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Réforme des CCI : Denis Volpiliere s'engage pour la régionalisation PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 04 Novembre 2008 00:00
A tous les niveaux, la réforme de l'Etat est en marche avec un trait commun : la régionalisation. Ce mouvement n'épargne pas les CCI, qui pourraient bien être parmi les plus rapides à adopter un nouveau schéma d'organisation. Le calendrier qui s'annonce est en effet très serré, puisque l'ACFCI (Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d'Industrie) devrait se décider avant la fin de l'année, pour une mise en œuvre dans les douze mois suivants, entraînant du même coup un report des élections consulaires prévues en 2009. Au premier janvier 2010, les CCI actuelles pourraient perdre leur statut d'établissement public indépendant, pour devenir des antennes d'une unique Chambre Régionale qui pèserait alors plus de 1000 salariés dans notre région. C'est en tous cas le scénario que défend Denis Volpillière, comme les deux-tiers des Présidents actuels. Pour Gard Eco, il explique son choix.

 

Gard Eco : Vous êtes partisan des changements qui s'annoncent dans l'organisation des CCI. Quelles sont vos motivations ?

Denis Volpiliere : Au cours de mes de deux mandants, en dix ans, la Chambre a abandonné un certain nombre de compétences. Citons les zones industrielles, la gestion d'équipements tels que l'aéroport, Port-camargue ou le Pont du Gard qui ne sont plus de notre ressort. On peut donc dire que j'ai une certaine expérience en ce qui concerne le changement. Dans le même temps, vous avez pu observer le recentrage qui s'est opéré et le développement d'un certain nombre de services. Notre position, et ce, depuis plusieurs années, et bien de mettre l'entreprise au cœur de nos préoccupations. Si aujourd'hui je suis partisan d'une réforme des Chambres, c'est justement pour avoir une meilleure réponse à leurs attentes.

GE : Est-ce que vous regrettez l'abandon de la gestion de ces équipements ?

Si un chef d'entreprise commence à avoir des regrets, il est mort ! La Chambre de Nîmes a été obligée de rentrer dans ce processus avant les autres, mais toutes y viennent. La CCI de Montpellier sait très bien que ce n'est pas elle qui gérera l'aéroport demain. On est dans une logique qui ramène les Chambres à leur mission de départ : aider les entreprises dans l'organisation de leurs affaires. La vocation des CCI n'a jamais été de gérer des infrastructures.

GE : Est-il pour autant nécessaire de regrouper les CCI ?

Aujourd'hui, ce que veulent les entreprises, c'est que nous les aidions à trouver du chiffre d'affaires, comme le montre une enquête que nous avons réalisée. Mais elles veulent également des conseils, de plus en plus pointus. Et si nous voulons organiser une réponse cohérente, il est nécessaire que les Chambres mutualisent leurs moyens.

GE : Est-il nécessaire d'être plus nombreux pour être plus efficaces ?

Prenons deux exemples simples : sur l'international, nous avons, dans chacun des départements, peu d'entreprises positionnées à l'export, mais nous sommes obligés, pour, répondre à leurs attentes, d'avoir une force de frappe énorme. Si une entreprise veut partir en Roumanie, une autre en Algérie et la troisième aux USA, nous sommes bien incapables d'organiser nos services à un niveau suffisant. A l'opposé, si nous prenons le cas de la transmission d'entreprise, on comprend bien que plus on agit au niveau local, moins nous sommes performants, pour une simple question de fichiers de repreneurs et de cédants. Et à mon avis, le niveau de pertinence est régional. Voilà deux exemples qui parlent d'eux-mêmes, mais nous pouvons en trouver des dizaines d'autres.

GE : Cette mutualisation doit-elle forcément se faire à l'échelle de la région ?

Je suis totalement d'accord pour dire qu'il faut organiser les Chambres au niveau régional, car c'est comme cela que nous pourrons avoir des compétences intéressantes. Ce n'est pas en fusionnant les Chambres d'Alès et de Nîmes que l'on arrivera à se doter de compétences nouvelles. C'est plutôt en fusionnant les neuf CCI du Languedoc-Roussillon que l'on pourra avoir une force d'intervention.

GE : Ne serait-il pas plus prudent de commencer par un regroupement départemental ?

Le constat que nous pouvons faire est que l'Etat s'est organisé en régions. Les préfets départementaux n'ont plus du tout le même rôle que celui qu'ils avaient il y a quelques années. Et ça ira en se développant, puisqu'on parle déjà de supprimer les sous-préfets. Le préfet de région a besoin, lui aussi, pour répondre aux attentes de la population, de regrouper autour de lui les compétences nécessaires. Les politiques ont déjà, via la décentralisation, une partie de réponse régionale, puisque c'est la Région qui a en charge la distribution des aides aux entreprises. Elles ont en outre, parmi leurs compétences, la formation professionnelle qui est une réponse aux développement des compétences dont ont besoin les entreprises. On parle d'ailleurs déjà de la fusion des régions et des départements, mais cela prendra sans doute pas mal de temps. Voilà pourquoi je pense que nous avons tout intérêt à organiser notre action à partir de la région.

GE : Ne peut-on pas craindre une concurrence entre les compétences économiques de la Région, et les missions de la CRCI ?

La régionalisation est un fait qui s'impose à nous. Les moyens ont été donnés aux régions. Non seulement politiquement, mais également en tant qu'organisation de l'Etat. Donc, si l'on veut avoir une action cohérente au service des entreprises, il faut que l'on colle aux décisions de ces régions. Le système d'ores et déjà mis en place par Ubifrance pour organiser des missions export, par exemple, s'appuie bien sur la Région. Ils ont ensuite besoin des Chambres qui sont les seules aujourd'hui capables d'inciter un certain nombre d'entrepreneurs à aller à l'export. Voilà le rôle de la Chambre, qui n'est pas concurrent, mais complémentaire de celui de la Région.

GE : Parlons de la forme de cette mutualisation : faut-il forcément fusionner pour mutualiser ?

Cette mutualisation, j'en entends parler depuis dix ans, et force est de constater qu'en une décennie, nous n'avons pas beaucoup avancé. La mutualisation sans la fusion est très difficile à mettre en œuvre, et pour mettre les compétences au service d'une région, mieux vaut donner le pouvoir à une organisation régionale.

GE : Pourtant, une réforme semblait déjà être en cours…

L'idée qui prévalait jusqu'alors, encadrée par un accord avec le Ministère des finances, dirigé à l'époque par Nicolas Sarkozy, visait à concentrer les Chambres de commerce. Et l'on a vu un certain nombre de fusions s'organiser, y compris dans notre région qui n'est pourtant pas une terre de regroupements, puisque Narbonne et Carcassonne sont en train de fusionner, et que Sète et Montpellier vont également y parvenir. Nous sommes passés de 165 chambres à 138 à ce jour. Est ensuite apparue une autre vision, celle de la mutualisation de moyens, qui s'accompagne d'un transfert de pouvoir aux chambres régionales, à condition de complètement repenser les CRCI.

GE : En donnant plus de pouvoir à la région, que laisse t'on aux territoires ?

Régionaliser ne veut pas dire qu'il ne faut pas travailler à une représentation locale. Rien ne sert d'avoir des services mieux organisés, plus compétents, répondant mieux aux besoin des ressortissants, si l'on ne sait pas, ensuite, le mettre en équation avec les entreprises au plan local. Donc, il faut une représentation locale de ces entreprises, reliée au pouvoir régional, pour mettre en œuvre cette politique. Il faut, par conséquent, qu'il y ait des budgets déclinés au niveau local, pour l'animation et la mise en œuvre de la politique régionale. Il s'agit là du grand écart à réussir, entre un pouvoir régional fort, et une représentation locale tout aussi forte pour impliquer les chefs d'entreprises et avoir une capacité à suivre la réalisation des objectifs.

GE : Est-ce réaliste ?

Prenons l'exemple des actions d'animation du commerce, il est impossible de ne les envisager qu'à un échelon régional. Il faut les conduire localement. C'est ce que fait déjà la Chambre de Nîmes organisée avec quatre relais (Bagnols-sur-Cèze, Beaucaire, Vauvert et Le Vigan, ndlr), qui servent à la fois de mise en œuvre de notre politique, de relais auprès des collectivités territoriales pour faire passer des messages, et d'animation pour que les chefs d'entreprises de ces territoires adhèrent aux actions de la Chambre. Pour ne citer que le relais du Gard Rhodanien, on constate aujourd'hui qu'il est dirigé par des élus importants, qui y trouvent leur autonomie. Il n'est pas une entité juridique en soi, mais ce sont ces dirigeants qui prennent les décisions, et qui font le lobbying auprès des politiques locaux. On peut très bien imaginer de la même façon que la CCI de Nîmes devienne un "super relais", rattaché à la Chambre régionale.

GE : Cette réforme, et ce calendrier, arrivent de façon assez précipitée. Est-ce qu'il y a urgence ?

Je crois qu'il y a aujourd'hui des opportunités. On peut attendre que tout se passe, voir demain, ce schéma là, ou un autre, nous être imposé par les pouvoirs publics, et le gouvernement qui a de toutes façons envie de réformer. Mais on peut aussi faire preuve de dynamisme, prendre ça comme une opportunité, et en profiter pour gommer ce qui ne fonctionne déjà pas bien.

GE : L'Etat vous a t'il donné des consignes quant à la marche à suivre pour réformer ?

Hervé Novelli, notre Ministre de tutelle, a été suffisamment clair : il y a une forte incitation de l'Etat, qui a fait connaître ses préférences pour la régionalisation, tout en nous demandant de faire des propositions. Je pense que nous devons reconnaître que nous n'avons jusqu'à présent pas réussi à faire vivre les Chambres de la région les unes avec les autres. En prenant la décision de mutualiser les ressources et les compétences, nous devons également mutualiser la volonté politique pour parvenir à une unité. Faisant cela, nous sommes en réponse au gouvernement actuel, mais surtout, nous sommes en réponse aux attentes des entreprises.

GE : Avez-vous pris en compte les aspects sociaux de cette fusion, et l'impact sur les collaborateurs des CCI ?

Il appartient aux Présidents et aux responsables de ces Chambres de faire en sorte que ce soit une réussite. C'est un choix de management. Effectivement, il y a aura, à terme, des postes fusionnés, mais aussi de nouveaux postes créés. Je suis porteur d'une énergie que j'essaie de transmettre à mes collègues élus. Mais je suis prêt à travailler pour la transmettre aux salariés des Chambres. C'est une véritable opportunité pour eux.

GE : Comprenez-vous l'inquiétude de certains salariés ?

Je comprend l'inquiétude au changement, mais pas celle qui pourrait découler d'une augmentation de nos compétences.

GE : Mais faut-il craindre des suppressions d'emplois ?

Le gouvernement a été très clair sur ce sujet là : il ne faut pas que notre projet de regroupement des compétences s'appuie sur un plan de licenciement. Alors, je ne m'engagerai pas à dire qu'il y aura le renouvellement des gens qui partent à la retraite au taux de un pour un. Par contre, cela nous donne une capacité de développement de nouveaux métiers.

GE : Prenons un cas concret : la CCI de Montpellier dispose d'une Ecole Supérieure de Commerce, et Nîmes essaie de la concurrencer avec l'IFAG. L'une des deux va forcément disparaître, et on se doute que ce ne sera pas Sup de Co…

Soyons clairs : nous avons créé l'IFAG parce que l'on ne se parlait pas avec Montpellier. Si nous avions pu créer à Nîmes une réponse à partir de Sup de Co, nous n'aurions pas créé l'IFAG. Donc, mettons en place demain à Nîmes, une formation bien spécifique et adaptée, à partir de Sup de Co, et nous n'aurons plus besoin de l'IFAG. J'y suis prêt, et nous en avons discuté avec le Président de Montpellier. Car ils ne peuvent, de leur côté, garder un rang correct que s'ils mutualisent avec d'autres. Ils ne peuvent pas rester l'école supérieure de commerce de Montpellier, mais doivent devenir Sup de Co Languedoc-rousillon. On irrigue le territoire, mais on regroupe nos forces !

GE : Peut-on vous imaginer candidat à la présidence de cette future version de la CRCI ?

Pourquoi pas ? Mais ce n'est pas ce qui est moteur dans ma prise de position. Si je m'engage dans cette réforme, c'est surtout parce que je connais très bien le fonctionnement des CCI.