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TGV Nîmes-Montpellier : 6000 emplois à la clé PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 23 Janvier 2012 09:55

Déclaré d'intérêt public en 2005, le projet de ligne à grande vitesse a été confié à Bouygues la semaine dernière. Le Gard devrait recevoir la moitié de l'investissement prévu, soit un milliard. Une aubaine ou un TGV de promesses sans arrêt ?

RFF (Réseau ferré de France) a donc tranché. C'est Bouygues qui a été nommé il y a dix jours "attributaire pressenti" pour réaliser et entretenir le contournement LGV (ligne à grande vitesse) Nîmes-Montpellier ou CNM. Le groupe de travaux publics a remporté face à Vinci ce vaste chantier, qui doit prendre fin en 2017. 60 kilomètres de rails nouveaux à poser entre les deux villes plus 20 pour la relier au réseau existant. Une ligne conçue pour les TGV et, grande première, pour le fret.

"Nous sommes très satisfaits que RFF ait tenu son planning", déclare Thierry Lorillon, président de la fédération régionales des travaux publics (FRTP), même si son entreprise faisait partie du groupement conduit par Vinci. "La décision devait être prise avant noël. Quand on sait les difficultés pour choisir dans un tel dossier, c'est bien." Le choix de RFF permet de débloquer le dossier du dédoublement de l’A9, qui doit longer la voie ferrée.

Bouygues était moins cher. C'est l'explication principale qu'avance RFF. Le coût du chantier comptait en effet pour 40% de la note finale. La proposition de Vinci était intéressante, admet-on chez RFF : une voie non sur du ballaste classique mais sur une dalle en béton. Une innovation inédite en France qui n'a pas convaincu, sans doute en partie à cause du coût. L’exploitant du réseau a donc privilégié moins d'audace technique pour une facture plus "raisonnable". Au final, les travaux sont évalués à deux milliards d'euros. Bouygues est en charge de la réalisation et de l'entretien de l'équipement pendant 25 ans contre versement d'un loyer par RFF, dans le cadre d'un partenariat public-privé (lire les explications).

Le Gard est au premier plan puisque la majorité du tracé à construire, plus de 40 kilomètres, est sur son territoire. Un milliard d'euros devrait se concentrer sur le département, selon le Conseil général. Voilà un grand projet d'aménagement pour les entreprises du BTP qui se plaignent depuis plusieurs mois d'un ralentissement de la commande publique pour cause d'austérité et de difficultés financières.

 

Que peut-on espérer comme retombées économiques localement ? "La création de 6000 emplois par an", avance RFF dans un communiqué. Une estimation qui semble raisonnable selon Thierry Lorillon. Les travaux de la LGV Tours-Bordeaux, plus de 300 kilomètres (confiés à Vinci), occupent 5000 personnes, calcule le président de la FRTP. Le CNM ne fait lui que 80 kilomètres. "Mais c'est un chantier avec beaucoup d'ouvrages d'art, poursuit-il. Ce n'est pas que du terrassement pur car il coupe la ligne d'épandage des eaux. C'est plus délicat." Va donc pour 6000 emplois !

Mais pour qui ? Bouygues est à la tête d'un groupement comprenant DTP Terrassement et Colas, une filiale de Bouygues, Alstom Transport, Spie Batignolles et les fonds Méridian Infrastructure et FIDEPPP. Le groupe a promis de réserver 20% de la valeur du chantier aux PME locales. Il est même le seul des trois candidats* à s'engager sur un tel pourcentage (lire précisions). Une promesse qui a sûrement pesé dans la balance, RFF faisant appel à la participation des collectivités, qui n'entendent pas ouvrir leur chéquier pour rien.

Mais Bouygues ne fournit pas plus de précisions. Interrogé par Gard Éco, le service presse a fait savoir que le groupe ne souhaitait pas communiquer sur ce sujet, "pour le moment". "Si Bouygues cherche vraiment des sous-traitants locaux, il devra s'attacher les services des CCI et des fédérations professionnelles", note Thierry Lorillon qui attend sans angoisse mais avec vigilance la concrétisation de la promesse.

L'entrepreneur souhaiterait désormais que le montage financier entre les collectivités et l'État soit vite bouclé. Une première réunion a eu lieu lundi dernier en préfecture de Montpellier. Mais l'architecture d'un tel dossier s'annonce compliquée. Le premier coup de pioche est à espérer plutôt en 2013.

*Eiffage s'est retiré avant le choix final

Le partenariat public-privé
Cette formule permet de faire financer des équipements et des infrastructures par un privé, en échange d'un loyer. Au lieu d'assurer directement la maîtrise d'ouvrage, RFF la délègue et peut étaler son investissement. Elle compte aussi sur la mobilisation de l'État, de l'Europe et des collectivités via des conventions.
Le PPP, introduit en 2004, connaît un vif succès en France, qui concentre 60% des contrats de ce type signés en Europe. Soit plus de 100 projets, souvent pour moins de 30 M€. Selon RFF, le PPP est le seul moyen de mener de front trois gros chantiers LGV. En plus du contournement Nîmes-Montpellier, qui revient à Bouygues, RFF a en effet lancé en PPP la ligne Tours-Bordeaux, confiée  à Vinci, et celle entre le Mans et Rennes, qui revient à Eiffage. Les trois grands groupes français ont donc reçu chacun leur part du gâteau...

 

20% pour les PME
Le partenariat public-privé est de plus en plus utilisé par les pouvoirs publics, en manque d'argent frais. Mais les adversaires reprochent parfois à cette formule de favoriser les grandes entreprises, mieux armées, au détriment des petites. Bouygues ne part pas seul puisqu'il est à la tête d'un groupement. C'est lui qui choisit ensuite les entreprises extérieures sur le chantier. Les PME locales peuvent donc espérer voir leur carnet de commandes se remplir.
Bouygues s'est voulu plus ouvert sur la question que ses concurrents puisqu'il s'est engagé à réserver 20% des travaux en valeur aux entreprises de la région, qui ne feraient pas partie de l'un des groupements candidats. Un pourcentage élevé dans ce genre de dossier et ratifié dans une convention signée l'an dernier entre le groupe de BTP et la CCI de Nîmes. Concrètement la chambre se pose en interface et va dresser une liste d'entreprises locales pour Bouygues.

Gare TGV à Manduel : Alary dit non

Si les politiques de tout bord se félicitent que l'adjudicateur soit choisi, il reste un sujet hautement polémique : le financement de la future gare TGV de Manduel . Réseau ferré de France (RFF) prévoit en effet de construire ex nihilo deux arrêts sur la future LGV : à l'Odysseum pour Montpellier et à Manduel pour Nîmes. La ligne et les gares actuelles seraient ainsi libérées au profit du trafic local.

Un choix que rejette Damien Alary, président du Conseil général du Gard qui a décidé de ne pas participer à l'édification de la gare. Il y a d'abord un argument budgétaire, le département versant 40 M€. "Nous n'aurons pas les capacités budgétaires d'aller au-delà", admet Damien Alary.

Le président précise avoir conditionné cette enveloppe à un contrat de projet avec RFF (viaduc de Courbessac, modernisation de la ligne Nîmes-Alès). Il affirme aussi avoir obtenu des garanties pour accélérer les études afin de rouvrir au trafic voyageurs la ligne de la rive droite du Rhône et raccorder la LGV à la ligne du Grau du Roi pour des liaisons directes en été depuis Paris.

Pourquoi bloquer sur Manduel, un projet cher à Jean-Paul Fournier, le maire et président de Nîmes Métropole ? "Mieux vaut valoriser la gare de Nîmes qui a toutes les capacités de recevoir une augmentation de trafic voyageur, au moins jusqu'en 2050, et y faire passer le TCSP", avance Damien Alary. "Implanter une gare à Manduel va à l'encontre d'un développement éco-durable car il n'y a aucun projet urbain ni accès routiers préexistants", renchérit Jean Denat, vice-président en charge des transports.

Les services de l'Agglo expliquent justement que la gare sous-tend un véritable projet d'aménagement avec le projet d'un quartier. Un axe fort du développement de la métropole à l'est. La gare actuelle est dans un environnement contraint, avec beaucoup moins de foncier. Ce projet est au diapason de RFF, souligne-t-on à l'agglo. L'entreprise, qui aura en gestion les gares, rappelle en effet dans un communiqué, que "l'ambition est de réaliser en étroit partenariat avec les autorités territoriales, notamment les communautés d'agglomération de Montpellier et de Nîmes, deux projets (...) contribuant à leur développement urbain et fortement articulés avec les dessertes de proximité assurées par le tramway et le TER". Nîmes Métropole compte sur le soutien de la Région, dont l'un des vice-présidents s'appelle Damien Alary. Voilà un débat houleux pour les élections locales de 2014.

Le contournement Nîmes-Montpellier, c'est...

80 km de lignes nouvelles
20 minutes en moins pour les passagers
2,06 milliards d'euros de coût répartis entre l'État et l'Europe (un milliard), RFF et la Région (400 M€ chacun), l'Agglo de Montpellier (80 M€), 40 M€ chacun pour l'Agglo de Nîmes et le Conseil général du Gard