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Prestation de serment : Dix-neuf nouveaux Commissaires aux comptes PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 16 Mars 2009 00:00

Commissaires aux comptes (CAC) : Une profession qui a foi en la morale économique

Dix neuf personnes vont prêter serment ce jeudi 19 mars, devenant ainsi membres d'une jeune profession (officiellement organisée depuis quarante ans), qui participe au maintien de l'ordre public économique.

Un moment empreint de gravité pour les dix gardois et les neuf vauclusiens qui ont choisi de devenir officiellement Commissaires aux comptes, après un cursus de formation long de huit années après le Bac et incluant un stage de trois ans auprès d'un confrère. Une formation sélective, qui contribue à faire du commissaire aux comptes -ou auditeur- le garant de l'information financière. Qu'il s'agisse de sociétés traditionnelles dans lesquelles les fonds sont privés, ou d'autres entités qui fonctionnent avec des fonds publics (associations, sociétés d'économie mixte…), le rapport annuel d'un auditeur garantit à ses divers lecteurs (associés, actionnaires, banquiers, fournisseurs, clients, salariés, adhérents d'association, élus, administration…) un contrôle légal et objectif. Son analyse est essentielle et concourt à sécuriser la vie économique et sociale, d'où une nécessaire, et totale indépendance. D'où également une très lourde responsabilité, laquelle est civile, pénale et disciplinaire. Ce qui n'effraie pas pour autant les dix-neuf impétrants qui ne craignent pas d'assumer le rôle de "contrôleur de la morale du monde économique", à plus forte raison dans un monde où la demande de sécurité financière est plus que jamais devenue une nécessité. C'est pour affirmer publiquement les rapports étroits que les CAC entretiennent avec la Justice, leur ministère de tutelle, que pour la huitième fois, la prestation de serment a lieu au sein de la Cour d'Appel de Nîmes sous la présidence de son Premier président, Jean-Pierre Goudon, et en présence du Procureur général, Jacques Fayen.

 

CAC 19Huit femmes (soit 42 %, un nouveau record) et onze hommes vont rejoindre jeudi les quelque 300 membres de la CRCAC qui couvre les départements du Vaucluse, du Gard, de l'Ardèche et de la Lozère. La moyenne d'âge de ces nouveaux CAC dépasse les 35 ans. Les deux benjamines ont 27 ans et exercent à Nîmes et au Grau-du-Roi, tandis que l'aîné, âgé de 54 ans, est installé à Aigues-Mortes.

Elle est la plus jeune de la promotion 2009

09-03-17-aurelie-camrouxAurélie Camroux est une charmante jeune femme aux yeux très bleus et aux longs cheveux, qui fait voler en éclats les présomptions populaires sur l'intelligence des blondes. A 27 ans, après un parcours sans faute commencé en section économique et validé par un Bac + 8, Aurélie Camroux est aujourd'hui expert-comptable et auditrice dans le cabinet Axiome, dont elle est l'une des associés. Cette fille d'agriculteurs, laisse vite apparaître le sérieux de son caractère déterminé. En trois ans, elle a pu vérifier son intérêt pour une profession dont l'indépendance n'empêche pas le relationnel. Le fait d'être une femme, jeune de surcroît, ne lui paraît pas être un problème "On est contrôleur avant tout, que l'on soit homme ou femme, nous avons chacun nos arguments, et la douceur et le tact s'accommodent parfaitement de l'intégrité et de l'impartialité ". Prêter serment pour Aurélie Camroux, "c'est un signe de reconnaissance, un aboutissement, une prise de fonction officielle devant toute la Compagnie et tous les magistrats". Elle exerce son métier dans le secteur social et médico-social, qui depuis toujours l'intéresse "Le financement des associations, ou des établissements pour personnes âgées par exemple, est essentiellement issu de fonds publics. Il est indispensable qu'un élément extérieur valide leur utilisation". Le contrôle qu'elle exerce, qui demande une attention et une formation incessantes, donne à Aurélie Camroux le sentiment de participer à la moralisation du monde économique, même si "nous ne sommes pas, et ne devons pas être, les seuls à porter cette responsabilité".

Il est le plus jeune homme à prêter serment

09-03-17-stephane-pochyStéphane Pochy est tout aussi brillant que sa jeune collègue de promotion, et à peine plus âgé. Cet avignonnais de 29 ans, salarié au sein du cabinet bagnolais Fiduciaire Parisienne, connaissait le milieu de l'expertise comptable par le biais d'un père exerçant cette profession. Stephane Pochy apprécie le rôle déterminant du CAC. "On ne doit surtout pas s'immiscer dans l'entreprise, mais établir un audit qui permet de prévenir les difficultés. Comme un gendarme qui aide et protège les populations". Un audit a pour but de montrer une situation réelle des comptes d'une société, ce qui demande une rigueur professionnelle sans faille, et une mise à jour des connaissances règlementaires incessantes. "Le métier a beaucoup évolué, il exige de plus en plus de responsabilités et de formalisme, au point qu'il deviendra peut-être de plus en plus difficile d'être à la fois expert-comptable et commissaire aux comptes". En attendant, Stéphane Pochy s'attend, la crise entraînant de plus grands risques de fraudes, à des situations difficiles pour lesquelles il devra savoir prendre le recul nécessaire "Si une société va mal, c'est lui rendre service que de lui faire prendre conscience de la situation, afin de trouver des moyens pour faire face". Mais un CAC ne rend pas toujours des audits négatifs, et lorsque ses vérifications permettent d'attester du potentiel d'une société, alors celle-ci sait pouvoir compter sur la confiance de ses partenaires financiers.

Président de la Compagnie régionale des Commissaires aux comptes : Robert Fabrega évoque une "profession difficile"

Elu cette année à la présidence de la CRCAC, le nîmois accueillera ses dix-neuf nouveaux confrères, en compagnie d'autres membres de sa compagnie, venus de tous les départements qui la composent. Avant son discours officiel, il en évoque les grandes lignes.

GARD ECO : Que comptez vous dire à vos nouveaux collègues ?

Robert Fabrega : Je compte les féliciter de rentrer dans une profession qui n'est facile ni d'accès, ni de pratique. Ce n'est pas une sinécure qu'ils entament, mais une profession difficile qu'ils commencent.

G.E. : La difficulté vient-elle de la crise actuelle ?

R.F. : La période, en effet, augmente la difficulté d'exercice, le contexte la complexifie. Dans certains cas, ce sera un véritable casse-tête que de certifier des bilans, compte tenu des problèmes posés. Mais la crise n'est pas la seule responsable des difficultés permanentes rencontrées par un CAC. Nous avons trois volets dans notre profession, la certification, l'alerte et la révélation des faits délictueux. A chaque étape, nous devons prendre en compte l'intégralité des lois qui s'y appliquent, sans rien omettre. Nous sommes de perpétuels étudiants. Nous commencions à sortir un peu la tête de l'eau après le train de mesures qui nous avaient été imposées par le Haut conseil du commissariat aux comptes (H3C), et nous voilà plongés dans la crise.

G.E. : Comment se comporter alors ?

R.F. : Mes nouveaux confrères devront exercer leur mission sans état d'âme, afin d'accomplir leur tâche, celle qui consiste à donner une opinion sur l'état de santé d'une société. D'abord parce que nous sommes tenus pour responsables si une société vérifiée par nos soins, sombre. Les liquidateurs, la justice, peuvent nous reprocher de ne pas avoir été assez clairvoyants. Si nous n'avons pas déclenché la procédure d'alerte en temps voulu, on nous demande pourquoi. Et nous avons intérêt à donner de bonnes raisons. Ensuite, nous apportons un regard extérieur indispensable. C'est notre lucidité qui peut aider un chef d'entreprise à prendre conscience de l'impasse dans laquelle il se trouve, et c'est en le faisant réagir que nous sommes totalement dans notre rôle.

G.E. : Vous considérez-vous comme des contrôleurs de la morale économique ?

R.F. : Je pense que nous y contribuons en effet, mais uniquement sur le troisième volet de notre mission, celui de la révélation des faits délictueux. Mais en ce qui concerne les paradis fiscaux ou les intermédiaires peu scrupuleux, ce ne sont pas les CAC qui pourront aider à plus de transparence. Nous faisons notre métier dans le cadre de règles et de lois existantes. Si elles changent, s'il y a plus de transparence, nous les appliquerons avec la même intégrité et ce ne sera que plus bénéfique à l'économie nationale et internationale.

Compagnie nationale des Commissaires aux comptes : Claude Cazes, nouveau président national

09-03-17-claude-cazesAprès avoir été Président national de son syndicat professionnel (l'IFEC), puis Président de l'Ordre national des experts comptables, le montpelliérain Claude Cazes vient d'être élu à la tête de la Compagnie nationale des Commissaires aux comptes. Dans ce contexte particulier, il nous apporte sa vision.

GARD ECO : Quel est le rôle de la Compagnie nationale ?

Claude Cazes : C'est une institution qui a le pouvoir législatif, et qui donc, établit des normes et de la réglementation, mais qui se charge également de l'administration de la profession.
Certaines règles que nous proposons peuvent devenir des lois, des décrets ou des arrêtés. Une autre partie de nos règles constitue ce que nous appelons la doctrine de la Compagnie nationale, qui sont un ensemble d'outils d'application et d'interprétation, à l'usage des cabinets.

G.E. : Quelles sont les évolutions à attendre pour la profession ?

C.C : Il n'y a pas tellement d'évolutions législatives à attendre, dans la mesure où les cinq dernières années - depuis l'arrivée de la loi de sécurité financière d'Août 2003 - ont représenté pour nous un changement radical dans l'exercice du métier. Cette loi a impliqué des déclinaisons réglementaires nombreuses que nous avons mis quatre ou cinq ans à mettre en œuvre. Tout le corpus réglementaire des Commissaires aux comptes a été revu en France, sous l'impulsion d'un changement mondial déclenché par l'affaire Enron. Il faut dire que l'audit est une matière très internationale. Nous sommes probablement la profession libérale la plus internationalisée, afin d'assurer de façon homogène la sécurité des marchés financiers qui, eux, sont mondialisés.

G.E. : Pourtant, on parle beaucoup de sécurité financière ces temps-ci…

C.C : La crise que nous vivons implique qu'il y ait des zones nouvelles à réglementer, telles que les fonds d'investissements, les paradis fiscaux, les agences de notations… C'est ce que l'on appelle la nouvelle régulation. S'il y a une nouvelle réglementation, il y aura forcément de nouveaux contrôles. La demande d'une sécurité financière accrue est une évidence. Mais ça ne veut pas dire, notamment pour notre pays, que nous souffrions d'un manque de réglementation ou de contrôle. Nous sommes l'un des pays au monde où la réglementation est correcte, ce qui se retrouve dans le constat que nous n'avons pas eu de scandale financier majeur.

A ce jour, Claude Cazes est le seul Président de la CNCC à avoir également occupé les fonctions de Président national de l'IFEC, l'un des deux principaux syndicats de la profession, et de Président de l'Ordre national des Experts comptables. Avant lui, seul René Ricol, aujourd'hui Médiateur national du crédit, avait été Président de l'Ordre et de la Compagnie.