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Les experts-comptables zooment sur l'économie régionale PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 14 Février 2011 08:00

Interview de Catherine Dumont présidente de l'Ordre des Experts-Comptables du Languedoc-Roussillon

11-02-15-dumontComment s'est imposé à vous et vos confrères l'idée de mettre en place un baromètre de l'économie régionale ?

Il faut remonter à la génèse du baromètre, nous sommes en 2009. Et bien évidemment, nous baignons dans un contexte de crise qui est annoncé et qui est bien là. Nous le mesurons pleinement car nous sommes tout de même quelque 900 confrères dans toute la région à prendre quotidiennement le pouls des entreprises. Il faut savoir que le territoire des experts-compables du Languedoc-Roussillon se répartit sur les cinq départements de la région plus l'Aveyron. Nous sommes donc sur le terrain très présents auprès de milliers d'entreprises qui visiblement rencontrent de réelles difficultés... Je me dis alors comment pourrions nous faire pour tenter d'améliorer les choses et porter cette préoccupation, ce discours sur la voie publique... J'ai fait alors appel à Nicolas Bouzou  un économiste réputé que l'on voit sur les plateaux télé et qu'on entend souvent à la radio qui a autant de compétences sur les dossiers régionaux que nationaux. Je me rapproche de lui et nous sommes amenés à travailler ensemble sur les dossiers de la région. C'était lors de notre assemblée générale de septembre 2009 qui s'est tenue au Pont-du-Gard en présence de Jean-Marc Roubaud qui était à la fois ambassadeur du plan de relance de Nicolas Sarkozy et député de la circonscription.. Cela se passe plutôt bien avec Nicolas Bouzou et nous avons envie de poursuivre notre collaboration .

Comment en êtes-vous venus à mettre au point ce document économique qui fait aujourd'hui référence ?

Arrivent là-dessus les élections régionales début 2010. Nous en profitons pour réaliser une étude approfondie que nous confions aux politiques afin qu'ils soient en mesure d'envisager des solutions à la crise en connaissance de cause... En tant qu'experts-comptables, nous avons la volonté de voir une économie florissante avec des entreprises qui gagnent de l'argent et emploient davantage de salariés plutôt que des entreprises en difficultés. De cette étude régionale qui fut très appréciée sont sorties quatre propositions concrètes (lire encadré). Tout cela en partant de nos faiblesses et de nos forces et en comparant ce qui se fait dans d'autres régions... Nous avons alors senti, avec Nicolas Bouzou, le besoin de mettre en place un suivi d'où l'idée de faire naître ce baromètre.

 

Avec quels objectifs ?

Je le répète ce baromètre est la suite logique de l'étude qui a été prise en compte par les décideurs économiques et politiques de la région. Nous nous sommes dits que, de cette étude, il fallait extirper certains indicateurs et les faire vivre dans la durée pour être à même de pouvoir mesurer les améliorations... La nouveauté que nous avons introduite au niveau du baromètre réside dans le fait que certains indicateurs sont directement issus des cabinets d'expertises comptables. Pour cela, nous avons demandé à nos confrères de toute la région de nous faire remonter certaines informations. De vrais informations de terrain qui viennent compléter les données que nous pouvons avoir par ailleurs. C'est ainsi que quelque190 cabinets représentant 280 experts-comptables ont participé à l'enquête. Il faut savoir que ces cabinets suivent 50 000 salariés soit 10% des salariés de la région.

 

Quatre propositions concrètes directement issues du baromètreLe mercredi 26 janvier au domaine de Verchant à Castelnau-le-Lez près de Montpellier, les experts-comptables de la région ont lancé officiellement le premier baromètre de l'Economie régionale en présence de nombreux décideurs économiques et politiques, chefs d'entreprises et institutionnels de la région. Ce baromètre de la compétitivité régionale, du financement des entreprises et du marché du travail (lire ci-contre) a généré quatre propositions bien concrètes.
1- Création d'une formation régionale de coaching d'entreprise, c'est-à-dire de sensibilisation des dirigeants de TPE et de PME notamment aux problématiques internationales pour les aider à faire croître leur entreprise.
2- Mise en place d'un programme régional de soutien des fonds de capital développement et d'une stratégie d'attractivité des fonds de capital investissement.
3- Développement d'une plate-forme régionale de mise en relation entre entreprises et laboratoires publics afin de valoriser la Recherche et Développement régionale.
4- Identifier les TPE susceptibles de devenir des "gazelles" dans les cinq années à venir afin de les intégrer dans le programme de coaching d'entreprise. Enfin favoriser l'implantation d'entreprises dans notre région en proposant un welcome package comme dans la plupart des grandes métropoles européennes.

 

Le baromètre des experts-comptables livre ses données

Compétitivité régionale : l'industrie continue d'être éclipsée par l'agriculture.

A première vue, la compétitivité de la région s'améliore. Au 3e trimestre 2010, les exportations de la région sont en progression sur un an (+23%). La reprise est beaucoup plus nette qu'au niveau national (+14%). Mais le dynamisme des exportations régionales s'explique pour une bonne part grâce à l'envolée des cours des produits agricoles. Il s'explique aussi par l'import-export. Les ventes d'ordinateurs (IBM,Dell) et d'automobiles sont en plein essor. Toutrefois, ces produits ne sont, pour la plupart, pas produits localement. La hausse des exportations ne s'accompagne donc pas d'une progression de la production industrielle. En clair, la hausse des exportations relève plus d'une performance commerciale que d'un rebond de l'activité industrielle régionale. Le poids de la région dans les exportations françaises a tendance à augmenter grâce à l'agroalimentaire...Tous les départements du Languedoc-Roussillon voient leurs exportations se redresser sur un an. Le résultat est en revanche plus limité dans le Gard même si les exportations de produits chimiques ont commencé à bien démarrer.

Marché du travail : les créations d'emplois ne suffisent pas à faire baisser le taux de chômage

Au 2e trimestre 2010, l'emploi salarié était en hausse de 1,9% en Languedoc-Roussillon. Il progresse plus vite que dans le reste du pays pour deux raisons. L'une tient à la structure même de l'économie régionale. L'industrie qui perd des emplois y est moins représentée. Ce facteur explique un quart de l'écart entre croissance régionale et nationale. Mais un plus grand dynamisme des services qui sont portés par les flux migratoires, explique les trois quarts restants. Avec une progression de l'emploi salarié de 3,9% au 1er semestre 2010, les entreprises de la région sont plus dynamiques que la moyenne notamment dans l'Hérault. Le Gard étant le département le plus industriel de la région est pénalisé par la baisse structurelle de l'emploi dans l'industrie... Toutefois, le taux de chômage régional reste trés élevé (12,8% au 2e trimestre 2010). L'écart avec le taux national aurait même tendance à augmenter. Bien que l'emploi salarié privé fasse preuve de vigueur, il n'en va pas de même de l'emploi agricole et le l'emploi non salarié du secteur de la construction. Le BTP durement touché dans la région ne donne toujours pas de signe de reprise.

Financement des entreprises : les investissements progressent mais manquent de financements longs.

Les crédits de trésorerie dépendent du besoin en fonds de roulement des entreprises et donc de la conjoncture économique. Le montant des crédits de trésorerie accordés dans la région a peu diminué pendant la récession (-3% entre novembre 2008 et janvier 2010, contre 14% au niveau national). Il faut y voir un signe de la relative résistance de l'économie régionale... La reprise du crédit à l'équipement y est beaucoup plus nette qu'à l'échelon national. Les entreprises du Languedoc-Roussillon reprennent leurs investissements à un rythme plus soutenu que dans le reste du pays. Moins affectées par la récession, elles disposent de moyens financiers un peu plus conséquents et d'une meilleure visibilité. Elles continuent néammoins de pâtir du manque de fonds propre et financements longs.

 

Le regard avisé de l'économiste Nicolas Bouzou

11-02-15-bouzouComment s'inscrit la conjoncture du Languedoc-Roussillon dans l'environnement économique mondial ? Notre région étant peu industrielle, cela a plutôt joué en sa faveur pendant la récession puisque ce sont les régions les plus ouvertes, les plus industrielles qui ont été les plus touchées. "Mais aujourd'hui, dans un contexte de reprise tirée par la demande des pays émergents, cette faible ouverture devient un ralentisseur de reprise." Est-ce à dire que nos exportations ont de la peine à repartir ? Elles sont, selon lui, en progression pour l'essentiel grâce à l'envolée des prix agricoles et à l'import-export.

Le crédit progresse rapidement

La demande intérieure reste encore asthénique car deux secteurs clefs du territoire restent encore en difficulté. Le commerce qui connaît une reprise sans marge et la construction qui ne montre pas de signe de redressement. Un point cependant est très encourageant : les crédits à l'équipement progressent rapidement. Et Nicolas Bouzou d'ajouter : "Si ces crédits sont bien le signe d'un redémarrage vigoureux de l'investissement des entreprises, alors ils sont de nature à améliorer la compétitivité du territoire !.."

Le problème du financement à long terme

L'économiste insiste sur le manque de financement de long terme, en fonds propres notamment. "C'est une faiblesse française que l'on retrouve de façon très forte en Languedoc-Roussillon. Or, dans un contexte de mutations technologiques rapides et de nécessité de se développer à l'international, ces financements sont le nerf de la guerre car ils permettent aux territoires, d'innover et de se différencier."