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| Un "Rhizome" pour conquérir le monde |
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| Lundi, 26 Avril 2010 15:09 |
Primé lors de l'édition 2007 du concours Innov'Up, Nicolas Piau présentait alors un projet difficile à cerner pour les non initiés au monde de la musique électronique. Un monde que lui connaît bien, pour avoir sillonné la plupart des scènes du monde en compagnie de son frère jumeau, avec qui ils constituaient le duo "Les Clones", auteur de quatre albums et quelques gros tubes. Son projet de "Gig Box", une sorte de boite à musique capable de remplacer presque tous les instruments, avait pourtant été repéré par Oséo, qui le primera par deux fois. C'est par cet intermédiaire que Nicolas Piau sera contacté par Innov'Up, et participera au concours, en acceptant la clause d'installation à Nîmes en contrepartie du prix. Depuis, la "Gig Box" a cédé sa place au "Rhizome", un nom plus porteur pour un projet plus abouti. Nicolas Piau le musicien a quant à lui troqué ses instruments de musique pour la casquette de dirigeant de la société Feeltune qu'il a très rapidement créée pour donner vie à son projet. Des évolutions qui sonnent comme des confirmations, quelques jours après la clôture du Musikmesse de Francfort, qui a hissé le "Rhizome" parmi les principales innovations de ces dernières années. Que s'est-il passé pour le projet "Feeltune" depuis votre récompense au concours Innov'Up de 2007 ?Au cours de ces trois dernières années, nous avons d'abord travaillé sur le développement de la partie matérielle, et aux questions d'industrialisation, puis sur les aspects logiciels du produit. Une partie du temps a également été consacrée à la recherche de financements.
Sur un plan plus marketing, est-ce que vous avez pu confronter votre produit aux attentes du marché ?Nous avons eu deux rencontres avec le public. Une première lors du Namm Show de Los Angeles, le salon international de la musique, principalement à destination du territoire américain, puis le Musikmesse de Francfort, son équivalent européen. Ce sont deux énormes salons. Sur le Namm Show, nous n'avions pas de stand, mais nous étions présents pour faire des rencontres avec les "key poeple" de notre marché, qu'il s'agisse de distributeurs, ou de développeurs de logiciels. Mais sur le Musikmesse, nous avions un espace pour présenter le "Rhizome" à la fois au grand public et aux distributeurs.
Quels en ont été les retours ?Très concluants ! Nous avons eu un énorme buzz, ce qui nous rapporte beaucoup de presse, et la confirmation de l'intérêt pour notre produit. J'ai entendu des phrases du type "on en rêvait, vous l'avez fait", ou encore "voilà enfin un produit qui amène de nouvelles fonctionnalités". Le succès était au rendez-vous non seulement sur le plan commercial, avec des demandes des principaux distributeurs de tous pays, depuis l'Europe jusqu'au Japon, mais aussi du point de vue des utilisateurs. Les critiques et les blogueurs ont dit que nous étions la principale innovation du salon… Très concrètement, sur les cinq jours du Musikmesse, nous avons été débordés pendant les quatre derniers, le premier jour étant généralement consacré à l'observation ! Nous en sommes à quelque chose comme 150 blogs et sites Internet qui parlent de nous, avec des articles assez dithyrambiques comme dans "Keyboard Magazine" aux états unis. A mon sens, ce salon a confirmé que nous avons le produit qui faut pour le marché.
Est-ce que vous vous attendiez à une telle réaction ?Non. Je m'attendais à ce que tout se passe bien, mais pas à un tel raz-de-marée.
Ces premières réactions très encourageantes laissent imaginer des capacités de production pour répondre à la demande. Êtes-vous prêts ?Dès le départ, nous avions envisagé plusieurs scenarii de vente. Nous sommes sur un marché qui peut se révéler très efficace. C'est-à-dire que nous pouvons aussi bien vendre 200 machines que 2000 dès la première année. Pour y faire face, nous avons toujours pensé notre production, et nos approvisionnements, en conséquence. Tous les plans d'action sont prêts pour que nous sachions répondre au volume, dans des délais de production courts. C'est aussi ce qui explique que nous avons pris notre temps, car nous avons consacré presque un an à ces questions d'industrialisation, et à l'opérationnalisation de notre modèle de production.
Quelle est la suite du calendrier ?La commercialisation au public est prévue pour le troisième trimestre 2010. A partir de maintenant, nous avons un très gros travail à fournir sur le plan commercial. Nous avons récolté une centaine de contacts de distributeurs mondiaux au salon, qui se répartissent une vingtaine de territoires. Il nous faut donc opérer un premier choix parmi ces distributeurs, pour déterminer avec lesquels nous allons collaborer. Ensuite, nous allons organiser des actions commerciales sur chacun de ces territoires, afin de rencontrer les revendeurs clés de chacune de ces zones, mais aussi les relais d'opinion, presse et musiciens. L'objectif sera à chaque fois de signer un bon de commande avec le distributeur, et un engagement sur un an. Nous visons notre premier bon de commande pour la fin du mois de juillet.
Dans ce milieu, imposer un nouveau produit n'est pas simple. Comment allez-vous convaincre les artistes ?La plupart des distributeurs usent de leur capacité à mobiliser les artistes pour peser dans la balance. C'est justement un bon moyen pour nous de les tester. Nous leur demandons de rencontrer les artistes avant de signer le contrat, pour juger de la véracité de leurs promesses. D'autant que, venant moi-même de ce milieu du disque, j'ai pas mal de contacts. La difficulté réside plus dans la façon de les aborder : on peut passer par leur management, mais généralement, ils demandent de payer pour ça. On peut aussi contacter les artistes en direct, mais ça prend souvent plus de temps. Il faut trouver le bon équilibre, et avoir des idées. Par exemple, nous allons mener une opération à Ibiza cet été, puisque nous allons rester une semaine en résidence dans une radio locale, implantée au milieu de toutes les discothèques, et où passent la plupart des principaux artistes de la scène mondiale. Durant une semaine, nous allons organiser des ateliers pour présenter notre machine à ces musiciens, et croiser les doigts pour qu'ils l'apprécient. Ce qui pour l'instant a toujours été le cas…
Technologie et industrie riment généralement avec Asie… est-ce également votre choix ?Le Rhizome va être un produit "made in France". Certaines pièces vont être fabriquées hors de l'Union européenne, la plasturgie par exemple, ou les composants informatiques, mais les éléments clé, comme la tôlerie, et surtout, l'intégration, seront réalisés en France, par Feeltune. L'idée est de garder la technologie, et de ne pas l'envoyer en Chine ! Nous voulons vraiment garder la main sur le développement de nos technologies.
Lorsque vous avez été primé à Innov'Up, vous étiez basé à Paris. Qu'en est-il aujourd'hui ?Pendant quelques temps, Feeltune était implantée à la fois à Paris et à Nîmes, mais aujourd'hui nous avons tout rapatrié dans le Gard. A commencer par ma résidence principale, puisque je me suis installé dans le centre de Nîmes. Je me rends souvent à Paris, car c'est là que sont tous les "key poeple", mais si nous nous sommes totalement installés à Nîmes, c'est pour plusieurs raisons. A commencer par les coûts, car il est beaucoup plus intéressant d'être localisés ici. Mais aussi, pour des raisons qui sont moins liées à l'argent, et notamment l'accompagnement d'Innov'Up. Van-Ly Phan, qui est la chargée d'affaires pour mon dossier, m'avait convaincu de venir sur ces arguments là, et je n'en suis pas déçu.
Combien d'emplois cela représente t'il ?Nous sommes cinq à ce jour, après être montés jusqu'à sept. La suite va forcément dépendre des ventes, avec un objectif de huit personnes pour les prochains mois, et une vingtaine d'ici à trois ans.
Pour envisager le développement de l'entreprise à trois ans, il faut aussi anticiper de nouveaux produits. Vous y pensez déjà ?Nous avons en effet des projets de gamme, avec le "minizome", qui sera le même produit en plus petit, ou encore le "Rhizome LE", qui reprend le même concept sans l'informatique embarquée. Notre stratégie est avant tout de bâtir une image de marque, en se basant sur un bon produit, très puissant, avant de se lancer dans le mass-market qui reprendra notre savoir-faire et notre innovation pour asseoir notre croissance.
Aborder le marché de masse, cela signifie affronter les principaux acteurs industriels, ou se faire racheter par eux…Si dans dix ans, un industriel vient nous voir pour nous proposer de nous associer, j'étudierai la question. Mais pour les dix à quinze prochaines années, notre objectif est bien de se hisser au niveau de la trentaine de leaders mondiaux pour ce type de matériel. Notre but n'est pas de faire faire un coup pour revendre à court terme. D'autant que ce marché est assez similaire à celui des maisons de disques. Lorsqu'une "major" rachète un label, ce n'est qu'après que celui-ci se soit construit une belle image, avec l'énergie et la fraîcheur d'une nouvelle équipe. C'est cette fraîcheur, cette envie d'oser que je souhaite conserver. Dans une entreprise telle que Yamaha, ou Roland, il faut au moins un an, rien que pour faire accepter une nouvelle idée… Alors que dans notre structure, nous avons envie de pousser l'entreprise et les produits. Nous pouvons explorer des secteurs connexes comme la lumière ou la vidéo, avec notre technologie qui est très facilement portable vers ce type de marché.
Tout semble se passer sous un ciel sans nuages… un long fleuve tranquille en quelque sorte ?Comme toute startup, nous avons bien entendu rencontré des difficultés, d'autant plus réelles que nous sommes sur un marché difficile à cerner pour les acteurs financiers. La tendance naturelle de ces acteurs est de ne pas se positionner sur des marchés qu'ils ne connaissent pas. Du coup, nous avons du porter nos efforts en direction de business angels. Nous avons ainsi pu faire entrer un investisseur belge, mais aussi une société montpelliéraine, Cap Invest. Bien entendu, nous avons connu de grands moments de doute, des périodes où personne ne se payait, mais aussi des temps forts très gratifiants, comme après les concours (outre Innov'Up, Feeltune a été primée par deux fois par Oséo, ndlr). Ceci étant, même si nous en sommes à signer des bons de commande, nous demeurons en recherche de fonds pour financer la R&D future et le développement commercial. Notre produit a une vocation internationale, et notre objectif est bien de conquérir le monde. Les conditions sont propices, à nous de répondre de manière adéquate.
Est-ce que vous avez évalué ce besoin ?Notre besoin financier actuel se situe entre 200 et 300 K€, pour le développement technique et commercial de la marque.
Du musicien autodidacte que vous étiez, vous voilà devenu un chef d'entreprise qui manie la levée de fonds et les tableaux de bord avec la dextérité d'un chef d'orchestre…C'est effectivement une mutation qui s'est opérée en moi ! Une combinaison des formations dont j'ai pu bénéficier via Innov'Up, et de l'expérience acquise sur le terrain. Et puis je suis quelqu'un de très curieux, qui lit beaucoup, qui se renseigne sur tout… je suis très gourmand. L'accumulation de tous ces points fait qu'aujourd'hui, je peux aussi bien tenir un discours de développeur informatique, que celui d'un financier.
Compte tenu de cette expérience, quel regard portez-vous sur l'accompagnement dont vous avez bénéficié ?Bien entendu, tout n'est pas parfait, comme partout. Mais objectivement, je suis hébergé dans une pépinière où les prix sont très compétitifs, et surtout, je bénéficie de conseils de la part de chargés d'affaires, de consultants, de personnes d'expérience… et même si je ne suis pas toujours d'accord sur tout ce qui m'est proposé, c'est mieux qu'être isolé dans son coin. Comparativement à une structure parisienne, je pense que je m'y retrouve largement en termes de proximité.
Un dossier "modèle" pour Innov'Up
Conçu dès l'origine pour détecter et attirer sur le territoire des porteurs de projets innovants, le concours Innov'Up a parfois pu faire douter ses détracteurs sur les retombées réelles de ce type d'initiative. Face à ces doutes, le succès annoncé de la société Feeltune, et son implantation à Nîmes, peuvent avoir valeur d'exemple. Mais comme l'explique Van-Ly Phan, qui suit ce dossier depuis ses tous premiers pas, tout ne s'est pas fait sans effort : "Nous sommes entrés en contact en 2006 via l'intermédiaire d'Oséo, auprès de qui Nicolas avait postulé pour le concours de l'innovation dans la catégorie "Idées". Mais il ne s'estimait pas complètement prêt à l'époque, et souhaitait d'abord se former. Nous sommes revenus à la charge ne 2007, lorsqu'il a à nouveau postulé au concours Oséo dans la catégorie "développement". Il était alors plus prêt, et j'ai pu lui proposer les outils dont nous disposions à l'époque au niveau de l'incubateur de l'Ecole des Mines d'Alès". Habituée à détecter les idées les plus prometteuses, cette chargée d'affaires d'Innov'Up a d'abord été convaincue par le porteur du projet : "Ce qui m'a plus, outre sa personnalité, dynamique, proactif et très positif, c'est sa capacité à fédérer autour de lui une équipe aux compétences très variées, et complémentaires. Des gens qui pouvaient apporter ce qui lui manquait. Il a su s'entourer".
Un entourage déterminant, tout comme le soutien apporté par Innov'Up durant les trois dernières années, marquées par des périodes de doute, mais dont les efforts pourraient très rapidement porter leurs premiers fruits, si l'on en croit l'expérience de Van-Ly Phan : "Jusqu'à maintenant, c'était un sujet assez difficile à appréhender, surtout pour le milieu financier qui pouvait avoir des apriori sur la musique électronique, mais aujourd'hui, suite aux deux salons du Namm Show et du Musikmesse, nous avons la preuve que le marché attend ce type de produit, et qu'il y a une véritable légitimité autour du "Rhizome". Ce projet a la capacité à attirer des capitaux, y compris au niveau national".
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Primé lors de l'édition 2007 du concours Innov'Up, Nicolas Piau présentait alors un projet difficile à cerner pour les non initiés au monde de la musique électronique. Un monde que lui connaît bien, pour avoir sillonné la plupart des scènes du monde en compagnie de son frère jumeau, avec qui ils constituaient le duo "Les Clones", auteur de quatre albums et quelques gros tubes. Son projet de "Gig Box", une sorte de boite à musique capable de remplacer presque tous les instruments, avait pourtant été repéré par Oséo, qui le primera par deux fois. C'est par cet intermédiaire que Nicolas Piau sera contacté par Innov'Up, et participera au concours, en acceptant la clause d'installation à Nîmes en contrepartie du prix. Depuis, la "Gig Box" a cédé sa place au "Rhizome", un nom plus porteur pour un projet plus abouti. Nicolas Piau le musicien a quant à lui troqué ses instruments de musique pour la casquette de dirigeant de la société Feeltune qu'il a très rapidement créée pour donner vie à son projet. Des évolutions qui sonnent comme des confirmations, quelques jours après la clôture du Musikmesse de Francfort, qui a hissé le "Rhizome" parmi les principales innovations de ces dernières années.