| Risque incendie : Le Gard est-il prêt ? |
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| Mardi, 04 Août 2009 00:00 |
Risque Incendie : Le Gard est-il prêt ?Alors qu'au plus fort de l'été, les soldats du feu sont en alerte quasi-permanente, la Mission d'évaluation et de contrôle sur le financement des services départementaux d'incendie et de secours vient de remettre un rapport dérangeant à la commission des finances de l'Assemblée nationale.
Si le traitement de l'urgence n'est pas sans lui rappeler sa profession de chirurgien, dont il garde la "culture du dérangeable 24 heures sur 24", il est un autre aspect commun à ces deux pans de la vie d'Alexandre Pissas : l'importance de la prévention. "Comme la lutte contre les incendies, la prévention ne revient pas qu'au SDIS. C'est une partie carrée qui relie les pompiers, le Conseil Général, l'Office national des forêt (ONF) et la Direction de l'agriculture et des forêts (DDAF), sous l'autorité et la coordination du Préfet", déclare le Président du SDIS, qui reconnaît tout de même que des efforts sensibles ont été accomplis, notamment grâce à la réduction notable du nombre de décharges communales, à l'origine de nombreux feux accidentels par le passé. Même constat d'effort à mettre à l'actif des collectivités territoriales en ce qui concerne l'entretien et le débroussaillement, tout en reconnaissant que "cela représente un budget qui n'est pas négligeable pour les communes, et certaines ont de plus en plus de mal à faire face à ces impératifs".
Mais le discours que martèle le maire de Tresques n'est pas une litanie saisonnière : " La lutte préventive contre les incendies ne se limite pas à la période du 1er juillet au 30 septembre, mais se déroule sur toute l'année, et passe par l'entretien de tout ce qui peut favoriser un incendie. Il est indispensable de débroussailler, aussi bien le domaine public que les parties privées.". Depuis l'automne 2008, des actions ont été conduites pour inciter les particuliers et les collectivités à débroussailler. Un plan de contrôle des obligations légales de débroussaillement a été déployé sur 4 communes du département jugées très sensibles (Langlade, Saint Siffret, Villeneuve-Lez-Avignon et Laudun). Les premiers contrôles ont permis de constater que les travaux de débroussaillement visant à diminuer l'intensité et limiter la propagation des incendies n'ont pas été réalisés sur 80% des 1500 parcelles contrôlées. Quant à mesurer l'efficacité des moyens engagés, Alexandre Pissas de conclure : "J'aimerais ne pas avoir à évaluer l'efficacité du SDIS 30 face aux incendies. Je suis comme un militaire qui aimerait ne pas avoir à faire la guerre pour tester ses troupes".
Préserver la forêt, et son économieDans le Gard, la forêt s'étend sur 288.370 hectares, et occupe ainsi 49% de la surface du département contre 26% au niveau national et 33,6% au niveau régional. La surface forestière est en constante augmentation, puisqu'elle occupait moins de 30% du territoire en 1973. Et si la protection de ces espaces naturels revêt un enjeu écologique majeur, ces espaces abritant de nombreux sites riches par leur biodiversité, l'intérêt économique est lui aussi de poids. Essentiellement concentrées dans les Cévennes, les ressources en bois ont bénéficié d'importants investissements publics depuis cinquante ans, profitant du même coup à d'autres productions : élevage extensif, faune sauvage pour la chasse, ou encore bois de chauffage. D'autant que les espaces forestiers contribuent à la gestion de l'eau et protègent les sols contre les risques naturels d'érosion et d'inondations. De façon générale, c'est toute l'agriculture méditerranéenne qui profite de l'action bénéfique de la forêt. Directement liées au développement local, les forêts ou les espaces boisés à la périphérie des villes demeurent des éléments fortement attractifs au sein d'une société qui privilégie le cadre de vie et les activités de pleine nature. A cela s'ajoute l'attrait touristique de ces espaces naturels. Enfin, même si les emplois dans l'activité de l'exploitation forestière et des scieries se situent essentiellement en zone de montagne, il ne faut pas sous-estimer l'activité de récolte de bois de chauffage en garrigue. La protection et la gestion à finalités multiples des milieux forestiers sont également créatrices d'emplois et les espaces forestiers sont le support direct ou indirect d'activités économiques dont l'impact sur l'activité rurale est notable.
Météo France au service des pompiersSi le lien direct qui relie la force du vent au risque incendie n'est plus à prouver, c'est l'ensemble des conditions météorologiques qui a une influence sur la probabilité de voir un feu démarrer, et sur sa capacité à se propager. Forts de ce constat, les services chargés de la prévention et de la lutte contre les incendies disposent à présent d'une assistance sur mesure de la part de Météo France, dont les centres départementaux du Sud-Est produisent tous les jours deux bulletins spécifiques, ainsi qu'une représentation cartographique des zones à risque. Les éléments ainsi mis à disposition via un extranet auquel ont accès l'ensemble des SDIS se basent sur la mesure de la sécheresse et des réserves en eaux, conjugués aux prévisions habituelles telles que les précipitations, la température, ou le vent. Un outil qui permet non seulement une meilleure réactivité pour le suivi des évènements, mais qui autorise également une amélioration de la gestion des ressources humaines et matérielles en anticipant les périodes de repos et de vigilance en fonction du niveau de risque. Le Gard va plus loin Au niveau gardois, cette coopération entre le SDIS et Météo France a été approfondie. Un partenariat spécifique entre le Conseil Général du Gard et La Direction Interrégionale Sud-Est de Météo-France a permis l'installation de stations automatiques de mesures météorologiques, dont le Conseil Général assure le financement et dont Météo France assure l'exploitation. Ces matériels permettent d'affiner autant que possible les informations transmises aux soldats du feu. Comme le souligne Stéphane Roos, délégué départemental de Météo France, "nous allons ainsi au bout de ce que l'on peut faire dans la mise à disposition d'information dont le fond et la forme sont au cœur du processus décisionnel". En outre, des sessions de formation croisées ont été mises en place entre les deux structures afin de faciliter la compréhension mutuelle de ces deux mondes de spécialistes. Pour les pompiers, cela permet non seulement d'améliorer leur lecture des informations transmises, mais également d'en connaître les limites, et donc, de pondérer leurs choix lors de la prise de décision. Pour Météo France, cet échange est un moyen de se rapprocher d’avantage des attentes des utilisateurs. |






Au cœur de ce rapport, le constat que la départementalisation découlant de la loi du 3 mai 1996 sur les SDIS, qui devait conduire à une mutualisation des moyens, "a été un facteur d'accroissement considérable des coûts", marqué par une hausse de 245,6% des dépenses des services départementaux d'incendie et de secours, selon les parlementaires. Dans le même temps, au plus près du terrain, le département du Gard a vu la surface moyenne annuelle de forêt détruite par des incendies, être divisée par six en vingt ans. Un constat plus que satisfaisant pour Alexandre Pissas, Conseiller Général du canton de Bagnols-sur-Cèze, qui préside depuis treize mois le SDIS 30, et qui se souvient de son premier contact avec les pompiers : "En tant que maire de Tresques, j'ai vécu en 2005 deux incendies graves, et j'ai vu les flammes s'approcher de mon domicile. C'est là que j'ai pu constater l'efficacité des pompiers, qui ont débarqué et installé leur plateforme à moins d'un kilomètre de chez moi. Ils étaient environ quatre-vingt soldats du feu, et ont mené les opérations de main de maître, avec une organisation quasi-militaire".