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Quelques semaines après être arrivé sur les berges du gardon pour reprendre la direction de l'EPCC du Pont du Gard, Paolo Toeschi annonçait un plan de rigueur budgétaire traduit par une réduction des effectifs, et la très emblématique suppression de la série de représentations pyrotechniques du Groupe F. La crise économique montrait alors ses premiers signes d'offensive, et cet habitué de la gestion des sites touristiques d'envergure voulait avant tout se donner les moyens d'une prise de recul serein sur les deux dernières décennies de l'histoire de l'aqueduc. Quelques mois plus tard, c'est encore une annonce relative au Groupe F qui marque un nouveau temps dans la gestion de ce qui demeure plus que jamais un emblème du Gard. Pour Gard Eco, Paolo Toeschi revient sur les coulisses de ces derniers mois denses en activité…
Après avoir mis en œuvre un véritable plan de rigueur budgétaire, symbolisé notamment par l'annulation des spectacles du Groupe F, que faut-il comprendre de ce revirement de situation également symbolisé par leur retour sur les berges du Gardon ? Nous avons reçu pour mission d'évaluer nos politiques, avec pour base fondamentale de rappeler que nous avons une commande publique de la part des collectivités, département, et communes alentours, car nous sommes un établissement public. Cela nous confère des obligations. Parmi elles, la première est d'apporter un service public, mais aussi de gérer avec une très grande rigueur, puisqu'il s'agit d'argent public. Grâce à cette évaluation, il nous appartenait de voir qu'elle était l'efficience de ce que nous faisions. Car il ne suffit pas d'être très efficaces, ou d'être seulement rentables, si cela ne satisfait pas le public. L'efficience se mesure donc aussi au niveau de satisfaction du public.
Quelle est la place du service public dans la gestion de l'EPCC du Pont du Gard ? Il ne s'agit pas ici de gérer un parking, ou un snack, mais bien d'un édifice inscrit au patrimoine mondial de l'humanité. C'est un patrimoine classé depuis 1985. Là où tant de collectivités se battent pour obtenir ce classement, nous qui en disposons, devons porter cette vocation de service public avec beaucoup de fierté et d'ambition. D'autant que le Pont du Gard est l'emblème du département, ce qui renforce ce caractère stratégique.
A quelles conclusions vous a conduit cette évaluation ? Dans un contexte de crise économique et financière, nous avons bâti l'année dernière un budget de restrictions, pour être solidaires avec les gardois, tout en prenant des initiatives telle que la gratuité à partir de 19h. Au final, le Pont du Gard nous a produit l'un de ses petits miracles puisque nous avons battu des records de fréquentation depuis l'ouverture du site, avec plus de 1,353 millions de visiteurs, accompagné d'un chiffre d'affaires supérieur de 20% à nos prévisions, au même niveau que ce qu'il était en 2008, qui restera une année exceptionnelle. D'autant que la gratuité après 19h et l'illumination du Pont ont généré un chiffre d'affaires pour la restauration sur place à un niveau jamais atteint jusque là. Parallèlement à cela, l'activité de congrès et séminaires, que tous les experts nous prédisaient en berne, est passée pour nous de 90 K€ à plus de 300 K€ sur cet exercice. Tout cela nous a fait dire que nous pouvions afficher un optimisme mesuré, et que nous disposions d'une base au potentiel incontestable, sous réserve de bien adapter nos politiques, à commencer par notre politique tarifaire. C'est ce qui nous a conduits à envisager de nouvelles perspectives pour 2010.
Encore une nouvelle politique tarifaire ? Sur quelles bases repose t'elle ? J'ai proposé au Conseil d'Administration de décembre 2009 une réorientation stratégique pour 2010. Elle repose sur un fondement : nous rappeler qui nous sommes. On ne peut pas réduire le Pont du Gard à un parking, même si la possibilité de stationner dans de bonnes conditions est importante. Nous gérons un patrimoine mondial, un site classé Grand Site de France pour son environnement, qui offre la baignade sécurisée, une médiathèque, un musée, une ludothèque… bref, un service de très grande qualité qui permet de passer plusieurs heures sur le site. C'est un service qui a un coût. Et pour mieux l'appréhender, nous sommes allés étudier ce qui se passait dans le monde entier, sur d'autres sites classés, pour voir comment nous étions positionnés. Dans tous les cas, nous étions les moins chers. Car à 5€ de parking, pour une voiture de 5 personnes, cela revient à "vendre" le Pont du Gard pour 1 €. L'écart était tel avec les autres sites, que nous apparaissions comme un "sous produit", alors que le regard que portent les touristes du monde entier sur le site est inestimable. A titre de comparaison, la visite de l'amphithéâtre d'Arles est à 7,90€ par personne. D'autant qu'au vu des coûts d'exploitation du site, c'était un véritable non sens économique.
"Nouvelle politique tarifaire" veut donc dire "hausse des tarifs" ? Ce n'est pas si simple. Nous avons regardé qui étaient nos visiteurs. Sur 1,353 millions 100 000 viennent du Gard. 1 250 000 viennent de la France, et le reste vient du monde entier. Nous avons ensuite fait le constat que plus de 95% d'entre eux ne viennent qu'une fois sur ce lieu. En outre, avant de venir, ils n'ont généralement pas connaissance du tarif. Lorsque l'on va en voyage, on planifie généralement le coût de l'avion ou du train, de l'hôtel, mais pas le tarif des musées ou des monuments. Ajoutons qu'à plus de 98%, nos visiteurs sont au minimum deux par voiture. C'est ainsi que nous sommes parvenus à l'approche qui revient à regrouper les prestations offertes sur le site, plutôt que faire payer séparément le parking, le musée, la ludothèque… ce qui revenait au final très cher, et donnait au public le sentiment de constamment devoir sortir son portemonnaie. Le Conseil d'Administration a validé cette approche, pour globaliser une offre à la fois plus juste pour les gardois et plus juste pour nos visiteurs.
Au final, combien faudra t-il débourser pour venir voir le Pont ? Il en coutera 15€ par famille à la journée en haute saison - 10€ en basse saison - ce qui englobera toute l'offre du pont du Gard, à l'exception de la restauration et des boutiques. Pour les gardois, l'offre est différente, car leurs impôts les font déjà contribuer au fonctionnement du site. Les gardois pourront pour 25 €, avec une promotion à 20 € jusqu'à Pâques, obtenir un pass pour l'année, qui leur permettra de venir soit en famille, soit avec des amis, s'ils sont dans une même voiture. Cette offre leur permettra en outre de bénéficier de 20% de réduction sur tous les spectacles que nous organisons sur place, comme le cirque fin février, ou le Groupe F au mois de juin. A noter également que la participation à Garrigues en Fête, qui regroupe chaque année plus de 20 000 personnes, sera comprise dans ce tarif.
Une offre "spécial gardois" ? Il suffira de présenter une pièce d'identité pour que nous puissions établir la carte d'abonnement, mais nous n'allons pas demander de justificatif de domicile. Car nous savons que les visiteurs qui ont envie de venir plusieurs fois dans l'année sont essentiellement gardois. Et quand bien même, un touriste qui viendrait passer deux semaines à Uzès pourra avec ce système prendre ce même abonnement s'il a envie de venir se baigner tous les jours dans le Gardon ! Notre intérêt est d'être au service du territoire, et cela peut aider à maintenir plus longtemps les touristes sur notre territoire.
Le fait de proposer une offre globale, n'est-ce pas aussi un moyen de supprimer les emplois liés aux billetteries ? Il faut jouer sur tous les tableaux. Et grâce à ces réaménagements, nous pouvons rendre à nos guides la noblesse de leur métier en leur permettant de guider les visiteurs, plutôt qu'en les cantonnant dans des billetteries successives sur le site. Cela permet donc de réaliser des économies, tout en produisant un service à plus forte valeur ajoutée, que le consommateur est disposé à payer.
Des économies d'un côté, et le retour des dépenses de l'autre, avec le retour du Groupe F ? Notre espoir cette année est de générer plus de 65% de recettes propres, alors que nous étions à 49%. Cela ferait de nous un des très rares établissements en France à être à ce taux d'autofinancement. C'est ambitieux mais nous allons y arriver. Pour cela, il ne faut pas jeter l'argent par les fenêtres. Avec le Groupe F, qui par ailleurs sont des amis, nous nous sommes vus, nous avons beaucoup discuté et remis à plat, pour redéfinir le cahier des charges culturel. Auparavant, par exemple, on montait un échafaudage pour les gradins, qui était à mon sens extrêmement disgracieux, et coûteux. C'est terminé. Cela ne correspond pas à l'esprit, qui doit empreint grande liberté. Le principe que j'ai arrêté avec le Groupe F repose sur un début de soirée vers 19h, par un apéritif et un grand pique-nique que l'on pourra, pour ceux qui le désirent, acheter sur place grâce à un partenariat avec la Chambre d'agriculture et les producteurs locaux, et consommer directement sur les berges dans la plus grande convivialité. Lorsque la nuit est tombée, on assiste au spectacle du Groupe F, avec pour commande de mettre l'aqueduc en perspective et en valeur, car c'est l'élément fondamental. En faisant cela, on réduit la voilure des coûts de l'organisation, et peu du spectacle, de près de 60%. Ce faisant, nous pouvons retrouver des tarifs de billetterie de l'ordre de 15 €, contre 23 € auparavant. Et plutôt que mettre 5000 à 6000 personnes, nous pouvons accueillir jusqu'à 15 000 spectateurs dans un autre état d'esprit. C'est une autre approche de la dimension culturelle de ce lieu.
Faut-il parler de dimension culturelle au rabais ? Ce qui s'est passé les années précédentes m'a surtout apporté la conviction qu'il y avait des coûts auxquels l'établissement ne pouvait pas faire face. La dimension culturelle peut être appréhendée par chacun à sa façon, mais ici, ce n'est pas Versailles. Faisons Versailles à Versailles, mais ici, faisons Pont du Gard! Faisons ce que nous sommes. C'est une autre approche de la dimension culturelle qui n'en est pas moins noble, et qui est même plus compliquée. Les gens viennent dans le sud pour être détendus et décontractés.
Lors de l'annulation de la série de représentation prévue, l'EPCC du Pont du Gard avait du s'acquitter d'une contrepartie à ce dédit. Finalement, ce sont eux les grands gagnants dans cette opération… Eu égard à nos excellentes relations, car les contrats sont une chose, et les relations humaines en sont une autre tout aussi importante, ils ont accepté de revoir tout le passif. Cela nous permis de repartir avec eux sur des bases que j'espère à long terme, et ils ont remis sur la table plus de la moitié de la contribution de dédit. Ils ont minoré leurs prestations futures de la moitié de ce qu'ils avaient perçu lors de l'annulation. L'autre moitié couvre leurs frais, car ils ont travaillé et investi sur ce premier projet, et lorsqu'ils ont été face à une annulation presque au dernier moment, ils ont été confrontés aux obligations de n'importe quelle entreprise. Mais là, ils ont consenti un geste qui est tout à leur honneur. Grâce à leurs efforts et à notre recherche de réduction des coûts, nous avons divisé l'addition par deux ! C'est une conception de ce que doit être le service public, et de l'effort que l'on doit faire vis-à-vis des gardois, tout en réalisant des économies. D'autant que la Chambre d'agriculture est ravie de revenir pour travailler avec 8 000 à 10 000 personnes, pour générer du flux économique.
L'annonce de la reprise de ces spectacles semble être une bonne chose, mais est-ce qu'elle n'intervient pas trop tard pour que les tour-opérateurs puisse les exploiter ? Nous avons bien entendu pris les devants, en les informant dès le mois de Novembre du retour du Groupe F sur le Pont du Gard, afin que cet évènement puisse figurer dans leur catalogue. Il était essentiel de ne pas rater ce coup ! Nous leur avons promis trois fois deux soirées en fin de week-end, contre deux fois trois soirées auparavant, ce qui est aussi une façon d'allonger la durée de l'évènement, et de structurer la saison. Et je dois dire qu'ils étaient ravis de l'apprendre, et que ça fonctionne très bien !
Où en est-on de l'espoir de voir un jour une offre globale autour de la romanité gardoise ? Nous nous positionnons en partenaire dès lors que nous sommes respectés, et concernant la ville de Nîmes, nous sommes dans une phase de coopération active. Avec Mary Bourgade, Présidente de l'office de Tourisme, et l'ensemble de ses collaborateurs, nous travaillons sur des produits permettant aux touristes venant à Nîmes de visiter le Pont du Gard, et à ceux venant au Pont du Gard de visiter Nîmes. Mais parallèlement, nous avons proposé à la ville de Nîmes de l'accompagner pour son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, et tous les experts s'accordent à dire que cela serait possible par extension du classement du Pont du Gard. Ce serait un formidable retour de l'histoire…
Quant à la Région dont on dit qu'elle verrait bien le Pont du Gard géré par une structure privée ? J'ai lu le contraire tout récemment… Lorsque l'on montre au Président de Région qu'il y a une volonté d'évaluer, de gérer et de restructurer, un Président tel que Monsieur Frêche qui place le développement touristique comme une priorité absolue ne peut que remarquer cela. C'est sans doute aussi pour cela que le Président et ses collaborateurs sont venus en décembre nous remettre le prix Sud de France... |