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Premières rencontres du tourisme : Nîmes à l'Unesco en 2014 ? PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 21 Novembre 2011 08:00

Label Unesco, valorisation du patrimoine, tourisme d'affaire. Gard Éco fait un tour d'horizon des débats et des thèmes abordés lors des premières rencontres du tourisme.

"Nîmes, l'antiquité au présent". Il ne s'agit ni d'un nom de code, ni du titre d'une brochure touristique. C'est ainsi que va s'intituler le dossier de candidature que la Ville compte déposer devant l'État d'ici 2014 pour être candidate au patrimoine mondial de l'Unesco et rejoindre ainsi le Pont du Gard, l'Abbatiale de Saint-Gilles ou plus récemment les Causses et Cévennes.

Cela a sans doute été l'annonce principale de ces rencontres du tourismes, voulues par la municipalité et l'adjointe au maire déléguée au tourisme Mary Bourgade (lire interview ci-contre). Pour cette première édition, qui a eu lieu lundi 14 novembre, les organisateurs ont fait grand : intervenants venus de toute la France, animation assurée par le journaliste de M6 Bernard de la Villardière, conclusion par le secrétaire d'État en charge du tourisme, Frédéric Lefebvre, permettant une bonne médiatisation. Mais au-delà de cette mise en scène réussie, cette journée, qui devrait être renouvelée l'an prochain, se veut avant tout un temps d'échanges à destination des professionnels.

L'Unesco : un dossier bien parti

Mary Bourgade se veut optimiste. Le dossier de Nîmes a déjà été examiné deux fois cette année, en mars et en octobre au ministère de la Culture et a été bien accueilli. C'est en effet l'État qui présente les candidatures à l'Unesco. L'équipe municipale espère décrocher le précieux label en 2014.

Un cabinet spécialisé a été recruté, le même qui a conseillé, avec succès, Albi et les Causses et Cévennes. Cette dernière expérience est à méditer puisque le territoire a échoué deux fois avant d'être retenu l'été dernier. Si la troisième tentative a été la bonne, c'est grâce à la mise en avant d'une thématique, l'agropastoralisme, au-delà de la beauté des paysages.

C'est la même stratégie qui est en train de se mettre en place à Nîmes avec comme point fort les monuments romains (arènes, tour Magne, maison carrée). D'où l'intitulé "Nîmes, l'antiquité au présent" pour jouer sur l'état de conservation du patrimoine.

À la clé, bien sûr, une fréquentation touristique en hausse à espérer. Plus 30%, c'est le chiffre habituel quand il y a une labellisation Unesco. "Est-ce que la ville aura les moyens de les absorber ?" s'est interrogé l'animateur Bernard de la Villardière.

 

Les travaux, un mal nécessaire

À ceux qui auraient des doutes, un élu d'Arles et un de Bordeaux, deux villes qui sont déjà à l'Unesco, ont été invités pour montrer ce que cela a pu changer. "Le label Unesco est venu couronner des années d'aménagement, a raconté Stephan Delaux, adjoint au maire en charge du tourisme. Reléguer la voiture, c'est le bon choix." Il a ajouté que Nîmes aujourd'hui lui avait rappelé des souvenirs. Les chantiers à l'époque ont provoqué la grogne des Bordelais alors qu'aujourd'hui ils sont en majorité satisfaits du réveil de "la belle endormie", comme on a longtemps surnommé la préfecture d'Aquitaine. Un soutien que Mary Bourgade a apprécié.

Autres travaux moins gênants au quotidien mais tout aussi importants, la rénovation du secteur sauvegardé, le spectaculaire nettoyage de la maison carrée, en attendant celui des arènes. Un projet coûteux et long mais qui en vaut la peine.

La valorisation du patrimoine

Pour appuyer sa candidature, Nîmes a déjà mis en place des outils de valorisation de son patrimoine. Depuis 2001, la gestion des monuments est confiée à la société Culturespaces en délégation de service public. Le temps de visite s'est ainsi allongé, grâce aux animations proposées ou à la billetterie commune.

L'exploitation de la "romanité" a déjà commencé. Culturespaces organise ainsi depuis deux ans des grands jeux romains dans les rues de la ville et dans les arènes. Une reconstitution grandeur nature et en costumes de cérémonies religieuses et de combats de gladiateurs, sous la houlette d'Eric Teyssier, professeur d'histoire à l'université de Nîmes. "Les grands jeux romains, ce n'est pas se déguiser mais faire un travail pédagogique et scientifique dans les arènes", selon lui.

Ce spectacle, avec l'onction universitaire, attire du monde et est assuré par des troupes d'amateurs et des associations. De quoi développer une filière touristique locale. "À la fac de Nîmes, en histoire, de moins en moins d'étudiants veulent être prof, poursuit Eric Teyssier. On peut les employer dans la valorisation du patrimoine".

Cap sur le tourisme d'affaire

Autre piste explorée pour faire du tourisme une vraie industrie : la niche des congrès et des séminaires. Comme l'a résumé Christian Mantéi, directeur d'Atout France, "le soleil ne suffit plus". Cannes l'a bien compris, mettant à profit son palais du festival pour toutes sortes d'évènements. L'office de tourisme de la Ville serait ainsi entièrement autofinancée grâce à l'activité des séminaires, selon le premier adjoint David Lisnard. Un argument en faveur d'un palais des congrès à Nîmes, même si rien n'est officiellement décidé quand à son emplacement.

Attention cependant, ce n'est pas la panacée. "Le tourisme d'affaire est un marché très compétitif et nos concurrents sont très agressifs, prévient Christian Mantéi. Il faut que la France s'organise, s'équipe, qu'il y ait de bons liens avec Paris." Nîmes pourrait jouer sur des synergies locales avec le Pont du Gard, Arles, voire Avignon.

Mais le tourisme d'affaire exige des efforts : montée en gamme des établissements, qualité de l'accueil, et surtout capacité à créer des événements. "Demain, le tourisme sera culturel ou ne sera pas", a déclaré Christian Mantéi. La Ville a prouvé son savoir-faire avec le succès des Jeudis de Nîmes. Il va donc falloir poursuivre l'investissement en la matière. Pas facile en période de restriction budgétaire. Pourtant, 1 € d'argent public dépensé entraîne 8 € de retombées pour l'économie.

Interview de Mary Bourgade, adjointe au maire en charge du tourisme

Quel bilan tirez-vous de ces premières rencontres du tourisme ?

D'après les échos que j'ai, les professionnels sont très satisfaits. Il y avait des interlocuteurs de qualité, avec un très bon niveau de débat et un panel large qui compose l'industrie touristique. L'objectif était que les professionnels se retrouvent et se tiennent informés des dernières tendances. Ils ont pu entendre des témoignages qui leur ont ouvert les yeux, notamment sur les travaux. Quand l'élu de Bordeaux raconte les travaux pendant dix ans et aujourd'hui la ville explose et tout le monde est content, c'est important que ce soit dit.

Y-aura-t-il une deuxième édition ?

Oui, j'ai eu beaucoup d'appels de professionnels qui le demandent et souhaitent y participer. Ils ont des envies et des idées. Ce sera sans doute au mois de novembre. Un moment où il n'y a pas de grands évènements ailleurs. Le choix de la date a été lundi pour les restaurateurs qui sont plus disponibles. On l'a vu à la conférence du matin. 

Sur le label Unesco, ne craignez-vous pas qu'on dise que le Gard a été suffisamment servi avec trois lieux classés ?

Il n'y a pas d'inquiétude à avoir. Le Pont du Gard et Arles l'ont eu il y a déjà quelques décennies. Nîmes ne sera pas tout à fait sur le même créneau. Nous avons un très bon dossier. Pour y arriver, le premier moteur est l'implication du maire.  Le secteur sauvegardé est un deuxième atout. Sur l'aménagement et la valorisation du patrimoine, nous sommes très bien placés, grâce en particulier à la restauration de la maison carrée, ou le chantier en cours de l'amphithéâtre. En mars dernier quand je suis montée à Paris, j'ai pu vérifier que la vision de Nîmes est plutôt positive.

 

Frédéric Lefebvre en clôture des rencontres

11-11-22-lefebvreLe secrétaire d'État en charge du tourisme est venu conclure ses rencontres. "Le tourisme est une raison d'espérer en France", a-t-il dit en évoquant les bons chiffres du secteur cet été. Il a cependant appelé à une nouvelle stratégie. L'Espagne a dépassé la France en valeur, et l'Italie la talonne.

Le secrétaire d'État a esquissé une feuille de route : renforcer le marketing plutôt que se reposer sur l'image, mieux coordonner les acteurs et surtout monter en gamme. Les hôtels quatre ou cinq étoiles auraient progressé de 25% contre 5% les autres, a souligné Frédéric Lefebvre.

Côtés annonces, il a indiqué que l'État va signer des conventions tourisme avec les Régions. Dans un subtil exercice d'équilibre, il a à la fois justifié le taux réduit de TVA pour l'hôtellerie-restauration, "c'est le premier employeur de France", et expliqué le bien fondé de la hausse de ce dit taux de 5,5% à 7%. "Le tourisme représente 41,5 milliards d'euros en valeur ajoutée". Une façon de suggérer que le secteur peut (doit) participer à l'effort national.