Bannière
Quel avenir pour le port de Laudun L'Ardoise ? PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 28 Septembre 2009 00:00

Tourner la page d'Ugine

09-09-29-usineCinq ans après la fermeture de l'aciérie de la société Ugine, membre du groupe Arlcelor, le dossier continue de polluer non seulement les sols, mais aussi le quotidien des élus locaux qui continuent pourtant à se battre pour envisager positivement l'avenir économique du Gard Rhodanien. Un territoire au passé industriel riche, et au potentiel affirmé, qui affiche, malgré la crise, plusieurs centaines d'emplois non pourvus, preuve de son dynamisme. C'est dans ce contexte que Gard Rhodanien Développement (ex-Agence de Développement du Gard Rhodanien) vient de publier un rapport d'étude sur le potentiel de la zone de Laudun-L'Ardoise, en s'appuyant notamment sur son port fluvial.
Samuel Serre, Secrétaire Général de G.R.D. commente ces résultats.

Gard Eco : Pourquoi avoir commandé une telle étude, et quels en sont les buts ?

Samuel Serre : Cette étude est le fruit d'une volonté de notre Conseil d'Administration, dans lequel on retrouve notamment les six communautés de commune du Gard Rhodanien, ainsi que les grandes entreprises du bassin. Ces administrateurs se sont dit qu'ils avaient besoin d'une réflexion globale sur le Gard Rhodanien en termes de développement économique. C'est en réponse à cela, et pour mettre en place une stratégie pour ce développement économique que nous avons souhaité pouvoir analyser le potentiel des principaux outils de ce territoire, parmi lesquels, le port.

Quels en sont les principaux enseignements, ou confirmations ?

Le Gard Rhodanien est un territoire qui va innover, qui s'apprête à développer une structure autour des activités logistiques de quatrième génération, en liaison directe avec le port de Sète, et qui est prêt à diversifier son économie. On l'a souvent assimilé, à tort, au "tout nucléaire". Aujourd'hui, nous avons développé des filières autour d'axes particuliers comme la biotechnologie, avec des entreprises telles que Cisbio qui est un leader mondial dans son domaine. Nous sommes également bien positionnés sur le secteur du traitement des déchets, avec des savoir-faire qui permettront de développer l'activité en partenariat avec Trimatec. Et puis, nous nous sommes aperçus que le savoir-faire en termes de démantèlement était énorme sur notre territoire, et qu'il y a sans doute un manque d'organisation sur le secteur. A nous de développer cette filière en l'organisant, afin de permettre à ces entreprises qui travaillent aujourd'hui au démantèlement du site de Marcoule, de répondre à d'autres appels à projets sur le monde entier.

 

Est-ce que le marché du démantèlement est suffisamment important pour que l'on s'y intéresse à ce point ?

Oui, il va falloir nettoyer et démanteler toutes les usines et entreprises à risques. On sait aujourd'hui qu'il y a beaucoup de centrales nucléaires d'ancienne génération qui vont être démantelées sous peu. C'est un marché colossal qui s'ouvre au Gard Rhodanien si les sous-traitants arrivent à s'organiser entre eux.
L'un des gros points d'interrogation qui plane sur cette zone, c'est notamment le dossier Ugine, et la nécessité de dépollution du site.

Est-ce qu'il y a du nouveau ?

Le dossier avance, et à ce titre, l'étude que nous venons de présenter intègre le port et le site d'Ugine. Les négociations sont en cours, notamment avec la Région qui semble fortement intéressée, et il est très possible que Georges Frêche se déplace sur le site le 1er octobre, pour y faire une annonce dont nous ne connaissons pas la teneur.

A t'on enfin des engagements de la part d'Arcelor ?

Ils ne se sont pas encore engagés ouvertement, mais les choses se débloquent petit à petit.
Est-ce qu'un blocage du dossier Ugine pourrait remettre en cause l'ensemble de vos projets ?
Pas du tout, car la Communauté de communes et la commune de Laudun ont pris en compte cette hypothèse, et ont constitué des réserves foncières de l'autre côté. Une trentaine d'hectares ont d'ores et déjà été achetés de l'autre côté du port, ce qui permettra de lancer les opérations qui, de toutes façons, s'étaleront sur plusieurs années. Et au bout d'un moment, nous arriverons bien à ce qu'Ugine vende le terrain et dépollue.

Quelles vont être les suites à cette étude ?

Nous sommes partis du principe qu'il était bon de faire des études, à condition qu'elles se concrétisent. Cette étude va à un niveau de d'achèvement tel qu'elle comporte même les plans de financement, qui devront bien entendu être réajustés, mais cela permet de dresser des pistes pour ces financements, et de préparer des enveloppes budgétaires. Nous avons tenté de pousser les investigations le plus loin possible afin que les élus aient tous les éléments nécessaires pour s'emparer du dossier au moment où ils l'auront décidé. A ce stade, nous en sommes presque à lancer les consultations auprès de aménageurs ! Il n'y a plus qu'à obtenir le feu vert des partenaires financiers que sont la Région, le Département, et les collectivités locales du secteur, qui sont les seules à même de prendre la décision finale.

Comment réagissent les élus locaux ?

L'ensemble des élus semblent prêts à avancer, à contribuer au développement du Gard Rhodanien dans cette optique là. Par contre, il est certain que nous avons besoin d'un outil complémentaire pour mener ce projet, qui est assez lourd et qui touche tout le Gard Rhodanien. C'est la raison pour laquelle Gard Rhodanien Développement vient d'être mandaté pour conduire une étude sur le positionnement et la gouvernance future du Gard Rhodanien. Ce qui laisserait envisager la mise en place d'un outil administratif complémentaire, du type d'une communauté d'agglomération. Les élus ont  bien conscience qu'ils ont besoin de s'unir pour mener ce genre de projet.

Le fluvial, un support d'avenir

09-09-29-grueEn faisant abstraction des questions de pollution du site d'Ugine - au sujet desquelles les négociations seraient sur la bonne voie ; des risque d'inondation d'une partie de la zone, que les bureaux d'études sollicités affirment pouvoir limiter sans la construction d'une digue ; et des difficultés d'accessibilité routière liées à la RN580 dont le doublement ne figure toujours pas au programme des grands travaux d'Etat, le potentiel de la zone portuaire de Laudun-L'ardoise ne semble plus faire de doute dans l'esprit des décideurs locaux. Au premier rang, la Région, qui envisage depuis plusieurs mois ce port fluvial de sur le Rhône comme un complément indispensable du port de Sète dans lequel son investissement est déjà fortement engagé.

L'explication à cet engouement provient d'un constat : seule 1/5 de la capacité fluviale est utilisée à l'heure actuelle en France, et le Rhône connaît une croissance de trafic proche de 50% par an. Le Grenelle de l'environnement ayant en outre fixé comme objectif à dix ans un doublement des parts de marché du fluvial sur l'axe rhodanien (actuellement 3%), l'enjeu pour le port de Laudun semble clair.

Un port, pour faire quoi ?

Trois filières sont pour l'heure envisagées comme les plus appropriées au potentiel de ce port :
- le transport de matériaux de construction, et notamment les nouvelles activités de recyclage pour la production de granulats par concassage de matériaux inertes, ou encore le développement de la filière "Pierre", qui connaît une nouvelle vitalité grâce à la construction durable
- Le transport multimodal, notamment à vocation de transit de conteneurs, en mettant à profit l'intermodalité du fleuve, du rail et de l'autoroute proche
- Les activités liées au démantèlement, et par conséquent, au recyclage des métaux, ou des déchets électrique et électroniques. Des activités en devenir, qui collent avec un mode de transport économe financièrement.

Un positionnement éco-logique !

En optant pour ce positionnement qui associe recyclage, démantèlement, transport multimodal - et donc écologiquement responsable - la zone de Laudun peut jouer sur la gamme des "éco-activités", entre "éco logistique" et "éco technologies". Ce qui lui permettrait de tirer le meilleur parti de sa proximité géographique avec le pôles "Eco-industrie" d'Alès, le cluster "Environnement et gestion des risques" de Nîmes, ainsi que Trimatec à Marcoule.