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Le vaisseau du Gardon doit faire face, comme tout un chacun, aux conséquences de la crise financière mondiale. Mais, depuis le temps qu'il navigue au dessus des eaux gardoises et à travers les vies des hommes, il en a vu d'autres. Pas de raison de s'inquiéter outre mesure : pour Paolo Toeschi, son futur capitaine, la crise pourrait même être "une chance pour l'aspect développement économique territorial". L'optimisme des grands navigateurs, sans doute, celui qui a lancé Colomb vers Les Amériques et poussa Vasco de Gama au-delà du cap de Bonne Espérance.
GARD ECO : M. Toeschi, vous êtes arlésien, et vous vous apprêtez à prendre la direction du site du Pont du Gard. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ? Paolo Toeschi : J'ai 53 ans, une épouse originaire du Gard et trois enfants. Je suis administrateur territorial hors classe, ce qui veut dire que mes études en Droit et Sciences économiques m'ont poussé vers ce que l'on appelle La Territoriale. Je suis donc apte à diriger des collectivités locales. Ce que j'ai fait durant 5 ans à Istres.
GE : Bernard Pouverel ne renouvelant pas sa candidature au poste de directeur du site du Pont du Gard, vous avez postulé pour le remplacer. Ce type de fonction est-il bien dans les cordes d'un administratif ? PT. : Mon parcours personnel a été très varié, et très formateur. J'ai été chargé de mission durant un an au cabinet de Michel Vauzelle, alors garde des Sceaux sous le gouvernement Bérégovoy. Puis en 1995, je suis devenu adjoint au Maire d'Arles, chargé des finances, de l'économie et du tourisme, avant d'être moi-même maire d'Arles en 1998, succédant ainsi à Michel Vauzelle élu à la région PACA. Je suis revenu au Conseil général d'où j'avais été détaché pour fonctions électives, au moment où la CCI "remettait les clefs" du site du Pont du Gard à Damien Alary. Le président m'avait chargé d'une mission : trouver les meilleures modalités de gestion de ce monument qui est véritablement l'emblème du département. J'ai pu mettre en place un EPCC grâce à une toute nouvelle loi, qui a permis aux trois communes historiques de participer au Conseil d'administration, et au département d'être vraiment présent et actif. Puis le Conseil régional est également devenu acteur du fonctionnement et du développement du site. Ma mission m'avait passionné, elle avait abouti, c'est alors que je suis parti vers Istres où ma fonction me plaisait beaucoup. Mais je suis tombé par hasard sur une annonce dans le Monde, et l'attachement tant spirituel que familial a parlé. J'ai eu la chance d'être sélectionné par le jury en novembre 2007.
GE.: Pour le moment vous n'êtes que codirecteur du site ? PT. : Depuis le 2 avril 2008, en effet, je codirige en tandem avec Bernard Pouverel, une solution idéale pour que la transition se passe bien. Il m'a fallu du temps pour bien prendre mes marques, rencontrer tous nos collaborateurs, faire le tour de tous nos partenaires, pour que nous apprenions à bien nous connaître. Il en sera ainsi jusqu'en septembre 2009, date de ma prise de fonction officielle de directeur.
G.E. : Vous prenez le gouvernail du monument le plus visité du Gard. Mais la situation internationale n'incite pas à l'optimisme. N'êtes vous pas inquiet ? P.T. : Il est évident que les mois qui vont venir ne correspondront pas aux perspectives sur lesquelles j'avais basé mes préconisations, lors de mon exposé devant le jury qui a retenu ma candidature. Comme le président de l'EPCC, William Dumas, je m'interroge sur l'année 2009 et le tourisme international, surtout Américain. Mais nous n'allons pas attendre la réponse à cette interrogation sans rien faire. Bien au contraire, nous allons passer à des étapes auxquelles personne ne pensait avant la crise économique. Pour d'autres raisons, lorsque je m'occupais du parc régional de Camargue, j'ai déjà dû faire face à des difficultés. Avec beaucoup de travail, et toutes les bonnes volontés, on y arrive. Mon premier souci sera de ne jamais oublier que l'EPCC du Pont du Gard est un service public avec une orientation très forte sur le patrimoine, le musée, la ludothèque, l'auditorium, et le cinéma. Parcourir les salons internationaux pour intéresser les touristes étrangers à notre offre ne doit pas faire perdre de vue l'appropriation du site par les gardois. C'est déjà une réalité, mais il faut encore accentuer le mouvement, faire que les familles se tournent instinctivement vers cet endroit qui offre dans un même lieu loisirs, culture, dépaysement, qualité de l'environnement, le tout à des prix très attractifs. Alors, la crise pourrait devenir un élément fédérateur, et peut-être une chance pour le développement territorial du département.

Peu de défection des Tours Operators en 2008, les contrats avec le site étant passés une année à l'avance. C'est au printemps 2009, et en 2010, que les conséquences de la crise internationale devraient se faire sentir.
Face aux grains de l'économie internationale On ferme les écoutilles et on encaisse le choc
Paolo Toeschi ne nie pas que la fréquentation a baissé depuis septembre, et que l'heure est aux économies. Mais il cherche avant tout à les réaliser dans le consensus et la réflexion. "Au total, nous devons parvenir à 500 000 euros d'économies structurelles" explique le futur directeur, avec un objectif primordial, "préserver les 95 salariés à temps plein qui depuis le début ont fait preuve d'un dévouement exemplaire. Ce sont de véritables militants du site". Alors, après débat, un accord est intervenu avec le personnel qui a accepté le principe de l'annualisation du temps de travail dont peut se réclamer l'établissement qui relève de la convention des parcs et loisirs. Ainsi, l'automne et l'hiver (jusqu'au 15 mars), le site tournera au ralenti, sauf durant les fins de semaines et les vacances scolaires, où les espaces rive gauche seront ouverts. Ce qui permettra de restituer des heures en été. Conséquence directe, qui ne réjouit personne mais s'avère obligatoire, le non recrutement d'une soixantaine de vacataires saisonniers. "Entre deux maux…". A cette économie directe (350 000 €) s'ajoutent les non dépenses de chauffage et autres entretiens d'espaces rive droite pour le moment occultés (environ 150 000 €).  La restauration a été pour le moment concédée à un restaurateur de la région uzétienne (Les jardins de la Gare) et des travaux ont été lancés pour permettre à l'ex hôtel Labourel de devenir un établissement apte à être correctement exploité, après appel d'offre et délégation de service public. (Ndlr. Il faudra toutefois trouver rapidement une autre entreprise, celle à qui avait été confié le chantier, la société Roux bâtiment, vient de déposer le bilan !). Enfin, il va falloir tailler dans le vif, et alléger la programmation culturelle, seule source d'économies substantielles. Exit donc les shows de l'été qui, pour attirer une foule impressionnante (comme ce fut le cas pour Manu Chao), sont trop lourds à budgéter. Autre sacrifice, le contrat avec le groupe F est dénoncé, ce qui évite une dépense de 400 000 € et le bal du 15 août est encore en discussion.
Incitation à la carte et nouvelles pistes
Dépendant des subsides du Conseil général et régional, eux-mêmes obligés de restreindre leurs subventions, le site du Pont du Gard s'attend donc à voir sa fréquentation baisser de 20 % et son budget annuel passer de 10 à 8,8 M€. Adaptant le slogan qui fit florès lors de la crise de 1973, Paolo Toeschi annonce que, lorsqu'on a pas d'argent, il faut avoir des idées. La plus importante, est celle qui consiste à faire venir plus de visiteurs, et surtout plus de familles sur le site. Pour y parvenir, le codirecteur préconise de "donner des signes forts au grand public". Le plus voyant, celui qui "donne du sens et de la cohésion" sera la mise en place d'une carte jeune. Jusqu'à 16 ans, l'accès serait gratuit, seuls les adultes accompagnants paieraient leur ticket s'ils désirent visiter les espaces culturels (12 € la journée). Une véritable incitation pour les familles de 2 ou 3 enfants qui peuvent choisir, plutôt que de s'acquitter du prix du parking (5 €) à chaque visite, d'opter pour la carte annuelle à 13 €. La stratégie ne peut fonctionner que si, effectivement, les visiteurs se tournent vers cette destination, au lieu d'investir dans des vacances au ski ou sous le soleil des tropiques. Pour convaincre le proche public, et celui que l'on ira chercher dans les villes touristiques voisines (Arles, Avignon, Nîmes, Montpellier), il faut continuer de proposer des rendez-vous attractifs. Dans cette optique, le grand et festif rassemblement de Garrigue en fête durant les 3 jours de Pâques est maintenu, comme le sont les nuits sous les étoiles ou celles qui permettent d'observer les chauves-souris. Les randonnées, et surtout les Rendez-vous à la rivière, le sont également. Ainsi se dessine un espace et une ambiance de plus en plus "Nature, bien-être, plaisir de flâner dans un lieu extraordinaire, dans une ambiance de calme, de repos", sans pour autant oublier les moments de fête populaire, comme un rassemblement de fanfares, "pourquoi aller chercher ailleurs ce qui fait l'identité de notre région ?". Une identité fondée sur la Romanité, et que Paolo Toeschi veut développer au travers d'échanges culturels et scientifiques…Le musée de l'Arles Antique n'est pas si loin.
Convention de programmation et de financement pluriannuelle Les statuts de l'EPCC notifient que le département doit s'acquitter d'un montant de subventions de 2,5 M€. Il est allé jusqu'à 3,6 M€, mais ne peut plus continuer à la même hauteur et s'en tiendra donc en 2009 à 3 M€. Le Conseil régional lui, coupe carrément la poire en deux et passe de 1 M€ à 500 000 € de dotation de fonctionnement global. En revanche, le département et la région proposent de mettre en place une convention de financement sur trois ans, pour parvenir à programmer des actions dans une plus grande cohérence. De quel montant sera cette aide financière supplémentaire ? On le saura lorsque la phase de réflexion engagée s'achèvera, avant la fin 2009, il faut l'espérer.
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