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MLJ : Le plus court chemin vers l'emploi PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 30 Juin 2010 14:30
10-06-29-couvreursLe 22 juin dernier, la Mission Locale Jeunes de Nîmes Métropole tenait son assemblée générale annuelle. Dans un contexte fortement marqué non seulement par des conditions économiques difficiles, mais aussi par des questionnements de fond sur l'identité nationale, dont l'impact sur les plus jeunes résidents des quartiers dits "sensibles" est parfois ravageur, le travail de cette structure mérite plus que jamais d'être mis en lumière.
Car si les organismes à vocation d'insertion sont nombreux, les Missions locales ont fait le choix d'une approche globale des problématiques propres aux jeunes et à leur accès à l'autonomie. C'est ce qu'explique Michel Bazin, Président Délégué de la Mission Locale Jeunes Nîmes Métropole : "Lorsque l'on aborde la question de l'autonomie des jeunes, la première réponse, quasi-réflexe, est celle de l'accès à l'emploi. Une réponse qui, déjà, est plurielle tant les situations sont variées, depuis le nouveau diplômé en manque d'expérience pour décrocher son premier contrat, jusqu'au jeune qui, sans qualification, peine à trouver les clés d'un marché du travail plus que jamais tendu. Voilà pourquoi nos réponses ne peuvent être simples, au risque d'être simplistes. Elles se doivent avant tout d'être adaptées. Car les outils existent, tant en termes de formation - et l'apprentissage regagne chaque année un peu plus ses lettres de noblesse - qu'en matière d'accompagnement, de soutien, d'aide à la définition du projet professionnel, moteur indispensable de la motivation.  Mais si l'approche mise en œuvre par les Missions locales en général, et par la MLJ de Nîmes-métropole en particulier, se veut globale, c'est parce que l'autonomie passe aussi par d'autres leviers que le seul accès à l'emploi. Comment s'épanouir dans son job quand des questions liées au logement ou à la santé vous taraudent l'esprit ? Des questionnements que le psychologue Abraham Maslow théorisait déjà dans les années 1940, donnant naissance à sa fameuse pyramide des besoins, et auxquelles nous tentons toujours de répondre… Quitte à imaginer des solutions qui sortent des sentiers battus, comme la création d'une micro-crêche installée au cœur du quartier, afin de permettre aux jeunes mères, souvent isolées, de ne plus vivre leur maternité comme un frein à l'emploi. Ou comme la reconnaissance du talent entrepreneurial dont regorgent nos forces vives, en imaginant pour eux un parcours diplômant spécialement adapté". 
Témoignage

Slimane, 23 ans, et tout pour réussir !

10-06-29-SlimaneSlimane a 23 ans, et un parcours qui témoigne de son envie d'essayer, de s'en sortir. Orienté dans un premier temps vers un CAP, puis un BEP maçonnerie, il passera ensuite une formation ERP1, pour être agent de sécurité. Une voie qu'il devra abandonner, suite à des ennuis judiciaires qui lui feront perdre son agrément préfectoral. Peu attiré par la maçonnerie, il passe alors un BAFA, et s'oriente enfin vers une formation de soudure, achevée avec succès il y a peu. Slimane vient souvent au PIMS de Valdegour. "Pour moi, explique-t'il, c'est un point d'information concrète. Je sais que s'il y a quelque chose que je ne comprends pas, je peux venir ici, et qu'on m'y indiquera ma route". Là, il peut aussi prendre du temps pour discuter avec Joël Alazard, le "référent quartiers" de la Mission locale. C'est grâce à lui que Slimane a pu intégrer cette formation de soudure. "Ce que j'aime avec Monsieur Alazard, poursuit le jeune homme, c'est le dialogue. Ensemble, on va parler de tout, de ma vie… Entre potes, on ne se raconte pas ce genre de choses… Ici, parmi les mecs de mon âge, on n'est pas nombreux à avoir un diplôme. Par contre, on est beaucoup à avoir des soucis. Alors être soutenu, c'est un bon moyen pour garder sa motivation". Et de la motivation, il en faut pour garder confiance en ses chances, comme il l'avoue : "Je suis dans le rouge... Je suis motivé, mais pour l'instant je n'ai aucun revenu. Alors pendant une semaine, je cherche du boulot à fond, puis c'est de plus en plus dur de garder confiance. Je vis chez ma mère, ma sœur m'aide un peu, mais c'est pas la fête. D'autant que passer mon permis de conduire m'a coûté cher. Et une fois payés mon téléphone, l'assurance et l'essence pour la voiture, il ne me reste rien. Pour un jeune de mon âge, je me prive beaucoup. Je ne fais pas sortie, il y a plein de choses que je ne peux pas me permettre. Alors il me faut un boulot, et vite !".

Interview

Marc-Philippe Daubresse, ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives10-06-29-Ministre

Né en 1953, Ingénieur de l'Ecole Centrale, diplômé d'une licence en sciences économiques et d'un 3ème cycle de l'Institut d'Administration des Entreprises (IAE), Marc-Philippe Daubresse est entré au gouvernement le 31 mars 2004 en qualité de Secrétaire d'Etat au Logement auprès du Ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale puis a été nommé Ministre Délégué au Logement et à la Ville du 30 Octobre 2004 au 31 mai 2005. Il est, depuis le 22 mars 2010, ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives, dans le Gouvernement Fillon 2.

Quels sont les facteurs qui expliquent que les jeunes semblent avoir de plus en plus de mal à trouver leur place - et leur autonomie - dans la société ? Qu'est-ce qui a changé ?

Les jeunes ont toute leur place dans la société. Pour moi, leur permettre de trouver leur autonomie c'est leur permettre non seulement d'acquérir l'indépendance financière, de trouver un logement, mais aussi leur permettre de prendre individuellement et collectivement les décisions qui les concernent. Il est vrai qu'on note ces dernières décennies un relèvement de l'âge du départ de chez leurs parents en raison de facteurs multiples comme  l'allongement de la durée des études, la difficulté d'entrer sur le marché du travail,  mais aussi l'évolution des relations familiales, et plus récemment, l'augmentation notable du prix du logement.
Mais, il faut relativiser : l'âge médian de départ des jeunes français de chez leurs parents est de  23 ans contre 20 ans en moyenne dans les pays nordiques et 27/28 ans dans les pays du sud de l'Europe. Ce qui a changé, c'est que les jeunes, et je le vois quand je me déplace sur le terrain, ont le sentiment que les adultes, que la société dans son ensemble, ne leur fait pas confiance. Nous avons donc une nouvelle responsabilité : celle de leur prouver le contraire et d'agir pour leur montrer que nous leur faisons confiance, que la société sait valoriser leurs talents, les rendre responsables et les écouter. .

Pour les générations précédentes, l'entrée dans la vie active coïncidait généralement avec l'accès à l'autonomie. Or cette coïncidence ne semble plus être généralisable. Pourquoi ?

Les jeunes, et plus globalement la société dans son ensemble, sont plus exigeants aujourd'hui sur les conditions de la prise d'indépendance. Dans un contexte où les jeunes débutent souvent sur le marché du travail en CDD ou en intérim, l'accès au logement est souvent plus compliqué car le jeune ne bénéficie pas de garanties financières suffisantes aux yeux des bailleurs. C'est la raison pour laquelle je suis convaincu qu'il faut agir dès la formation, et valoriser davantage l'apprentissage et l'alternance, du CAP au bac + 5, qui offrent aux jeunes des débouchés parfois méconnus, mais très porteurs. Ces éléments ont été pris en compte dans le plan Agir pour la Jeunesse et dans le plan de mobilisation pour l'emploi des jeunes, notamment par la mise en place de mesures d'incitation en faveur de l'alternance. Plus de 386 000 nouveaux contrats en alternance ont d'ailleurs été signés depuis juin 2009.

Quels sont les différents facteurs  qui conduisent à l'autonomie ? (emploi, logement, inclusion sociale, famille, sens civique...?)

Plusieurs facteurs favorisent l'inclusion sociale donc l'autonomie : l'accès au marché du travail, à une couverture sociale, à l'éducation. On évoquait aussi précédemment la question du logement, mais, c'est aussi disposer d'un réseau familial et social, avoir accès à la culture, aux loisirs, au sport, à la justice, au transport… Voilà les principaux leviers pour accéder à l'autonomie. Là encore, nous devons poursuivre nos efforts, mais dans le cadre des expérimentations sociales que nous suivons, des solutions sont testées par exemple pour permettre aux jeunes de passer le permis pour un euro symbolique, de mieux s'orienter, de trouver un logement... Et nous allons poursuivre cette dynamique.

En quoi la “quête de l'autonomie” change t'elle la façon d'aborder l'accompagnement des jeunes ?

La quête d'autonomie constitue un projet de vie. Il s'agit de mettre le jeune sur les rails, de lui donner les modes d'emploi, notamment  l'accès à l'information, qui lui permettront de faire les meilleurs choix possibles  pour trouver sa place dans la société.  Accompagner un jeune vers l'autonomie ou l'indépendance , c'est l'aider  à identifier tous les freins et chercher les  réponses  adaptées à ses problèmes d'emploi, de santé, de logement, de transports, d’accès à la culture, aux loisirs et au sport…  Il s'agit de prendre en considération chaque jeune, selon son niveau, ses besoins et ses difficultés et de l'encourager à agir plutôt que de subir tout en le rassurant  par un soutien personnalisé dans le cadre d'un accompagnement structuré.  C'est précisément aussi le sens des actions conduites par les Missions locales sur le terrain.

En quoi cette approche de l'autonomie se distingue t'elle de l'assistanat ?

Le jeune est acteur de son parcours. Il ne s'agit pas de "faire à la place de" mais "d'aider à faire". Si le jeune s'engage dans une démarche d'insertion, il doit pouvoir en contrepartie bénéficier d'un soutien, y compris financier. Le RSA jeune que nous lancerons le 1er septembre prochain et qui sera versé pour la première fois le 5 octobre y participe ; de la même façon, le service civique, dont nous avons installé l'Agence le 18 mai. Tous les jeunes peuvent désormais se rendre sur le site www.service-civique.gouv.fr pour consulter les offres qui leur sont proposées.

En quoi l'approche des Missions locales jeunes (MLJ), qui vise à "aborder le jeune dans sa globalité" vous semble-t-elle spécifique et pertinente dans cet objectif d'autonomie ?

On le voit, accéder à l'autonomie ou à l'indépendance suppose d'être en bonne santé, d'accéder à un logement, d'être mobile, d'obtenir un emploi de qualité et pour cela d'avoir ou de développer des compétences. Les missions locales prennent en charge l'intégralité de ces aspects en un lieu unique avec un référent unique  en charge d'organiser et de structurer le parcours du jeune jusqu'à son insertion professionnelle. C'est le lieu où ils peuvent trouver les réponses à toutes les questions qu'ils se posent ; à ce titre, les missions locales jouent donc un rôle pivot au plus près du terrain et des besoins des jeunes.