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Port Camargue : Cap sur les loisirs PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 23 Août 2011 08:00

Aménagement : Les contours du pôle nautique se dessinent

Depuis plusieurs années, Port Camargue cherche à dynamiser ses activités liées aux loisirs nautiques. Cadre naturel des sports de voile ou de moteur, le site souffre de la vétusté de certaines infrastructures. Annoncé il y a quelques temps, le projet d'aménagement pour attirer les entreprises se précise.

Vue aérienne de Port Camargue et de ses 5000 emplacements: à gauche, les marinas privées, à droite, le port public. La zone dite de l’avant port située en front de mer, à droite de la sortie du Port Camargue, ses marinas et ses 5000 anneaux. Le plus grand port de plaisance d'Europe a-t-il peur de s'ennuyer au bord de l'eau ? Le lieu est certes toujours aussi convoité avec une liste d'attente estimée entre cinq et sept ans. La situation générale, les équipements ont tout pour séduire les plaisanciers. Une activité lucrative grâce aux locations et ventes d'emplacements qui a peu de chances de s'essouffler. Ce qui fait dire à certains que Port Camargue serait plus un parking géant à bateaux qu'autre chose.

C'est pour contrer cette image que la régie autonome qui gère le port (voir à côté) s'est lancée dans une politique d'animations pour trouver de nouveaux clients. "On s'adresse à des gens qui n'ont pas le bateau et qui cherchent à pratiquer des activités nautiques", explique Bernard Suzzarini, coordinateur de l'offre nautique et responsable des animations à la régie autonome. "Avant on venait à la mer et on se baignait, on bronzait. Plus maintenant", poursuit-il. Le succès des sports nautiques à voile et à moteur a ainsi poussé à regrouper les associations et les professionnels pour donner un minimum d'organisation et de lisibilité à la filière.

Port Camargue est désormais référencé comme station nautique, un label décerné par l'association nationale du même nom qui récompense les stations faisant un effort en matière d'équipements et de coordination de l'offre nautique. 35 stations sont ainsi répertoriées en France, dont quatre en Languedoc-Roussillon. La station gardoise peut même se targuer d'être la plus grande et d'attirer le plus de visiteurs sur le site internet de l'association.

À regarder les chiffres, l'objectif semble atteint. Le chiffre d'affaires du secteur s'élève à presque 5 M€, selon une étude menée par la régie autonome. En 2003 il arrivait tout juste à 550 000 € quand Port Camargue a obtenu le label "station nautique". En rajoutant les effets induits, les activités nautiques généreraient un chiffre d'affaires total de 6,68 M€, toujours selon la régie autonome. Soit autant que celui du port dont le chiffre d'affaires tourne autour de 6,5 M€. Prestataires privés d'un côté, associations et clubs de l'autre se partagent le marché : 3,5 M€ pour les 27 entreprises répertoriées. Le reste - 3,1 M€ - pour les associations, notamment l'UCPA. Côté emploi, la zone compterait 75 salariés directement ou indirectement liés au nautisme.

Toute la gamme des loisirs est proposée : de la location de matériel à voile ou à moteur (jet ski, canoë et kayak) à des promenades en mer en passant par la formation des clients pour qu'ils puissent prendre la mer de façon autonome. Certains prestataires se diversifient aussi dans la voile d'entreprise. Thalassa Cup gère par exemple une flotte d'une vingtaine de voiliers identiques pour permettre aux grands groupes (Areva, banques) d'organiser des régates, dans le cadre du team building, ces journées qui combinent détente et travail. "On travaille en synergie avec le Yacht club qui a des salles de séminaire pour 150 à 500 personnes. L'avantage ici c'est qu'on est jamais bloqué par la météo. Le premier programme a pu se faire le 12 janvier", raconte Yves Claveau, gérant de Thalassa Cup et présent à Port Camargue depuis 20 ans.

 

Pourtant, ils sont peu nombreux à aller sur cette niche. Team Winds qui proposait les mêmes prestations, est finalement parti pour Marseille. Entre le coût des emplacements pour les bateaux et le renouvellement de la flotte tous les cinq ans, l'activité est assez peu rentable mais génère de l'emploi, affirme Yves Claveau qui regrette que le port continue de faire surtout du stationnement. “En moyenne, les bateaux font trois jours de sortie par an. Certains ne sont jamais sortis en mer, les nôtres, c'est plus de 100 jours", calcule-t-il.

Dynamiser ce pôle nautique, c'est désormais l'objectif prioritaire du directeur du port, Michel Cavaillès. Pour insuffler une image plus jeune, plus sportive, l'effort va être mis sur la rénovation des infrastructures. Le projet imaginé depuis plusieurs années commence à trouver ses contours. Il va consister à réaménager la zone qui jouxte la capitainerie, dite de l'avant port, où se trouve l'UCPA et le Yacht club. "Nous avons très peu d'espace, souligne le maire du Grau du Roi, Etienne Mourrut. Il n'y a plus de place sur la zone technique. On doit donc restructurer l'ensemble UCPA/Yacht club. L'objectif aujourd'hui, c'est un pôle d'activité pour accueillir des entreprises liées au nautisme. Des activités qui pourraient créer 20 à 100 emplois."

Point central de ce réaménagement : la reconstruction de l'école de voile, occupée par l'UCPA, acteur historique sur le port qui accueille près de 5000 enfants et jeunes adultes chaque année. Le directeur, Patrice Barthelemy, parle de faire "un centre européen du nautisme". "On veut aller au bout de notre démarche commerciale, précise-t-il : attirer des jeunes de tous les pays. Malheureusement, la vétusté des locaux nous fait perdre nos clients. Une fois adultes, ils ont tendance à partir sur la presqu'île de Gien ou à Saint-Cyprien. Pourtant la baie d'Aigues-Mortes est une des plus faciles pour naviguer. Il faut que l'offre suive." Le directeur espère augmenter la capacité d'hébergement à 130/150 personnes, contre 96 actuellement.

À côté de ce nouveau bâtiment, Michel Cavaillès pense dégager 4000 m2 de terrains valorisables. "Notre projet est de faire de l'immobilier d'affaire, dans l'objectif de recettes supplémentaires." La régie travaille actuellement avec la CCI de Nîmes pour définir une pépinière d'entreprises. "Il y avait quelques incertitudes jusqu'à la signature du PLU (plan local d'urbanisme) de la commune, intervenue en mai. Maintenant, on sait ce qu'on peut faire. On connaît les attentes des riverains, des immeubles bas qui s'intègrent dans le paysage, et de l'UCPA. Le seul facteur qu'on ne maîtrise pas, c'est le financement."

L'opération est estimée à hauteur de 10 M€. La régie, qui n'a que 2 à 3 M€ à mettre en fonds propres, espère trouver des partenaires privés. Trois pistes sont envisagées : l'accueil d'équipe sportive, telle celle du skippeur Kito de Pavant ; l'installation de show room pour des entreprises spécialisées dans le nautisme ; ou la venue de sociétés d'équipement et de service qui ont envie de s'installer au bord de la mer.

Michel Cavaillès veut que tout soit fini fin 2014, date à laquelle le bâtiment de l'UCPA ne sera plus aux normes. S'il parvient au bout, ce sera peut-être l'un des derniers chantiers de taille, plus de 40 ans après la création ex nihilo de Port Camargue.

Gestion du port  : L'accent mis sur l'environnement et l'embellissement

11-08-23-port"Moi qui navigue beaucoup et qui connaît bien la Méditerranée, Port Camargue a une des plus belles marinas, les mieux entretenues, et à des prix très compétitifs." Dans la bouche d'Armand Roose, ce compliment prend beaucoup de valeur. Ce plaisancier belge - "le flamand Roose" comme il se nomme - a parcouru sur mer l'équivalent de deux fois et demi le tour de la terre. Il est désormais le président de l'association sportive des plaisanciers de Port Camargue (ASPPC) qui regroupe les propriétaires de 365 bateaux sur près de 5000.

L'association a été fondée en 86 pour se défendre contre la CCI de Nîmes, dont la gestion de l’époque est loin d'avoir laissé de bons souvenirs le long des quais. "On a constaté que l'argent prélevé aux usagers n'était pas réinvesti dans le port", déplore Armand Roose. En 2002, la mairie du Grau du Roi décide donc de résilier la concession d'exploitation de l'organisme consulaire pour confier la gestion à une régie autonome, chapeautée par un conseil d'administration, composé d'élus et de représentants des usagers. Une décision qu'a contestée la CCI pendant près de 10 ans, exigeant devant les juridictions administratives près de 9 M€ de réparation à la commune. Le Conseil d'État a définitivement rejeté la demande de la CCI en mars dernier. La fin d'un marathon judiciaire qui n'a pas empêché par ailleurs que de bonnes relations se nouent entre la régie et la chambre de commerce pour travailler ensemble sur l'avenir du port (voir au-dessus) !

Depuis 2002, tri des ordures, blocs sanitaires et pistes cyclables parsèment les quais. "On a privilégié le renouvellement des infrastructures, explique Etienne Mourrut, maire et président du conseil d'administration de la régie. L'objectif est de le rendre performant en matière d'environnement et de l'embellir." "Beaucoup de choses se sont améliorées dans l'entretien ou dans les relations avec la capitainerie. C'est désormais un partenaire", raconte le président de l'ASPPC qui dispose d'un siège au conseil d'administration.

Ces rapports apaisés permettent d'envisager la suite car les investissements sont loin d'être finis. Le prochain gros chantier est de procéder à un dragage du port. Un travail qui nécessite la mise en place de techniques nouvelles pour respecter les normes environnementales (voir encadré). D'ici là, la régie autonome espère gagner son bras de fer face aux services fiscaux sur la taxe foncière, jugé trop élevée. Un contentieux qui remonte à 1996. "On verse près de 700 000 € par an de taxe foncière. Mais le calcul a été jugé illégale. Les services fiscaux ont donc utilisé une autre méthode qui aboutit comme par hasard au même montant", déplore le directeur de la régie, Michel Cavaillès. L'affaire doit passer au Conseil d'état en septembre. Après huit années de réclamation, le port pourrait se voir rembourser une sacrée somme qui dégagerait une capacité d'autofinancement supplémentaire. Pas de trop vus les chantiers à mener.

Un dragage écologique et innovant

Près de 4 M€ sont prévus pour procéder à un dragage du port en 2013, rendu nécessaire pour lutter contre l'ensablement. "On prépare un gros projet avec des techniques protectrices de l'environnement qui à ce jour n'existent pas", se réjouit le maire Etienne Mourrut. Les sédiments pollués devront être traités avant de partir en décharge et les sable réutilisé par la commune. "Avant on draguait et on allait rejeter au large." Piloté par la régie autonome, le chantier est lauréat d'un appel à projet national. Il sera à la pointe de l'innovation avec le soutien d'entreprises spécialisées, de l'école des mines d'Alès et de laboratoires de recherche de l'université de Montpellier.