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A l'heure du coup de sifflet final du match de football qui opposait mardi 12 octobre la France et le Luxembourg, près de 10 millions de téléspectateurs étaient devant leur poste de télévision pour assister à la victoire des "bleus".
Après une page de publicité, l'émission "Appels d'urgence" était consacrée à Nîmes : "Depuis le début des années 2000, Nîmes partage avec Cannes, la première, et peu enviable, place au hit parade du plus haut taux de délinquance. Une délinquance qui sévit dans les quartiers sensibles mais qui touche aussi désormais le centre-ville et les petites communes périphériques, jusqu'ici relativement épargnés. Agressions, vols, cambriolages, trafics de drogue et de voitures volées… Chaque jour, les 400 fonctionnaires du commissariat de la cité gardoise sont sur la brèche pour tenter de combattre le sentiment d'insécurité qui s'est parfois installé dans la population. Caillassages, insultes, échauffourées : le travail des policiers peut s'avérer délicat notamment dans certains quartiers au bord de l'explosion et les face-à-face sont souvent tendus. Mobilisés 24 heures sur 24 pour endiguer les violences urbaines, ils démantèlent aussi chaque année une quarantaine de réseaux, du dealer de rue au trafiquant de haut vol, qui font de la préfecture gardoise une des plaques tournantes du trafic de drogue en France. Au rythme d'enquêtes au long cours et d'interventions musclées, les équipes d'Appels d'urgence ont suivi, pendant quatre mois, le travail des policiers nîmois "…
Au lendemain de ce reportage de près d'une heure et demie, les réactions s'enchaînent chez les gardois, choqués par la violence des images. Reflet du quotidien pour certains, voyeurisme médiatique pour d'autres, Gard Eco tente de séparer le bon grain de l'ivraie pour comprendre la situation.
La vérité par les chiffres : Augmentation générale des principaux indicateurs de la délinquance en 2009
Le 15 janvier 2010, Hugues Bousiges, Préfet du Gard, entouré de Robert Gelli, Procureur de la République près le TGI de Nîmes, du Colonel Christophe Marietti, Commandant le Groupement de Gendarmerie Départementale et du Commissaire Divisionnaire Jean-Michel Porez, Directeur Départemental de la Sécurité Publique, présentaient en préfecture les chiffres de la délinquance et de l'année 2009, en établissant ce premier constat : "Après six années consécutives de baisse, l'année 2009 a vu une augmentation des indicateurs de la délinquance principalement concentrée sur les 8 premiers mois de l'année… le département se classe au 11ème rang national".
Dans le même temps, les statistiques centralisées par la direction centrale de la police judiciaire classaient Nîmes en sixième position au palmarès des taux de criminalité, toutes villes confondues, avec un rapport de 109,24 faits constatés pour 1000 habitants. Des chiffres cependant comparables à ceux de Paris - hors banlieue - (107,25), Lille (106,45), ou Marseille (105,64). A titre de comparaison, ce taux de criminalité pour 1000 habitants est 91,73 à Montpellier.
Des chiffres en hausse à l'échelle du département tout entier, où la délinquance générale a augmenté de 1,4% par rapport à 2008, mais marqués par l'implication des mineurs qui représentent 17,4% des mis en cause dans la délinquance générale contre 16% en 2008 (France 18,3% en 2009).
Parmi les principaux indicateurs de la délinquance proximité, on observe les évolutions suivantes : + 15,9 % des cambriolages, qui constituent le quart de la délinquance de voie publique contre 22,6% en 2008, + 9,9 % des vols à la roulotte + 8,4% des vols d'automobiles, soit 8 véhicules volés par jour. + 24,7 % des vols avec violence Les violences urbaines, dont plus de la moitié sont des incendies de véhicules, ont pour leur part augmenté de 36% en 2009.
Témoignage : Le monde économique s'inquiète des questions de sécurité
Pour la Vice-présidente de la CCI de Nîmes, Martine Tibérino, les questions de sécurité ne sont pas une nouveauté. Elle fait partie, depuis 2004, de la commission départementale en charge de délivrer les autorisations d'installation de systèmes de vidéo-surveillance, tant sur le domaine public que chez les commerçants, et constate que Nîmes n'est pas une exception : "Je ne connais pas la situation dans d'autres villes, mais je sais qu'à l'échelle du département, toutes les communes se mettent à la vidéo surveillance".
Sa première réaction au reportage "Appels d'urgence" diffusé par TF1 la semaine dernière, et consacré à la délinquance à Nîmes, est directe : "Il faut prendre de reportage pour ce qu'il est : un concentré de faits divers. Ce sont quatre mois de faits divers ramenés à 90 minutes. C'est du voyeurisme, tout simplement". Pas question pour autant de masquer les problèmes, ni de tomber dans le catastrophisme, car les faits existent, comme elle le raconte : "J'ai été interpelée cet été par les commerçants du centre-ville, qui lançaient une pétition contre ce que les policiers appellent le vol à l'étourneau. Le principe est simple : les voyous descendent dans la rue, en bande, entrent massivement et très rapidement dans un commerce pour grappiller tout ce qu'ils peuvent, puis repartent aussi vite, avant que la police n'ait le temps d'intervenir. Ce qu'il est ressorti des réunions que nous avons organisées suite à cela avec les forces de l'ordre, c'est qu'il est possible d'identifier les auteurs de ces faits grâce aux caméras de surveillance qu'il y a un peu partout. Le souci est que les commerçants ne viennent pas porter plainte, ils en ont ras-le-bol, et pensent que ça ne servira à rien. Or sans plainte, même en identifiant les auteurs, on ne peut rien faire".
Egalement alertée par des entreprises installées en Zone Franche Urbaine, la Vice-présidente de la CCI a également organisé la concertation avec les forces de l'ordre, pour faire entendre la voix des entrepreneurs dans ces quartiers difficiles : "Nous avons réussi à travailler de concert, ce qui se traduit dans les faits par plus de rondes et plus de visibilité des policiers sur le terrain. Il faut dire que les entreprises en ont marre. Certaines ont été braquées, la plupart se barricadent littéralement pour se mettre à l'abri. Et c'est très dommage, car ces entreprises sont impliquées dans les quartiers, fournissent des emplois aux jeunes, certaines ont financé des équipements sportifs. On arrive à des situations tendues, où les entreprises demandent de l'aide aux pouvoirs publics, et sont prêtes à déménager si rien ne change ". Certaines, à l'instar de Immoclean, RDI ou Coala, représentent plusieurs centaines d'emplois, dont la disparition ne ferait qu'aggraver la situation déjà précaire de bon nombre d'habitants.
Eric Giraudier déplore des retombées négatives pour l'économieDans un communiqué de presse, Eric Giraudier a déploré l'image véhiculée par un tel reportage et ses retombées sur l'économie locale. Le candidat à la présidence de la CCI de Nîmes explique que "l'attractivité de notre territoire et de ses quartiers fait partie des conditions de compétitivité de nos entreprises et de nos commerces ". Il regrette en outre que ce seul aspect très partiel de la vie Nîmoise ait bénéficié de 90 minutes de reportage sur une chaîne nationale, à une heure de grande écoute, et lance une invitation aux journalistes de TF1 pour " accorder la même attention aux atouts économiques de notre territoire ".
Réactions en chaîne : Jean-Paul Fournier scandalisé, envisage de porter plainte
Dès le lendemain de la diffusion de l'émission consacrée à sa ville, le Maire de Nîmes adressait un communiqué cinglant, se déclarant "scandalisé, pour ne pas dire écœuré, par l'émission racoleuse diffusée par TF1, qui stigmatise notre ville et en donne une vision déformée".
"Que les caméras de télévision suivent le travail difficile mené par les brigades d'intervention et les brigades anti-criminalité de la Police Nationale, cela est naturel, poursuit le premier magistrat de la ville. L'action qui est menée sur le terrain par les forces de police, auxquelles je rends hommage, se déroule malheureusement dans des conditions similaires dans la plupart des grandes villes de France. Les images diffusées auraient aussi bien pu être tournées à Perpignan, Montpellier, Lille ou dans les banlieues parisiennes ou lyonnaises. Le choix effectué par la rédaction de TF1 n'a malheureusement pas été de poser un diagnostic sur les violences urbaines et les trafics qui se déploient sur l'ensemble du territoire national mais de pointer ses caméras sur une seule ville, comme si Nîmes était au cœur de toutes les insécurités "
Fils de gendarme, Jean-Paul Fournier a également profité de l'occasion pour rappeler les principaux axes de sa politique sécuritaire, tout en regrettant que "les auteurs de ce reportage n'aient pas pris la peine de contacter les acteurs de la sécurité de la Ville de Nîmes". "J'espère vivement, déclare t'il en conclusion, que les sujets aussi graves que celui de la délinquance et de l'insécurité seront à l'avenir traités avec plus de sérieux, permettant ainsi de faire une vraie distinction entre information et plagia de téléréalité".
On apprenait vendredi dernier que le Sénateur-Maire de Nîmes avait demandé aux conseils de la Ville d'étudier la possibilité d'engager une procédure judiciaire contre la chaîne de télévision et les producteurs de l'émission, considérant que "ce reportage ne donne qu'un éclairage très partiel de la sécurité et de la politique de lutte contre la délinquance dans notre ville. Cette vision univoque nuit gravement à l'image de Nîmes en stigmatisant la vie dans la cité des Antonins".
Le Préfet du Gard rend hommage aux policiers
Très sollicité de par la forte implication des forces de police dans la réalisation du reportage mis en cause, le Préfet du Gard a lui aussi réagi au lendemain de la diffusion, décrivant une émission qui "se focalisait sur un des aspects de l'activité de la Direction Départementale de la Sécurité Publique du Gard : celui de la Brigade Anti Criminalité (la BAC)".
Pour lui, ce gros plan sur la cité gardoise doit avant tout être perçu comme le témoignage de l'implication de services de l'Etat pour le maintien de l'ordre public : "Si ce reportage reflète la forte détermination des services de la Police Nationale du Gard à faire respecter la paix publique et à intervenir en tous points du territoire, il révèle aussi la difficulté du travail des policiers auxquels je souhaite rendre hommage ; mais il ne représente en rien l'image de Nîmes. En effet, on ne peut réduire l'image d'une ville à un reportage de 90 minutes consacré à l'activité des forces de l'ordre. Nîmes est une ville dont le taux de délinquance n'est pas plus élevé qu'il y a dix ans mais dont la délinquance a évolué. Ces phénomènes ne sont pas propres à Nîmes qui reste une ville très agréable à vivre et n'est certainement pas la ville la plus dangereuse de France"
Sur le terrain : Au cœur des quartiers, la Mission Locale Jeunes réfute l'amalgame
Montrés du doigt, les "jeunes de quartiers" font peur. C'est en tout cas le sentiment qui pouvait prévaloir après la diffusion de l'émission du 12 octobre sur TF1, assez éloigné du quotidien vécu par ceux qui côtoient ces jeunes. Pour le directeur de la Mission Locale Jeunes de Nîmes Métropole, le décalage entre les images et la réalité est important : "Dans notre activité professionnelle, nous n'avons pas ce sentiment d'insécurité. Nous sommes présents au cœur des quartiers dits " sensibles ", et même si, en fonction du contexte, on peut sentir des tensions passagères, on ne peut pas pour autant parler d'insécurité permanente. Je vais personnellement sur le terrain plusieurs fois par semaine, pourtant, je n'ai eu qu'une fois en treize ans à déplorer une vitre cassée à ma voiture. Il y a des actes délictueux, mais pas plus que dans d'autres villes", explique Jacques Meyer. "Depuis le début de l'année, nous n'avons pas eu à déplorer la moindre agression, ne serait-ce que verbale. Parfois, il peut arriver qu'un quartier en particulier, qu'une zone de la ville, se mette en " surchauffe ", puis ça passe".
Il regrette en revanche les retombées négatives pour la majorité silencieuse qui vi dans la Zone Urbaine Sensible : "Mon sentiment est que les actes graves sont le fait d'une toute petite minorité, qui entraîne une autre partie de la population sur des actes d'incivilité de moins grande ampleur. Or la tendance serait à mettre tout le monde dans le même sac. Au sein de la Mission Locale, plus du quart des jeunes que nous suivons vivent dans ces quartiers. Et nous bâtissons avec eux des projets, des parcours professionnels tout à fait performants. C'est l'amalgame qui finalement fait le plus de mal". |