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Pont du Gard : Un projet hôtelier à l'horizon 2013 PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 19 Septembre 2011 08:00

À l'image du département, le Pont du Gard a vécu une belle saison touristique avec une fréquentation en hausse. Mais pour renforcer son attrait et fixer le flux de visiteurs, le site a désormais besoin de lieux d'hébergement.

+4% de visiteurs depuis le début de l'année. Dans un été particulièrement souriant pour le tourisme, le Pont du Gard a bien marché. À ce rythme, les 1,4 millions de visiteurs venus l'an dernier devraient être atteints sans problème, voire dépassés. Déjà 1,1 millions de personnes sont allés voir le célèbre aqueduc entre janvier et août de cette année.

Autre motif de satisfaction, les visiteurs restent de plus en plus longtemps sur place : presque 3 heures en moyenne contre moins d'une heure il y a une dizaine d'années. Musée, restaurant, cinéma, tout est fait pour les inciter à prolonger leur présence, à l'image cet été de l'exposition consacrée au peintre Albert André*, qui a attiré 50000 visiteurs en trois mois.

Mais ce n'est pas suffisant pour les autorités de tutelle (voir encadré). Le Pont du Gard est certes un lieu incontournable, pour reprendre la terminologie de certains guides. Un site patrimonial unique, le seul à être inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco et en même temps labellisé Grand site de France. Mais qui reste souvent cantonné à l'étape obligée pour une photo souvenir avant de reprendre la route.

Le Conseil général a d'autres ambitions. "Je souhaite que le Pont du Gard ne soit pas seulement une vitrine régionale mais un vrai outil économique", affirme Damien Alary, son président. "C'est une activité économique comme une autre, renchérit Françoise Dumas, vice-présidente à la Région en charge de l'économie. Il faut une montée en gamme et une diversification." Des propos auxquels agrée Paolo Toeschi, directeur général de l'EPCC. "Trop longtemps, on a considéré le tourisme comme un petit complément alors que c'est un acteur du développement économique qui irrigue le territoire."

Doper l'accueil de séminaires et de groupe

C'est pour sortir du syndrome "on vient, on regarde, on s'en va !", selon les mots de Damien Alary, que les collectivités territoriales vont donc plancher dans les mois à venir sur un projet hôtelier. Un équipement qui fait défaut au développement du site. "On n'est même pas capable de loger un car de 40 personnes", s'emporte Damien Alary. Un espace hôtelier et résidentiel devrait être livré en 2013 (voir ci-contre), à 500 mètres du site. Un premier pas mais qui va répondre à une clientèle familiale, désireuse de passer des vacances entre nature et belles pierres.

Pour se diversifier, l'EPCC voudrait doper l'accueil de groupes et des séminaires. L'offre est déjà là avec 2000 m² de chaque côté du Gardon : deux auditoriums, un espace réception de 400 m² et quatre salles de réunion. Le chiffre d'affaires de l'activité est passé de 80 000€ à 600 000€ en trois ans, selon le directeur général Paolo Toeschi. "Il y a un créneau dans la filière des tours opérateurs. La demande de séminaires en dehors des grandes agglomération est aussi un marché potentiel", analyse-t-il.
Mais l'absence d'hébergement sur place pénalise les organisateurs et décourage ceux qui souhaiteraient profiter de la beauté du lieu.

 

"Tout le monde constate la difficulté, note Paolo Toeschi. Les congressistes demandent à être logés sur place pour plus de convivialité. On ne sait pas répondre." Il faut éclater les groupes dans les hôtels à Nîmes, Avignon ou Arles, ce qui rend l'opération nettement moins rentable.

L'objectif est donc de sortir de terre 250 à 300 lits sur place. Cela permettrait aussi de prolonger la saison touristique. "Si on veut pérenniser, il faut remplir huit à neuf mois. Les groupes hôteliers ne veulent pas venir que pour travailler trois mois", explique Damien Alary. "Le Pont du Gard est un lieu de passage, concède Françoise Dumas. Les touristes balnéaires de passage viendront quoiqu'on fasse. Ce qui est intéressant, c'est d'aller chercher la clientèle de l'intérieur qui souhaite un autre tourisme."

Le nerf de la guerre est cette fois non pas l'argent (en tout cas pas encore), mais le foncier. Beaucoup de terrains sont des zones boisées ou de la garrigue protégée. D'autres sont classées inondables. Le Conseil général dispose de 160 hectares autour de l'aqueduc, gérés par l'EPCC. Une dizaine d'hectares pourrait être libérée, indique Damien Alary. Le reste va être à chercher sur les territoires des communes, principalement Vers-Pont-du-Gard, Castillon et Remoulins, qui ont leur voix au conseil d'administration de l'EPCC.

"Il faut six mois pour réviser un plan local d'urbanisme (PLU) par dérogation", selon Damien Alary qui dit avoir le soutien du préfet. Volontariste sur ce dossier, il propose de réunir tous les maires concernés d'ici la fin de l'année et de faire du Conseil général le pilote de l'opération.

Une fois le potentiel foncier dégagé, les promoteurs immobiliers et les groupes hôteliers ne devraient pas manquer à l'appel. "Les investisseurs sont déjà pendus à nos téléphones", s'amuse Claude Rezza, directeur du Comité départemental du tourisme.

Officiellement, tous les établissements sont les bienvenus, mais le haut de gamme est privilégié. On parle aussi d'installer un restaurant gastronomique. Place désormais à la négociation politique. Mais localement, il ne semble pas avoir d'opposition. Tout le monde, élus de l'Uzège en tête, a bien compris que le Pont du Gard n'est pas un monument, mais le moteur économique du département. Un moteur à débrider.

*peintre figuratif (1869-1954), confident d'Auguste Renoir, qui séjourna régulièrement à Laudun. 

 

Le Pont du Gard est géré par un établissement public de coopération culturelle (EPCC). Une solution préférée à une régie par le Conseil général. Né dans la difficulté pendant la grande crûe de 2002, l'EPCC du Pont du Gard est l'un des premiers en France. Il est chapeauté par un conseil d'administration où siègent des représentants du Conseil général (majoritaires), des maires de l'Uzège, de la Région et de l'État. Un mini-parlement en quelque sorte présidé par le député William Dumas qui se félicite de l'unanimité qui prévaut dans la plupart des décisions.

Alors que certains à droite persistent à penser qu'une délégation à un privé serait bénéfique, Damien Alary se félicite de son choix et de la politique menée jusqu'à présent. L'EPCC est aujourd'hui à 73% d'autofinancement. La subvention du Conseil général a ainsi pu diminuer de 5 M€ à 2,7 M€. Le projet hôtelier s'inscrit dans cette stratégie d'augmentation des recettes. Mais pas question de privatiser, s'est engagé Damien Alary. "Le Pont du Gard doit rester un grand service public. On peut discuter, car on n'a pas toujours les compétences, mais pas vendre. Quand on voit les expérience ailleurs, on peut se poser des questions."

Une première résidence de standing en 2013

Des appartements de deux ou trois pièces, meublés et tout confort à 500 mètres du Gardon. C'est ce que promet de livrer le groupe Terrésens entre l'été et l'automne 2013. Le lieu retenu, dit la Couasse, se trouve sur la commune de Remoulins. La résidence sera de haut standing avec un nombre élevé d'équipements : restaurant, bar, piscine extérieure chauffée, spa, sauna, terrains de sport, etc. 87 appartements sont prévus. Les bâtiments, au nombre de quatre, ne devraient pas dépasser deux étages et ils seront construits au norme HQE (haute qualité environnementale). Impact limité sur le site qui sera à dix minutes à pied en prise directe.

La résidence vise une triple clientèle selon son concepteur : les estivants venus en quête d'un séjour nature, les entreprises pour organiser des week-end pour leurs salariés, les autocaristes et tours opérateurs pour une étape au Pont du Gard dans le cadre de voyages organisés.

On ne connaît pas encore les loyers. En revanche, le groupe Terrésens commercialise déjà cette future résidence. Les particuliers qui souhaitent investir peuvent donc s'offrir un appartement pour la somme de 146 000 € (place de parking comprise). Terrésens garantit une rentabilité de 4,75% sans compter la défiscalisation au titre du Censi Bouvard de 18% sur neuf ans. Tout cela avec le droit d'occuper le bien huit semaines/an.

Le groupe Terrésens, fondé en 2008 à Paris, a déjà réalisé sept résidences de tourisme, d'affaire ou étudiantes. Outre la dimension écologique, Terrésens affirme avoir mis en place un nouveau processus capable de remplir ses résidences. "Après avoir trouvé un terrain bien situé, nous faisons d'abord appel à un exploitant qualifié et reconnu avec qui nous concevons une résidence séduisante pour les locataires, tant sur le plan immobilier que financier. Ce n'est qu'ensuite que nous faisons appel à un promoteur à qui un cahier des charges précis est donné", explique le fondateur Gérard Cornillon.

Le groupe fonctionne en fait sur un modèle intégré. Il ne délègue que la construction. Deux promoteurs immobiliers ont été retenus pour le Pont du Gard : Quantum development et Apodiss. Terrésens s'occupe via ses filiales de toutes les étapes, de la conception, à la gestion, en passant par la commercialisation.