Bannière
Musique de chambre... : Alméras et Brin jouent en duo PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 27 Septembre 2010 08:00

De gauche à droite : Henry Brin et Serge AlmérasLors de la précédente élection de la Chambre de métiers du Gard, le boulanger alésien Serge Alméras, président de l'Union des maîtres artisans boulangers, et l'électricien Henry Brin, membre de la Fédération Française du Bâtiment, briguaient chacun la présidence en conduisant des listes opposées. Serge Alméras, président sortant il y a cinq ans, alors soutenu par la CAPEB, avait finalement cédé son siège à Pascal Binelli, vice-président de ce syndicat des artisans du bâtiment, vainqueur au bénéfice de l'âge, d'une élection dont les deux listes étaient sorties ex-aequo. Une mandature plus tard, les voici réunis sur une liste commune, unis pour faire obstacle à l'Association de Artisans et Commerçants, soutenue par la CAPEB, et présidée par l'actuel président de la Chambre de métiers. Pour Gard Eco, les colistiers expliquent le pourquoi et le comment de cette union.

Après vous être cordialement haïs, vous apparaissez plus unis que jamais face à l'adversité. Est-ce une alliance de façade ?

Serge Alméras : Nous ne nous sommes jamais haïs. Opposés, certes, mais il faut remettre les choses dans leur contexte, en reconnaissant que nous nous connaissions finalement peu. Si l'on se retrouve ensemble, volontaires, et avec une équipe de soixante-dix personnes parmi toutes les représentations professionnelles, c'est non seulement le signe de notre envie de collaborer, mais aussi le fruit du travail du président actuel ! Le président Binelli a d'abord voulu travailler avec moi, avant de me rejeter pour se tourner vers Henry Brin, et finalement l'écarter également, pour une raison simple : la seule structure avec laquelle il peut travailler, c'est la CAPEB… L'artisanat en a marre d'entendre parler de la Chambre de métiers comme l'on en parle aujourd'hui, et c'est la raison pour laquelle nous avons dépassé nos oppositions, pour que les artisans se retrouvent dans leur Chambre de métiers.

Henry Brin : Il faut rajouter qu'un mandat comme celui que nous venons de vivre nous a permis d'acquérir une certaine expérience. D'aucuns pourront dire que nous avons mûri, au prix de concessions de part et d'autre. En ce qui me concerne, accepter de me ranger derrière Serge Alméras, alors que je m'étais présenté contre lui, c'est aussi le signe que j'ai su mettre mon égo dans ma poche, dans l'intérêt de la Chambre. Il ne s'agit pas de l'histoire de deux hommes, mais de deux équipes, et surtout, d'un projet, au service d'un idéal. D'autant qu'en filigrane, se profile la régionalisation. Heureusement qu'elle n'est pas intervenue au cours de ce mandat, sinon nous aurions eu des clopinettes, et serions passés derrière la Lozère en termes de moyens ! Il est primordial que nous abordions cette régionalisation en position de force, avec un projet à proposer et à défendre.

 

Comment avez-vous réussi à gommer tout ce qui vous opposait, il y a à peine cinq ans ?

HB : Lors des précédentes élections, il nous a souvent été demandé ce qui nous séparait, partant du constat que nous avions à peu près les mêmes programmes. Ce qui nous séparait, c'est sans doute une manière différente de voir les choses. En revanche, ce qui nous rapproche, c'est le même but, et l'énergie que nous sommes prêts à mettre en commun pour l'atteindre. Alors si dans les premiers temps, nous nous sommes un peu regardés en chiens de faïence, le temps de trouver les bons équilibres, nous avons rapidement appris à nous connaître au quotidien. Et de constater que, même si Serge est dans l'alimentaire, et moi dans le bâtiment, la problématique de l'artisanat nous est commune. Respecter les différences, c'est déjà une certaine forme d'intelligence, et nous avons tous les deux réussi à passer ce cap.

Quelle a été la réaction de vos équipes, et pensez-vous qu'elles pourront travailler ensemble, dans le même élan que vous ?

HB : Nos équipes autour de nous nous ont largement poussés. Aujourd'hui, je n'en suis plus à me demander si Serge risque de me faire un coup tordu, non seulement parce j'ai découvert un homme d'une grande honnêteté intellectuelle, mais surtout, parce que nos élus ne l'accepteraient pas.

SA : La pluralité des soutiens que nous avons fait que, de toutes façons, si nos égos venaient à reprendre le dessus, nous serions très rapidement remis sur les rails par les gens qui nous entourent. C'est justement cette pluralité qui fait que nous allons défendre l'artisanat gardois dans son ensemble, syndiqué ou non.

HB : Lorsque nous avons présenté notre projet de liste commune, l'immense majorité de nos soutiens nous a simplement répondu "enfin !"

Pourtant, la FFB est souvent présentée comme le syndicat des "grandes entreprises" du bâtiment. Est-ce que ça n'a pas choqué les petits artisans que vous représentez ?

SA : Il faut admettre que l'économie est mondialisée. Quoi que l'on dise, et quoi que l'on fasse, c'est ainsi. Pour autant, nous revendiquons la complémentarité du secteur de l'artisanat, du petit commerce, et de cette économie mondialisée. Si l'on prend le cas de la grande distribution, pour moi qui exerce dans le commerce alimentaire, il faut admettre que l'on ne supprimera pas ces grands magasins. Ceci étant, nous avons un rôle fort à jouer pour faire en sorte que les centres-villes continuent à être animés, et pour que nos ressortissants se maintiennent.

HB : Par contre, nous ne devons pas tomber dans le piège dans lequel Pascal Binelli est tombé, lorsqu'il avait accepté d'ouvrir, au sein du CFA des métiers, des formations de boucher et de boulanger, dédiées à la grande distribution. Nous avons fait barrage en déposant une motion contre cette décision, car si la loi nous oblige à accepter tous les jeunes dès lors qu'ils ont un contrat d'apprentissage, il était inacceptable d'interférer sur les contenus pédagogiques pour les besoins de la grande distribution. Cela revenait à créer des ghettos professionnels. Nous devons défendre une certaine idée de l'artisanat, notamment basée sur le savoir-faire.

SA : Dans ce cas précis, on peut se demander qui sont les défenseurs de la grande entreprise. Sur ce sujet, j'ai l'esprit tout à fait libre !

Comment comptez-vous vous répartir les rôles dans la gouvernance de la Chambre de métiers, sans vous marcher sur les pieds ?

HB : C'est on-ne-peut plus simple : Serge sera président, et je devrais être son vice-président, en tenant compte de l'opportunité qui se dessine de prendre la Région. Il est important que nous y soyons très présents, et je me positionnerai donc en ce sens.

SA : C'est même moi qui ai proposé ce fonctionnement à Henry, alors qu'il ne m'avait rien demandé. Ce n'est pas une concession de ma part, mais l'illustration de notre complémentarité. Aujourd'hui, les cinq chambres départementales sont détenues par la CAPEB, mais sur tous les territoires, excepté l'Aude, des listes opposantes sont constituées. J'ai donc dit à Henry que si l'opportunité se présentait, je souhaitais qu'il soit le candidat du Gard pour la région.

Finalement, votre programme pourrait se résumer à "Tout sauf la CAPEB"…

SA : Ce que je souhaite souligner, c'est l'importance des hommes dans les structures. Suivant les hommes qui les dirigent, les changements qui peuvent intervenir sont parfois radicaux. Selon moi, les changements que l'on a pu constater dans le fonctionnement de la CAPEB sont liés au trois ou quatre personnes qui la dirigent. Nous n'avions jamais eu de problèmes auparavant.

HB : Il faut aussi souligner que plus de 80% des artisans ne sont pas syndiqués, et souvent, ne savent même pas que les syndicats existent ! Ils n'ont rien à faire du débat entre CAPEB et FFB. Ce qui est grave, c'est qu'au niveau de la gestion actuelle de la Chambre de métiers, ce sont au final les permanents qui doivent prendre des décisions, faute d'une gouvernance forte.

Pourtant, le bilan de cette mandature est plutôt positif, avec la certification ISO d'une part, et une hausse sensible du nombre d'entreprises inscrites au registre des métiers, d'autre part.

SA : C'est sous ma mandature qu'a été initiée la certification qualité. L'équipe actuelle a repris le dossier. Quant à la hausse des immatriculations, c'est une tendance nationale.

HB : Puisque vous évoquez les effectifs, prenons le nombre d'entreprises inscrites sur les listes électorales : il y en a
17 000, contre 13 000 lors de l'élection précédente. Sauf qu'à ce jour, pour des raisons administratives, les dossiers des entreprises en instance de liquidation n'ont pas été traités, alors qu'ils ne sont plus éligibles. Cela représente un volant de 1 700 entreprises, et cela a été noté sur le compte rendu de la commission électorale. Quant à la certification qualité, que j'approuve sans réserve sur le fond, je déplore qu'elle ait été utilisée comme un gadget, et pas mise au service des ressortissants. Pour vous en rendre compte, appelez la Chambre de métiers : lorsque vous aurez pianoté une suite de chiffres pour répondre aux instructions d'un standard automatique, vous aurez une chance sur deux d'être aux abonnés absents !

SA : Lorsque figure dans notre programme un accueil premier service, il s'agit d'un accueil physique, et pas d'un "tapez 1, ou tapez 2"…

Il faut donc tout revoir, et tout changer dans le fonctionnement de la CMA ?

SA : J'ai effectué cinq ans de présidence, en utilisant l'outil Chambre, et notamment les équipes en place. Je sais ce dont ils sont capables, je sais que ça fonctionne. A condition de donner des directives. Or aujourd'hui, les directives viennent d'ailleurs, de la CAPEB, et elles sont imposées à un staff qui ne voit personne pendant une semaine, puis qui doit subitement appliquer des consignes.

HB : Je trouve que nous avons un très bel outil, avec un personnel très compétent. Pas question de jouer à la chasse aux sorcières. Mais il faut donner des directions.

Vous dites vouloir vous unir "au service d'un idéal commun". Lequel ?

HB : Notre idéal se retrouve déjà dans notre slogan : 100% artisans. C'est une valeur forte. Qu'il s'agisse de ce que j'évoquais concernant la formation dédiée à la grande distribution, ou de prendre position contre le statut d'auto-entrepreneur, nous devons être très clairs.

La position de la Chambre de métiers semble pourtant claire sur la question de l'auto-entrepreneur.

HB : C'est moi qui ai présenté cette motion en Assemblée générale, précisant que la Chambre de métiers se mettait en rébellion et refusait d'inscrire des auto-entrepreneurs. Elle a été votée à l'unanimité, président compris. Le lendemain même, nous recevions des auto-entrepreneurs pour les inscrire à la Chambre de métiers… les bras m'en sont tombés. Cette motion n'a jamais été appliquée. Notre idéal, c'est de mettre du concret dans nos actions.

SA : Notre idéal est simple : aujourd'hui, 100% des artisans paient un impôt pour financer la Chambre de métiers, alors que seulement 15% d'entre eux en utilisent les services. Ce que nous voulons, c'est faciliter l'utilisation de la Chambre auprès de toutes les entreprises artisanales du Gard.