Les marchés financiers - 1ere partie PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 11 Novembre 2008 00:00

Quelles sont les principales causes de la mauvaise tenue des marchés actions ?

Nicolas DEMORO - CARMIGNAC GESTION : La crise que connaît le marché du crédit aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe est la cause principale de la déprime des marchés actions. Depuis le début de la crise des " subprime ", pendant l'été dernier, les bourses mondiales ont vu fondre leur valeur de 11 000 milliards de dollars. En performances, cela se traduit par un recul de 40 % de la bourse de Paris.
Ces dernières années, la gestion irresponsable des risques a permis de financer à grande échelle l'achat de biens immobiliers et industriels par des acquéreurs à la solvabilité insuffisante. Il en est résulté une stimulation artificielle de l'activité des deux côtés de l'Atlantique dont le corollaire fut cette (trop) longue période de taux (trop) bas et de liquidités (trop) abondantes. Cela a eu pour conséquences : la multiplication du nombre de Hedge Funds, le boom du Private Equity, et les bulles immobilières et de crédit dont l'inéluctable destin est d'éclater un jour.

 

Ou en sommes nous aujourd'hui ?

N. D. : Actuellement, le marché voit dans la crise que nous traversons deux risques majeurs : une explosion du système financier et une propagation universelle du ralentissement économique.
Le système financier est bloqué. Les banques ne veulent plus ou ne peuvent plus prêter. C'est le crédit crunch, il pénalise tout ceux qui ont besoin de fonds. Cette crise financière est une crise de solvabilité avant d'être une crise de liquidité.
Ce manque de solvabilité de certains établissements financiers s'est mué en une crise de confiance dont les répercussions déflationnistes ont entraîné à la baisse l'ensemble des marchés boursiers et mettent en péril les croissances, déjà faibles, des économies européennes et américaines.
Après les mouvements de ces dernières semaines, c'est maintenant aux Etats et aux banques centrales d'intervenir pour rassurer les marchés. Les premiers en aidant les institutions financières en difficultés, les secondes en agissant sur les taux d'intérêts pour donner un coup de pouce aux économies.
Ces mesures importantes contribueront à résorber la crise tout en menant à son terme la nécessaire purge des excès financiers passés. Dès lors, les marchés pourront revenir à une lecture plus fondamentale (et moins psychologique) des perspectives économiques, dans un contexte où les valorisations boursières sont devenues particulièrement attrayantes.

Le plan proposé par le gouvernement américain suffira-t-il à ramener la confiance sur les marchés ?

N. D. : Mi septembre, le système financier américain a connu une crise d'une extrême amplitude. La faillite de Lehman Brothers a ouvert le bal, suivie dans son sillage par la nationalisation du premier assureur américain : AIG. Face à l'urgence de la situation, les autorités américaines ont alors dévoilé un vaste plan de sauvetage.
Ce plan vise à créer une structure de cantonnement de la totalité des créances non liquides des établissements financiers. L'objectif des autorités américaines est de racheter ces créances afin d'assurer leur revente ultérieure dans de meilleures conditions de marché. Pour les établissements financiers concernés, cela se traduira par un assainissement immédiat de leur bilan, mais également par l'obligation de provisionner les actifs dépréciés et donc de se recapitaliser. Certaines n'en auront probablement pas les moyens. Cette situation préfigure probablement une vague de restructurations bancaires. Dans tous les cas, leur capacité à distribuer des crédits, et donc à financer l'économie, en sortira durablement entamée.
Tout ceci explique la forte volatilité actuelle des marchés et s'est traduit par une importante remontée de l'aversion au risque. Les banques américaines apparaissent fragilisées et sous-capitalisées. Dans ce contexte, l'annonce du plan Paulson sera positive pour les marchés mais ne résoudra pas tout pour autant.