| Précarité énergétique : La filière de la rénovation en marche |
|
|
|
| Lundi, 31 Octobre 2011 08:00 |
|
Le sud de la France connaît peut-être des hivers moins rigoureux qu'au nord. Mais le parc des logements s'avère de plus en plus vétuste. De quoi lancer un plan de grands travaux sur la prochaine décennie. La filière du bâtiment en a bien besoin. Pour la soutenir, les pouvoirs publics concentrent l'aide sur les plus fragiles. Le temps du pétrole pas cher (ou du gaz) est fini. La facture énergétique pèse de plus en plus. Une vraie bombe financière. Si on ajoute les exigences en matière d'environnement et de lutte contre les gaz à effet de serre, on comprend le défi de la rénovation thermique des bâtiments. Les pouvoirs publics et les professionnels l'ont inscrit à leur agenda. Les consommateurs pas encore pour la plupart. L'objectif, fixé lors des négociations du Grenelle, est de faire diminuer de 38% la consommation énergétique des bâtiments en France. Dans le parc existant, c'est un chantier immense pour les prochaines années. "La première réglementation thermique en vigueur date de 1975", rappelle Eric Barlet, conseiller info énergie au CAUE du Gard (Conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement). Autant dire que tous les logements antérieurs à cette date sont de vraies passoires. "Mais une isolation des années 75-80 sera usée aujourd'hui, poursuit-il. Si on a dans ses combles une laine de verre qui date de plus de 30 ans, il serait peut-être temps d'aller voir." Du diagnostic aux travaux, c'est donc toute une filière qui pointe le bout de son nez. Les politiques en ont bien conscience. Dans le Gard, ils ont fixé un objectif chiffré : rénover 1000 logements d'ici trois ans. "Il y a deux objectifs principaux pour les élus, confirme Aurélien Mathieu, chef du service directeur habitat de Nîmes Métropole. Être vigilant à ce que la population soit logée dans des conditions décentes (en particulier lutter contre la précarité énergétique) et soutenir la filière artisanale locale." Un relais de croissance pour les entreprises Dans un contexte économique particulièrement morose pour le secteur, la rénovation thermique apparaît comme un ballon d'oxygène. "C'est un relais de croissance possible", dit Marc Livecchi de la fédération française du bâtiment (FFB) du Gard. "Les entreprises cherchent du travail. Si ça peut être là, tant mieux", déclare Eric Affortit, président gardois de la Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment). Tout le monde semble reconnaître le potentiel. Sauf que "le marché est naissant et il a du mal à émerger", reconnaît Marc Livecchi. La faute à la crise qui incite les gens à rester prudents. Des dispositifs, pas toujours bien connus, ont été lancés pour ces travaux lourds (voir encadré). "Il y a des actions simples à mettre en œuvre, comme installer un régulateur pour le débit d'eau ou la température. Mais l'isolation des combles ou des murs peut coûter jusqu'à 20, 30, 40 000€", rappelle Eric Barlet. En attendant les clients, les deux organisations professionnelles multiplient les réunions pour sensibiliser les entreprises et les artisans. Des formations sont proposées, via le dispositif FEE Bat (formation aux économies d'énergie pour les professionnels du bâtiment). La Capeb recense environ 150 artisans et patron de PME qui l'ont suivie. La Capeb et la FFB développent chacune au niveau national une marque commerciale, une sorte de label : l'éco-artisan pour la Capeb, les pros de la performance énergétique pour la FFB.
Mais les clés de ce marché vont au-delà. "L'intérêt pour le client est d'améliorer la performance économique, donc il faut apporter une réponse globale", note Marc Livecchi. Concrètement, quitte à changer la chaudière, autant refaire l'isolation. "Le but pour nous est d'apprendre à travailler ensemble pour répondre à des marchés", explique Eric Affortit. Celui des particuliers et des petits collectifs semble taillé pour les artisans et les TPE, à condition d'unir leurs forces. "Et c'est dur", lâche Eric Affortit. Dans le Gard, certains ont tenté la coopérative. Batecoop réunit ainsi des professionnels de la maison à ossature bois. Mais cela convient mieux à l'éco-construction. D'autres solutions plus souples existent, comme l'offre globale éco-rénovation. Un outil contractuel qui permet à plusieurs métiers de se regrouper momentanément sur un chantier et de désigner un mandataire, un des artisans qui jouerait le rôle de capitaine. Reste plus qu'à les recruter.
Trois incitations fiscales pour rénoverCrédit d'impôt, éco prêt à taux zéro, TVA à 5,5% pour les travaux. Dans le cadre du Grenelle, le gouvernement a mis en place les prémisses d'une fiscalité écologique incitative (on gagne à les utiliser). Mais ces outils ne semblent pas avoir le succès escompté. Le prêt éco à taux zéro permet de financer des travaux de rénovation jusqu'à 30000€, remboursables sur 10 ans. "Mais au-dessus d'un certain âge, les organismes bancaires ne prêtent plus", fait remarquer Eric Barlet. Or ce sont souvent ces personnes qui sont touchées par la précarité énergétique. Reste le crédit d'impôt développement durable, valable jusqu'à fin 2012. Il permet de réduire de sa déclaration 25% à 50% du prix des travaux avec un maximal autorisé : 8000€ pour une personne seule, 16000€ pour un couple soumis à imposition commune. Des améliorations sont attendues pour rendre ces dispositifs plus attractifs : allongement de 10 à 15 ans du prêt éco, possibilité de cumuler prêt et crédit d'impôt pour les foyers déclarant moins de 30000€ de revenu fiscal de référence. Dernière carotte fiscale, la TVA à 5,5% pour les travaux de rénovation pour encourager les bricoleurs à faire travailler des professionnels au lieu de se lancer seuls.
Les propriétaires en difficulté, cible prioritaireSensibiliser et financer. Voilà les deux volets de la politique de réhabilitation thermique des logements. Défini par l'Anah, l'agence nationale de l'habitat, le programme "habiter mieux" représente 500 M€ au plan national dans le cadre du grand emprunt. Au niveau local, ce plan mobilise le Conseil général du Gard, et les deux communautés d'agglomération du Grand Alès et de Nîmes Métropole. Ces collectivités ont signé le 13 mai dernier un contrat local d'engagement avec le préfet et le CAUE, qui permet d'avoir accès à l'enveloppe de l'Anah. Le dispositif cible avant tout les propriétaires occupants en situation de précarité énergétique. Souvent des personnes âgées ou confrontées au handicap qui n'ont ni les moyens ni la connaissance du sujet. Presque un problème de société, relève Eric Barlet du CAUE du Gard. "Les personnes âgées habitent souvent dans de grandes maisons anciennes mal isolées, où la surface n'est plus adaptée." Le premier objectif est d'abord de repérer ce public fragile. À noter que les propriétaires bailleurs modestes ou les copropriétés ne sont pas pour l'instant pris en charge par le programme. Un protocole a été signé sous l'égide du Conseil général qui mobilise les acteurs de terrains : travailleurs sociaux, agents d'EDF/GDF, etc. Nîmes Métropole va plus loin avec la thermographie aérienne (voir encadré). En matière d'aides sonnantes et trébuchantes, l'Anah distribue des primes et subventionne entre 20% et 35% des travaux, tout cela sous conditions de ressources et d'éligibilité (logement de plus de 15 ans, gain d'énergie de 25% après travaux). Les trois collectivités déclinent sur leur territoire un programme "habiter mieux", en vigueur d'ici la fin de l'année. Elles proposeront une rallonge financière. Le Conseil général et le Grand Alès déboursent 500€ d'aide en plus. Nîmes Métropole va un peu plus loin. En plus des 500€, l'agglo subventionne 10% à 15% des travaux. Soit pour les plus modestes quasiment la moitié des coûts pris en charge avec les aides cumulées de l'Anah. Au-delà des montants mobilisés, c'est un effort de pédagogie qu'il va falloir mettre en œuvre : apprendre les bons gestes, vivre en hiver avec un pull, convaincre d'être plus économe. Un message à destination des copropriétés. Régler le chauffage dans les logements à 20° au lieu de 21° permettrait de réduire la consommation de 15%. La thermographie aériennePour faire prendre conscience de l'enjeu de la rénovation thermique, la Ville de Nîmes a lancé une initiative originale, la thermographie aérienne. Un appareil a survolé les communes de l'agglomération. Équipé d'infrarouge, il a procédé au relevé des déperditions de chaleur, logement par logement. Des résultats qu'exploite depuis un an le Conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement du Gard (CAUE). L'organisme consultatif tient des permanences gratuites pour les particuliers*. Il aurait reçu 1700 personnes venues se renseigner suite à cette thermographie. L'expérience dans d'autres villes montre qu'il faut plusieurs années avant que cela ne déclenche une vague de chantiers. Le temps que le bouche-à-oreille fasse son effet. La Ville veut donner l'exemple en matière de rénovation des bâtiments, notamment dans le cadre de l'Agenda 21, une charte internationale dans laquelle les collectivités s'engagent en faveur de l'environnement. Parmi les actions labellisées, le passage aux énergies renouvelables pour le chauffage urbain, une charte de construction durable et un contrat de performance énergétique pour faire des économies sur 31 bâtiments municipaux, parmi lesquels le Carré d'Art, Nemausa, le Parnasse ou le stade des Costières. Le contrat est en cours de passation. La commande publique va ainsi venir en soutien de l'activité. Mais le président de la Capeb, Eric Affortit, déplore que les artisans ne puissent y concourir faute d'avoir la taille suffisante. *www.eie-caue30.fr et 04 66 70 98 58 pour prendre rendez-vous |





