Construction d'une centrale solaire en terre d'Argence Interview de Jacques Bourbousson maire de Beaucaire, président de la Communauté de Communes "Beaucaire Terre d'Argence"
Présentez-nous en quelques mots le paysage économique de votre territoire.
La réalité économique de notre communauté de communes relève d'un triptyque très simple, l'agriculture pour une grande partie, l'industrie depuis très longtemps et bien entendu le tourisme qui prend de plus en plus de place. En matière d'industrie, nous avons les célèbres "ciments Calcia" qui ont derrière eux quatre-vingts ans d'existence et emploient 120 personnes, le 3e plus important négoce en vins de France "Moncigale" et le géant du spiritueux "Martini-Bacardi" sans compter de nombreuses petites PME. Depuis que nous sommes là, depuis 2008, nous avons réussi à remplir l'ensemble des zones artisanales de la zone industrielle de Beaucaire. Quant au tourisme, le château et les places voûtées de Beaucaire avec son patrimoine exceptionnel attirent chaque année de plus en plus de visiteurs. Enfin, le projet d'ouverture du port sur le Rhône est étudié au plus niveau. Voilà en deux mots ce que l'on peut dire sur le paysage économique de notre terre d'Argence.
Comment s'est imposée l'idée d'accueillir une centrale solaire de cette importance sur votre territoire ?
En tant que président de cave, je peux vous dire qu'il y a cinq ans, nous avons été la première cave en France à avoir installé des panneaux photovoltaïques en toiture. Depuis nous avons été beaucoup imités. Déjà sensibilisé à cette autre façon de produire de l'énergie, j'ai eu le privilège de travailler avec Jean-Louis Borloo qui n'a fait que me conforter dans cette direction... Pendant longtemps l'agriculture a concédé des terrains à l'industrie. Aujourd'hui l'agriculture va mal. Il est normal qu'il y ait un retour, que l'industrie vienne donner un coup de pouce au monde agricole. Le préalable à la création de ce parc que nous n'avons pas confiée à n'importe qui mais à "EDF Energies Nouvelles", est l'assurance d'un retour sur l'agriculture ainsi que des emplois à la clé. Deux millions d'euros vont revenir sur un fonds commun qui sera géré entre autres par la Chambre d'Agriculture pour aider l'installation des jeunes agriculteurs et la communication de l'ensemble des produits du Gard.
Est-ce qu'il y a des opposants au projet. Si c'est le cas, qu'avez-vous à dire pour rassurer ?
Une association s'est montée il y a déjà quelques temps pour la défense de la plaine de Beaucaire. Nous avons multiplié les réunions publiques. Il n'y a pas pour l'heure de véritable opposition. Mais nous allons entrer dans la phase d'enquête publique alors tout reste possible... 250 emplois pendant deux ans pour la construction du parc et 80 emplois à plein temps pour assurer ensuite son fonctionnement. Ce n'est pas rien. Ajoutez à cela les retombées financières soit 1,5 M€ de taxes au profit de la Communauté de communes, 1,4 M€ pour le Conseil général et 400 000 € pour la Région. Vous comprenez qu'à force de voir passer les trains dans ce département, on finit par être les derniers de la classe... Cette fois, on ne restera pas sur le quai de gare !
En quoi ce projet est-il respecteux de l'environnement et de la cause agricole ?
Sous les panneaux photovoltaïques, il va y avoir des pâturages. De nombreux éleveurs se sont déjà manifestés pour utiliser ces terrains. On ne perdra pas un mètre carré de terrain agricole. Par ailleurs pendant ces vingt-cinq prochaines années, ces terrains ne verront ni engrais, ni pesticides et seront rendus aux agriculteurs complètement assainis, prêts à recevoir des cultures biologiques.
Est-ce que votre Communauté de Communes est soutenue dans ce choix économique par d'autres instances territoriales ?
La commission environnementale du SCOT (Schéma de cohérence territoriale) vient de se prononcer en faveur du projet. Hier, nous leur avons présenté l'ensemble du projet. Ils se prononceront et voteront, je crois, au mois de mars. Ils attendaient que la Chambre d'Agriculture se prononce. C'est acquis. Je ne vois pas ce qui peut bloquer le projet à ce niveau. Je suis plutôt confiant !
Si vous deviez défendre en quelques idées fortes ce choix économique pour votre région que diriez-vous ?
C'est un projet audacieux qui nous ouvre de nouveaux horizons, de nouvelles opportunités économiques tout particulièrement pour l'agriculture qui est en pleine traversée du désert. Nous sommes fiers d'accueillir en terre d'Argence l'un des plus grands projets de production d'électricité verte de France. La future centrale produira, dit-on, l'équivalent de la consommation de 160 000 gardois. Comment ne pas se sentir porté par un tel projet ? Je dirais enfin deux choses. Il y a longtemps qu'on attendait l'arrivée d'une industrie propre. On parle beaucoup aujourd'hui du nucléaire et des fuites sur les centrales. L'arrivée chez nous de l'électricité verte qui va générer dans son sillage un véritable pôle d'attractivité économique est une sacrée bouffée d'oxygène pour notre territoire. De plus, je me répète mais c'est essentiel, c'est un sacré coup de main pour notre agriculture !
Electricité verte La future centrale solaire de Beaucaire produira 10% de la consommation gardoise
Programmée pour entrer en activité fin 2013, la plus grosse centrale solaire de France est portée par l'intercommunalité de "Beaucaire Terre d'Argence" qui regroupe cinq communes et une population d'un peu plus de 25 000 habitants. Ce projet territorial des plus ambitieux a pour moteurs l'emploi et le renforcement de la politique agricole. Deux enjeux prioritaires qui devraient, selon le président de la Communauté de Communes Beaucaire Terre d'Argence (lire l'interview ci-contre), revitaliser l'économie locale et dynamiser le territoire.
Un projet de territoire ambitieux
Il ne fait, en effet, aucun doute que la construction du futur parc photovoltaïque va générer l'émergence d'un pôle d'attractivité économique. Avec la création d'emplois nécessaires à la contruction du site, l'exploitation et la maintenance du parc, la mise en place de centres de formation professionnelle ainsi que l'accueil d'entreprises nouvelles, le futur Pôle Solaire d'Argence devrait devenir un catalyseur d'énergies avec d'importantes retombées pour le tourisme mais aussi pour l'innovation et l'accompagnement de l'agriculture gardoise
Deux ans de travaux
Pour être en mesure de pouvoir accueillir le futur parc photovoltaïque, la commune de Beaucaire a dû lancer la révision simplifiée de son PLU (Plan Local d'Urbanisme). Après plusieurs mois d'études techniques et environnementales, la commune instruit actuellement la demande de permis de construire. Et après les résultats de l'enquête publique qui aura lieu au printemps, les travaux devraient démarrer fin 2011-début 2012. Deux ans seront nécessaires pour donner le jour à la plus grosse centrale solaire de France qui produira 261 MWc (mégawatt crête).
Quelle centrale et pourquoi faire ?
Le futur parc solaire de Terre d'Argence positionnera le Gard au premier rang des producteurs européens d'énergie photovoltaïque Il est question de réaliser un parc de production d'électricité d'origine photovoltaïque d'une puissance installée de 261 MWc (mégawatt crête). Cela équivaut à la consommation estimée de près de 160 000 habitants (chauffage compris), soit la population de la communauté de communes de Terre d'Argence et de la ville de Nîmes réunies. Le parc assurera à lui tout seul près de 10% de la consommation électrique du département. Non seulement, ce projet hissera le Gard au premier rang des producteurs européens d'énergie photovoltaïque, mais il colle parfaitement aux objectifs du Grenelle de l'environnement défendus par l'ex-ministre Jean-Louis Borloo. Avec une économie de 100 000 tonnes de CO2/an réalisée par rapport à une production d'électricité à base d'énergie fossile, le futur parc solaire sera une formidable vitrine pour la préservation de la planète.
Vers un usage mixte du terrain
Situé dans la plaine de Beaucaire sur un terrain de 711 hectares, le futur parc verra le jour sur des parcelles agricoles occupées par des cultures annuelles, des rizières pour l'essentiel et des prairies. Appartenant à des propriétaires privés, elles seront louées à EDF Energies Nouvelles pendant 25 ans. A l'issue de l'exploitation, les équipements seront intégralement démontés et les terres retrouveront leur vocation originelle. En clair, les futures installations seront 100% réversibles. Une condition qui a été déterminante pour les élus du Terre d'Argence qui se sont prononcés en faveur du projet. Enfin, il faut savoir que la quasi-totalité des 228 hectares de panneaux et équipements resteront exploitables pour des activités agricoles telles que la production de fourrage et le pâturage. La possibilité d'un usage mixte du terrain a également pesé dans la balance.
Zoom sur un projet industriel qui allie technologie et respect de l'environnement
La plaine de Beaucaire bénéficie d'un gisement solaire important. Son relief, très plat, entre Beaucaire, Bellegarde et Fourques permet l'utilisation d'une infrastructure minimisant les impacts visuels. De plus, la zone d'implantation envisagée, non urbanisée, ne fait l'objet d'aucune contrainte environnementale forte. Enfin, la proximité du poste de raccordement électrique de Joncquières-Saint-Vincent devrait grandemment faciliter l'acheminement de l'électricité au réseau. Autant de caractéristiques de terrain qui ont joué en faveur de l'implantation de la future centrale. Elle sera composée de rangées de panneaux photovoltaïques orientés au sud avec une implantation dans le sol qui n'entraînera aucune dégradation. Ce qui devrait permettre aux systèmes hydrauliques inérants aux activités agricoles de ne pas être impactées. L'installation a été conçue de façon à respecter les risques d'inondabilité et à permettre une irrigation des parcelles afin de contenir les remontées salines... En plus des panneaux, le parc comprendra des postes onduleurs qui assureront la transformation du courant continu en courant alternatif et forcément des câbles électriques qui seront intégralement enfouis dans le sol. Enfin, il est important de préciser que l'activité agricole qui pourra perdurer sur le site (fourrage ou pâturage) le sera réalisée sans utilisation d'engrais chimiques ni pesticides.
EDF Energies Nouvelles : une référence pour les énergies renouvelables
L'Opérateur industriel qui mènera à bien le projet n'est autre qu'EDF Energies Nouvelles. Il s'agit d'une prise en charge globale puisqu'il assure études et conception, construction, production d'électricité et exploitation-maintenance jusqu'au démantèlement lorsque le moment sera venu... EDF Energies Nouvelles fait partie des leaders français du photovoltaïque au sol et en toiture. Il a du reste réalisé plusieurs parcs photovoltaïques en France et dans les DOM-TOM notamment à Narbonne, Manosque, Puyloubier dans les Bouches-du-Rhône, Gabardan dans les Landes ou encore la Roseray à la Réunion. |