les fonctionnaires de Bruxelles se sont dit satisfaits de la diversité des réalisations aperçues lors de leur séjour. "Quand on voit qu'à Génolhac, il n'y a pas assez de producteurs et que la demande est forte, cela veut dire qu'on répond à un besoin", se félicite Joël-Philippe Tilly, fonctionnaire à la Commission européenne, en charge du suivi du Feder. Pour cette visite annuelle, ce n'est pas Montpellier mais Alès qui a été choisi pour illustrer le thème de l'innovation, fil rouge retenu par le secrétariat général des affaires régionales de la préfecture de région. "Alès est emblématique de ce qu'on souhaite faire avec l'enveloppe européenne", explique Vincent Arsigny, directeur de la mission Europe. Innovation technologique bien sûr avec le premier hôpital de France labellisé HQE, qui développe une gamme de services numériques pour les patients. Mais aussi sur le plan de la formation. La CCI a lancé ainsi deux programmes grâce aux crédits européens du FSE (237 000€ sur 910 000€) : un accompagnement à la création et à la transmission d'entreprises, et la plateforme de soutien ressources humaines. Le premier outil permet de mesurer la faisabilité des projets présentés par les entrepreneurs. Le deuxième aide à sécuriser les parcours professionnels des salariés et structurer au niveau des RH les entreprises. Au départ conçu pour sauver des emplois, il sert aussi aux PME en pleine croissance qui ont du mal à s'organiser en interne. La plateforme RH a pris en charge plus de 1500 salariés, avec souvent une baisse du stress au travail et un effet bénéfique sur le chiffre d'affaires, selon plusieurs témoignages. L'aide aux PME reste centrale dans cette politique d'innovation, comme l'a prouvé la visite de SD Tech. Cette société est spécialisée dans le broyage et le traitement de poudres à des micro doses pour les grands comptes de l'industrie (Laffarge, L'Oréal, agro-alimentaire). SD Tech est devenu un des fleurons industriels du bassin, s'appuyant intelligemment sur les pouvoirs publics pour se développer. C'est la SAEM Alès (société d'aménagement d'économie mixte) qui a construit ses locaux comprenant laboratoires, stockage et boxes de production avec une participation du Feder. L'entreprise a pu ainsi concentrer ses investissements dans ses équipements. SD Tech est passé par l'incubateur de l'école des mines d'Alès, d'où sont sortis les deux créateurs. L'école des mines qui souhaite être au cœur de l'innovation grâce à son futur hôtel des entreprises. Le bâtiment a été construit sur le Science park, pour un montant de 2 M€, dont la moitié prise en charge par le Feder. Il devrait être inauguré en février prochain. L'objectif est d'accueillir les entreprises innovantes lors de leurs premières années, afin de les dégager des contingences administratives. "Un sas de décompression entre le cocon de l'incubateur et le monde de l'industrie", selon le directeur de l'école Alain Dorison. Ce dernier espère des synergies entre jeunes chefs d'entreprise, élèves-ingénieurs et professeurs, tous réunis sur le site Louis Leprince-Ringuet pour créer un écosystème de l'innovation. "Une pépinière sur un campus, poursuit Alain Dorison, cela se compte sur les doigts d'une main en France." Un moteur pour l'économie locale... grâce à l'Europe. |






Le comité de suivi ne s'est pas ennuyé lors de son séjour alésien : voyage à Génolhac dans une boutique de producteurs, retour à Alès pour voir l'hôpital haute qualité environnementale (HQE), passage à la CCI, visite de l'usine SD Tech, et en fin de journée cap sur le Science park de l'École des mines pour découvrir le bâtiment qui accueillera l'hôtel des entreprises (photo ci-contre).