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Un an après Richard-Ducros : Alès croit toujours en l'industrie PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 02 Mai 2012 08:56

L'agglomération d'Alès a officialisé les projets de reprise des ateliers de Ducros par des entreprises industrielles. Les 220 emplois disparus l'an dernier pourraient être recréés d'ici trois ans.

Le géant japonais va ouvrir une nouvelle ligne de production en lieu et place des ateliers Ducros dans la zone de Croupillac, le long de la rocade.Il y a un an quasiment jour pour jour, le 5 mai 2011, le tribunal de commerce de Paris prononçait la liquidation de Richard-Ducros, entreprise métallière implantée à Alès depuis plus de 140 ans. La fin de ce fleuron, spécialisé dans la tôlerie lourde et fine (ponts SNCF, capots pour IBM), a fait beaucoup parler d'elle. Tout comme le sort des 220 salariés alésiens licenciés.

Si l'avenir pour eux n'est toujours pas assuré, les bâtiments vont connaître une deuxième vie. L'agglomération du Grand Alès a, en effet, trouvé quatre entreprises pour venir occuper les huit hectares de friches et d'ateliers laissés vides, dans la montée du Silhol, près du centre-ville et à Croupillac, le long de la rocade. "Nous mettons un point d'honneur à ce que ce bassin reste industriel", rappelle Max Roustan, le député-maire (UMP) d'Alès qui s'était engagé il y a un an à préserver la vocation économique des lieux.

Le site actuel de CroupillacUn temps des rumeurs affirmaient que ces terrains seraient livrés à la promotion immobilière. Pour faire taire ces soupçons, l'agglomération a racheté au groupe Fayat, dernier propriétaire de Ducros, les deux sites. À prix coûtant, 700 000€. Dans la montée du Silhol (53000 m²), SGAI et sa filiale EMTI sont en cours d'installation, accompagnés par la société EGTS. À Croupillac, (22000 m²), le groupe japonais NTN-SNR roulement, qui emploie déjà 400 personnes à Saint-Privat des Vieux, va ouvrir une nouvelle ligne au printemps 2013. "Nous n'aurons pas Airbus, mais nous gardons les entreprises que nous avons, au moins pour 15 ans", prédit Max Roustan.

Côté emploi, 40 créations de postes sont attendues sur la montée du Silhol. 40 à Croupillac, même si NTN-SNR préfère rester prudent. Il faudra entre deux et trois ans pour recréer les 220 emplois perdus de Ducros, précise Christophe Rivenq, directeur de cabinet de Max Roustan.

Cette opération de revitalisation a été menée de concert avec la CCI d'Alès et l'agence de promotion économique, Alès Myriapolis. Un sens du collectif qu'ont toujours plaisir à célébrer décideurs économiques et politiques cévenols. "Nous avons mené un travail de forcené pour aider les grosses entreprises et les convaincre que le développement se fait sur ce territoire", explique Francis Cabanat, président de la CCI d'Alès. L'accompagnement de la collectivité a en effet été décisif, confirme le représentant du groupe NTN-SNR devant la presse.

 

Cette annonce intervient dans une bonne conjoncture. "C'est une période relativement exceptionnelle après la crise de 2008", note Francis Cabanat. Selon ses calculs, entre 110 et 130 M€ en tout devraient être investis d'ici 2013 par des entreprises de rang mondial : Crouzet, Merlin Gerin, Axens, etc. Dernière en date, la fonderie Tamaris Industries rachetée par Hugh Aikin. L'industriel américain, qui vit en France, s'apprête à injecter 17 M€ dans l'outil de production pour usiner les pièces. "Jusqu'à aujourd'hui, c'était seulement une fonderie. Il va y avoir une valeur ajoutée énorme", s'enthousiasme Francis Cabanat. Le nombre d'emplois directs s'élève à 150, ce qui signifie deux à trois fois plus d'emplois indirects. Pas de quoi résoudre tout le chômage du bassin mais une bonne nouvelle pour l'image d'Alès.

Un an après la liquidation de Richard-Ducros, rares sont ceux à avoir repris une activité, à en croire Richard Valmalle, le délégué CGT. Parmi  les 220 anciens salariés, une quarantaine serait en CDI, dont une quinzaine seulement à Alès. Beaucoup d'employés, âgés autour de 57 ans, auraient des difficultés à trouver. Plus d'une centaine serait en formation. Un bilan de la situation de chacun sera bientôt communiqué, promet Christophe Rivenq, directeur de cabinet de Max Roustan.
La reprise des sites n'évoque pas grand chose à Richard Valmalle, qui parle "d'effet de manche entre les deux tours de la présidentielle". Ni les chiffres de la CCI d'Alès. "130 M€ pour 150 emplois. Il en fallait cinq à six pour sauver Ducros. De là à dire en plus que tout est réindustrialisé." 

 

Quatre entreprises pour deux sites

Montée du Silhol

SGAI (4M€ de chiffre d'affaires en 2011, 24 salariés) est la première entreprise à être entrée dans les lieux. Implantée à Uzès, la société cherche depuis 2011 un nouveau site plus grand pour ses activités, qui nécessitent des convois exceptionnels. SGAI fabrique à destination de l'industrie pétrolière des équipements pour l'exploration et la production des champs pétroliers. Elle a racheté il y a un an EMTI, basée à La Grand’Combe (3 M€ de chiffre d'affaires, 14 CDI), et spécialisée dans le traitement de l'acier, notamment pour Arcelor. Les deux unités de production vont donc être réunies sur un même lieu. Pour Frédéric Valat, PDG des deux sociétés, le chiffre d'affaires doit atteindre 7 M€ entre avril 2012 et avril 2013 pour pérenniser le site qui doit compter à terme 70 salariés. Un objectif déjà atteint puisque 8 M€ de commandes ont été enregistrées rien que pour le mois d'avril.

Autre société en manque de place, EGTS (900 000 €, 11 salariés) qui va doubler la surface de son terrain et de son bâtiment en déménageant chez Ducros. "Depuis trois ans nous plafonnons. Le site actuel ne permet pas de développer notre activité", raconte Kouider Sayahi. L'entreprise de chantiers (sablage, traitement anticorrosion, métallisation) est une sous-traitante de SGAI depuis une dizaine d'années. "Cela représente 7% à 8% de notre chiffre d'affaires. Mais nous espérons monter à 15% ou 18%." Mais ses principaux clients sont les grands donneurs d'ordre, ASF et EDF, et les collectivités. EGTS devrait augmenter ses effectifs de sept personnes de plus d'ici trois ans, et doubler son chiffre d'affaires.

Zone de Croupillac

C'est un projet d'envergure internationale qui attend le site de Croupillac, là où se dressaient en rouge les lettres J Richard-Ducros. Le groupe japonais NTN-SNR (18000 salariés, 67 usines dans le monde) va en effet investir 6 M€ pour une unité consacrée à des roulements de troisième génération. Des produits plus innovants que ceux qui sont fabriqués à Saint-Privat des Vieux où le leader européen de roulements de roues en Europe emploie 400 salariés. Contrairement à SGAI et EGTS, qui sont devenus propriétaires, NTN-SNR va louer pendant six ans les terrains à l'agglomération du Grand Alès. Pour le moment, 40 emplois sont prévus pour une mise en production en mars ou avril 2013. Mais l'investissement pourrait atteindre 20 M€ d'ici trois ans. Cela dépendra de la performance de l'usine et de la conjoncture.