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Rentrée de la CGPME : Objectif CCI PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 07 Septembre 2009 00:00

Henry Douais : “Si nous montons une liste indépendante, c'est bien pour obtenir la présidence !”

Il n'y a pas que les lycéens qui faisaient leur rentrée mercredi matin. Fidèles à leur rendez-vous mensuel et matinal du premier mercredi du mois, une cinquantaine d'adhérents et de sympathisants de la CGPME du Gard ont eux aussi mis un terme à leur trêve estivale, pour entamer une nouvelle année "scolaire". A quelques mois des prochaines élections consulaires, Henry Douais, Président de la CGPME du Gard, nous livre son plan de bataille pour partir à l'assaut d'une CCI qui, bien que prochainement régionalisée, demeure un enjeu de taille pour le monde patronal.

09-09-08-cgpmeGard Eco : On constate depuis plusieurs mois, que les petits déjeuners qu'organise la CGPME attirent des participants de plus en plus nombreux. Comment expliquez-vous cet intérêt soudain chez de nouveaux membres et sympathisants ?

Henry Douais : Je crois que les gens ont besoin d'intégrer les réseaux, soit parce qu'ils rencontrent des difficultés, soit parce qu'ils ont peur d'en rencontrer. Ils ont envie de retrouver un réseau économique pour mieux appréhender les difficultés et les problèmes. C'est souvent en période de crise que les syndicats, qu'ils soient patronaux ou salariés, trouvent de nouveaux adhérents, à la recherche d'informations et d'échanges.

Qui sont ces nouveaux venus ?

En ce moment, nous accueillons de nouveaux entrepreneurs, qui démarrent des activités parfois innovantes, comme par exemple une dame qui est médiateur social, et qui souhaite mettre ses compétences au service du monde de l'entreprise. Elle propose de la médiation entre le chef d'entreprises et les salariés.

Y a t'il parmi eux des auto entrepreneurs, et quel regard portez-vous sur cette nouvelle façon d'entreprendre ?

Rien que ce matin, nous avions une dizaine d'auto entrepreneurs parmi les présents. Nous avons évoqué la question au niveau national, car certains ne se montraient pas très positifs sur ce sujet, notamment sur le sujet de la concurrence. Mais la position du Président Roubaud est claire : sur ces nouveaux entrepreneurs, il y en a un certain nombre qui vont faire un tour et repartiront, et d'autres qui vont peut-être s'essayer quelques mois, puis démarreront une nouvelle entreprise.

Certains, notamment parmi les artisans, assimilent ce nouveau statut à une forme de concurrence déloyale. Vous ne partagez pas ce point de vue ?

Il est vrai que les artisans se plaignent beaucoup à ce sujet. Mais nous leurs disons que ce dispositif va peut-être diminuer le travail au noir. Bien entendu, nous ne pouvons pas en être certains, mais il y aura un effet sur le travail dissimulé. Je suis persuadé qu'un auto entrepreneur qui s'essaie une année, et qui voit que ça fonctionne, va pouvoir se lancer. C'est justement le cas de la médiatrice que j'évoquais.

 

Le sujet chaud de la rentrée, pour la CGPME et pour la plupart des organisations patronales, ce sont les prochaines élections consulaires. Où en êtes-vous ?

Je me rendrai le 16 septembre prochain au Comité directeur national, à Paris, puisque Jean-François Roubaud nous a demandé d'intégrer, et d'avoir le plus grand nombre d'élus au sein des Chambres de commerce. C'est la première fois qu'ils nous demande cela, de nous mettre en concurrence avec nos amis du Medef, et avec les artisans, qui ont également envie d'intervenir au sein des Chambres de commerce.

Pourquoi une telle lutte, alors que les CCI telles que nous les connaissons vont très certainement perdre une partie de leur pouvoir au profit des Chambres régionales ?

Même si les Chambre territoriales, puisque je pense que c'est comme ça que nous les appellerons, vont avoir un peu moins de pouvoir, chacun veut avoir, au sein de la région, des élus qui défendent les territoires. Ce que nous craignons dans cette réforme, c'est qu'une grande majorité d'élus proviennent d'un même territoire, et que ce territoire bénéficie de la plus grosse part du gâteau. Par exemple, nous n'avons pas envie de payer dans le Gard pour un port à Sète, et par contre, nous souhaitons continuer à préserver Alès.

Et pour y parvenir, ne vaudrait-il pas mieux jouer l'alliance avec le Medef ?

Nous avons déjà joué la carte commune avec le Medef lors des précédentes élections. C'était une solution il y a cinq ans, qui a à peu près fonctionné, mais pas si bien que cela tout de même car nous sommes en minorité. Nous avons fait ce que nous avons pu, mais je pense que les PME et les TPE n'ont pas été suffisamment prises en compte. Or, nous avons une vision de l'entreprise assez différente de celle de nos amis du Medef. De plus, nous n'avons pas été consultés pour le choix du candidat que le Medef a mis en avant, et qui ne nous convient pas. Si bien que le Conseil d'administration de la CGPME du Gard s'est prononcé à l'unanimité pour la constitution d'une liste autonome, si Paris nous donne le feu vert.

Votre direction nationale peut-elle vous demander de renoncer ?

La direction nationale va logiquement laisser aux acteurs locaux la décision finale, au regard de leur connaissance des réalités du terrain.

A quel niveau fixez-vous votre objectif : avoir des élus, ou viser la présidence ?

Si nous montons une liste indépendante, c'est bien pour obtenir la présidence !

Et cela vous semble possible, compte tenu du mode de scrutin ?

J'y crois, bien entendu. La seule question qui se pose, et que nous posons au niveau national, est celle de l'égalité des chances. Prenons l'exemple de Montpellier, qui n'est qu'à cinquante kilomètres. Il n'y a que trois collège d'électeurs : service, commerce et industrie. Alors qu'à Nîmes, il y en a neuf, à la faveur d'un règlement intérieur qui permet aux grosses entreprises d'être à peu près sûres d'avoir le pouvoir. Car parmi les neuf catégories, certaines sont réservées à des entreprises de plus de cinquante salariés, qui ont, on le sait, plus d'affinités au Medef. Voilà pourquoi la CGPME se trouve très mal représentée, tout en ayant beaucoup de votants, et de voies. Prenons un secteur comme le commerce :  dans ce que nous appelons la catégorie C3, réservée aux entreprises de plus de 50 salariés - la grande distribution, en l'occurrence - vous avez une centaine de votants qui mettent en place six ou sept élus. A côté de cela, la catégorie C1, du petit commerce, qui regroupe près de 9000 votants, a elle aussi droit à seulement six ou sept élus. Ce n'est pas le cas à Montpellier, où tous les ressortissants du secteur du commerce votent pour le même collège.

L'autre option pourrait être une alliance avec les artisans. L'avez-vous envisagée ?

Il faut noter que les artisans sont divisés entre la CAPEB, d'un côté, et la Fédération du Bâtiment de l'autre. Avec une situation compliquée puisque la FFB, qui est très proche du Medef, a Henry Brin comme vice-président, alors qu'il est également membre du Conseil d'administration de la CGPME… D'autant qu'il nous demande également de nous impliquer dans la direction de la Chambre de métiers. J'ai envie de dire que nous n'avons pas à nous occuper des élections à la Chambre de métiers. A partir de là, les artisans qui souhaitent nous rejoindre peuvent le faire individuellement, mais nous n'allons pas recourir à des alliances corporatives, qui me semblent bien trop compliquées.

Comment envisagez-vous les prochains mois ?

Tout d'abord, nous poursuivons les rendez-vous mensuels des petits-déjeuners d'information. Car sur des sujets d'actualité, comme la taxe carbone, les chefs d'entreprises ont besoin de savoir ce qui va se passer, et ce qu'ils peuvent faire pour s'adapter. A nous de trouver les experts capables de venir nous éclairer pour prendre les bonnes décisions. Notre prochain petit déjeuner sera également très important, dans la continuité de ce qui a été le thème de notre dixième anniversaire : Entreprises, talents et territoires. Nous voulons rédiger un livre blanc, car le conférencier qui est intervenu pour nos dix ans, nous a dit que nous étions assis sur un trésor, et que nous ne le savions pas… Nous avons des talents sur notre territoire, qu'il faut faire émerger, qu'il faut aider à se développer. Nous avons des idées à ce sujet, y compris dans le mode de fonctionnement de la CCI, si nous en avions la possibilité.

Par exemple ?

Il y a des chefs d'entreprises qui ont trois ou quatre salariés, et qui pourraient se développer, s'ils étaient parrainés par des dirigeants de structures plus importantes. Nous sommes fortement tournés vers ces principes de parrainage, de partenariat, de proximité. A contrario, nous avons l'impression qu'aujourd'hui, la Chambre de commerce est un réceptacle pour les entreprises, qui peuvent y venir quand elles veulent, mais que l'on ne va jamais rencontrer. Cela manque de proximité, notamment pour les huit ou neuf mille TPE qui n'ont pas ou peu de salariés. Nous avons réalisé une enquête auprès de ces petites entreprises, et à la question "que pensez-vous de la Chambre ?", ils répondent qu'elle ne sert à rien. C'est terrible. Il faut trouver les moyens de redevenir ce que l'on attend de la Chambre : un service de proximité pour les chefs d'entreprises, et surtout pour ceux qui en ont réellement besoin. La CCI a monté "le Club des 100", réservé aux entreprises de plus de 100 salariés. C'est sans doute bien pour ceux qui y sont, mais les autres ?
Il existe d'autres clubs, accompagnés ou gérés par la CCI…
Effectivement, mais que représentent-ils, en nombre ? Moins de 1% des entreprises de la circonscription ! Il faut faire bouger les entrepreneurs, et les aider à bouger.

Exceptée cette échéance élective, quels sont les autres projets de la CGPME du Gard ?

Trouver de nouveaux locaux, car nous savons que nous allons être amenés à fortement nous développer ! Mais le gros projet sur lequel nous travaillons depuis deux ans, c'est de trouver des solutions pour favoriser l'embauche des travailleurs handicapés dans les entreprises de plus de vingt salariés.

Dans la situation économique actuelle, est-il raisonnable de devenir entrepreneur ?

Notre position est d'encourager les gens à se lancer, malgré cette période de crise. Car c'est également une période de soutiens favorables. Il n'y a qu'à voir le niveau des prêts bancaires, même si les banquiers se font un peu tirer les oreilles pour prêter de l'argent. De plus, dans notre département, il y a des marchés, comme le tourisme, qui ne sont pas en crise. Certains secteurs continuent à afficher des taux de croissance à deux chiffres. Nous avons la chance, dans notre région, de ne pas avoir de ces énormes entreprises qui ont baissé les bras, et mené des plans massifs de licenciement. Ce qui fait notre force, c'est justement ce tissu économique des petites et très petites entreprises. C'est ce qui nous permet de continuer à tenir l'économie du département. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a des secteurs qui souffrent, des patrons qui ont bien souvent mis la main à la poche pour alimenter les comptes courants et continuer à payer les salaires.