Compte-rendu du dîner-débat organisé le jeudi 26 janvier 2012 à Alès.
Eric Bengel - Cofondateur du magazine Gestion de Fortune : Comment expliquer simplement et de manière synthétique ce qui se passe au sein de la zone euro ? Didier Saint-Georges - Membre du comité d'investissement de Carmignac Gestion : La création de la zone euro, il y a dix ans, a permis aux Etats, au secteur privé et aux collectivités locales de trouver des financements très bon marché. Aidés par l'ingénierie financière, de nombreux pays du Sud en ont profité jusqu'à l'excès. Par la suite, du fait de choix de gestion différents, la convergence entre les Etats n'a pas eu lieu. Aujourd'hui, les pays endettés n'ont ni la croissance, ni les excédents budgétaires qui permettraient de stabiliser et de rembourser leur dette, l'Europe est actuellement dans une impasse, d'où la crise que nous connaissons.
E. B. : Le problème de l'endettement des Etats n'est pas nouveau. Pourquoi est-il devenu si préoccupant ? D. S-G. : A cause d'un effet de seuil. Au-delà d'un certain déséquilibre entre niveau de dette, et donc de charges financières, et recettes budgétaires, il devient presque impossible de stabiliser la dette. Dès lors, l'engrenage s'enclenche : la crainte des prêteurs renchérit les coûts de financement, ce qui creuse les déficits budgétaires et éloigne encore un peu plus l'espoir d'une stabilisation ou, a fortiori, d'une réduction de l'endettement.
E. B. : Quelles sont, selon vous, les sorties de crise que l'on peut envisager ? D. S-G. : L'expérience des crises similaires survenues dans les années 80 dans les pays émergents donne quelques clés. Une dette publique excessive peut être traitée par l'ajustement de plusieurs variables : la réduction des dépenses (budgets d'austérité), la restructuration partielle de la dette (les créanciers abandonnent une partie de leurs créances), et la monnaie. Dans les années 80, les plans de restructurations furent accompagnés de dévaluations massives. Parallèlement, le temps que ces ajustements soient effectués, une intervention sans limite de montants de la BCE pour maintenir les couts de refinancement des pays emprunteurs européens à des niveaux supportables serait la clé de voute de la sortie de crise.
E. B. : Faut-il s'attendre à un ralentissement prononcé et durable de la croissance économique mondiale ? D. S-G. : Si les politiques s'acharnent à ne pas vouloir faire baisser significativement la valeur de l'euro et si les banques n'ont pas les moyens d'accepter des rééchelonnements de dettes importants, alors tout l'ajustement devra être supporté par les politiques budgétaires, c'est-à-dire des plans d'austérité. Ce serait un choix doublement suicidaire : il plongerait la zone euro dans une récession brutale, une option socialement inacceptable, et d'autre part, un tel affaissement économique ne ferait qu'aggraver les problèmes de solvabilité des Etats et des banques. Espérons que nos dirigeants auront la sagesse d'éviter un tel scénario.
E. B. : Les Etats-Unis nous ont habitués à sortir plus rapidement des crises. La première puissance économique du monde peut-elle se relancer de manière radicale ? D. S-G. : Cette crise n'est pas un simple retournement cyclique comme on a pu en connaître dans le passé, c'est une crise de surendettement, ce qui est beaucoup plus délicat à traiter. Tenter de réduire rapidement l'endettement des ménages, des banques et des Etats serait très déflationniste. Relancer l'économie par davantage de dette serait pour le moins paradoxal. N'oublions pas également que l'économie américaine est exposée au ralentissement de son premier partenaire commercial qu'est l'Europe. C'est donc probablement d'une lente reconstitution d'un effet richesse, par la baisse du chômage et/ou la reprise de l'immobilier que viendra le signal d'une vrai et durable reprise économique.
E. B. : En France, que faut-il penser de la situation en sachant que l'élection présidentielle se profile ? D. S-G. : Comme les autres pays de la zone euro, la France est entrée dans la spirale infernale du ralentissement économique qui aggrave progressivement le poids de sa dette. C'est collectivement et avec le soutien de la BCE, que les pays européens doivent à tout prix éviter l'écueil de la récession brutale. Il serait très dommageable que des échéances politiques, aussi importantes soient-elles, diffèrent les décisions courageuses qui doivent être prises, non seulement en France, mais aussi en Allemagne.
E. B. : Les marchés d'actions, mais également ceux de taux, ont été particulièrement agités durant l'année 2011. Quel bilan en tire une société comme Carmignac Gestion ? D. S-G. : Effectivement, on peut dire que l'année 2011 a été un vrai champ de mines entre lesquelles il a fallu avancer très prudemment. La crise européenne n'était pas le danger le plus difficile à anticiper, il fallait être un peu distrait pour ne pas la voir approcher ! En revanche, il a fallu être réactif après la hausse du prix de l'énergie suite au printemps arabe, ou face aux conséquences économiques du tsunami japonais. Pendant l'été, le blocage politique aux Etats-Unis sur la renégociation du plafond légal de la dette américaine fut un autre écueil majeur à gérer très rapidement. Dans ce contexte de forte volatilité des marchés, très éprouvant pour les gestionnaires et les épargnants, il était quasiment impossible de gagner de l'argent avec les actions. Heureusement, certains fonds patrimoniaux ou obligataires ont mieux résisté.
E. B. : Comment expliquer qu'il y ait eu autant de tensions sur ces marchés ? Les investisseurs doutent-ils vraiment de l'intérêt d'avoir des actions en portefeuille ? D. S-G. : C'est probablement la référence à un risque "systémique" qui a suscité une telle aversion au risque. C'est compréhensible, d'autant plus que ce n'était pas la première crise boursière de la décennie, d'où une inquiétude et un certain découragement de la part des investisseurs. Cette situation conforte notre stratégie d'investissement. Il nous parait plus que jamais pertinent d'aborder les marchés via des fonds très diversifiés géographiquement, à travers toutes les classes d'actifs et gérés de façon très disciplinée. C'est le sens des trois fonds de notre gamme Patrimoine.
E. B. : Les actions semblent peu chères. Sont-elles attrayantes pour autant ? D. S-G. : Un prix bas peut se justifier. Deux exemples : il y a une dizaine d'année, nombre d'analystes estimaient l'action Peugeot peu chère, elle l'est encore moins aujourd'hui. Au contraire, le prix de l'action Apple pouvait paraître élevé. Il vaut prés de trente fois plus aujourd'hui. On le voit le prix n'est pas forcement le critère déterminant. En Europe, les actions ne nous semblent pas forcement bon marché. Les analystes attendent une croissance des résultats par action de 10 à 12% en moyenne. Ces prévisions nous paraissent trop optimistes. En revanche, dans les pays émergents les valorisations sont plus basses qu'en Europe (de l'ordre de 20% en-dessous) alors que les perspectives économiques y sont bien meilleures. C'est donc là, selon nous, que les marchés actions sont les plus attrayants aujourd'hui.
E. B. : Depuis plus de vingt ans, les clients du Cabinet souscrivent Carmignac Patrimoine. Pouvez-vous nous présenter ce fonds ? A quels épargnants s'adresse-t-il et quelles sont ses performances ? D. S-G. : Carmignac Patrimoine est un fonds diversifié dont la seule contrainte du gérant consiste à être exposé au maximum à 50% aux marchés actions. Il a pour vocation de préserver le capital confié par les investisseurs et de générer de la performance sur moyen terme. Lors des trois années noires de la dernière décennie (2002, 2008 et 2011), Carmignac Patrimoine a parfaitement réussi à protéger le capital comme en témoigne ses performances : + 3,72%, +0,01% et -0,76%. Sur les trois dernières années (2009, 2010 et 2011) le fonds affiche un gain de 25%, soit une performance moyenne de 8% l'an, ce qui correspond à peu près à la performance moyenne annuelle du fonds depuis sa création en 1989. Par sa vocation et sa nature très simple, ce fonds s'adresse à tous les épargnants. Je sais qu'il est, depuis vingt ans, le fer de lance du Cabinet, j'imagine à la grande satisfaction des clients.
E. B. : Récemment, vous avez lancé Carmignac Emerging Patrimoine, un fonds qui vise à bénéficier du dynamisme des pays émergents sans en subir tous les risques. Comment comprendre justement l'intérêt d'allouer une partie de son capital sur ces places boursières ? D. S-G. : L'univers émergent, de par son potentiel de croissance économique, présente, à moyen-long terme, des perspectives de gains considérables. Cependant, ces marchés sont très volatils. Nous avons souhaité offrir, aux investisseurs qui souhaitent profiter du potentiel des marchés émergents mais qui ne sont pas prêts à supporter une amplification du risque, une solution adaptée. L'objectif de Carmignac Emerging Patrimoine est de capturer les opportunités multiples qui s'offrent dans l'univers émergent, à travers les actions, les obligations et les devises, mais en y appliquant une gestion des risques similaire à celle appliquée dans Carmignac Patrimoine depuis 22 ans. Lancé en avril 2011, soit au pire moment de marché, Carmignac Emerging Patrimoine finit l'année avec un recul de seulement 1,5%, ce comportement confirme que ce fonds mérite bien son entrée dans notre gamme Patrimoine. Il constitue un excellent support de diversification.
E. B. : Les pays émergents ne constituent pas pour autant un ensemble homogène. Quelles sont les zones qui vous semblent les plus prometteuses ? D. S-G. : En effet, les pays émergents ne sont pas tous logés à la même enseigne. Les potentiels de croissance, les marges de manœuvre en matière de politique monétaire, le contexte politique et les besoins d'infrastructures sont parfois très différents d'un pays à l'autre. Pour différentes raisons, la Chine, le Brésil, l'Indonésie, l'Inde présentent aujourd'hui un très fort potentiel. En revanche, la gouvernance politique qui prévaut en Russie nous incite à la prudence.
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