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Les Causses et Cévennes à l'Unesco : De nouvelles perspectives PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 01 Août 2011 07:00

Après Lucien Affortit, c'est un autre Cévenol qui a pris la présidence du Comité départemental du tourisme (CDT), le bras armé du Conseil général. Laurent Pons, maire de Vissec, une des dernières communes à l'ouest du Gard et conseiller général du canton d'Alzon, revient sur la saison touristique, l'inscription des Causses et des Cévennes au patrimoine mondial de l'Unesco et la stratégie du Conseil général pour les années à venir.

Avez-vous un premier retour sur le mois de juillet ?

A priori la fréquentation est bonne, ce qui se soldera par une augmentation de 2% à l'aune des réservations. Les marqueurs sont bons. Et quand on roule dans le département, on voit qu'il y a du monde. Maintenant est-ce qu'ils consomment ? En tout cas, ils doivent dormir et manger.

Y-a-t-il un effet positif des révolutions arabes ?

On n'est pas du tout sur le même créneau que les payas arabes. Les gens y partent plus tôt, au printemps ou à l'automne. Mais la crise aidant, les gens se sédentarisent un peu plus. On tend à rester au niveau local.

Après deux échecs, les Causses et Cévennes sont entrés au patrimoine mondial de l'Unesco. Comment expliquez-vous cette réussite cette fois ?

Cela a marché à force de persévérance. Mais aussi en changeant de stratégie. Au départ, il n'y avait pas d'agropastoralisme dans le dossier. Seul le paysage était mis en avant. Mais c'était insuffisant. On partait dans tous les sens : cultures, religion, la différence  entre Cévennes et Causses. L'agropastoralisme a servi d'élément fédérateur. Le territoire tout entier est maintenant reconnu comme un espace culturel vivant évolutif. Une innovation car c'est la première fois qu'on classe un site sur ce mode-là. La France est maintenant pilote et va venir en aide à d'autres pays.

Quel est le programme maintenant ?

D'abord on fête l'évènement. Il y a la fierté d'être reconnu au niveau mondial. Ensuite, on prend des vacances... À la rentrée, il va falloir se mettre au travail. C'est bien d'être inscrit mais il faut le gérer, gérer les paysages avec la fréquentation touristique sans toucher à la nature profonde de ce qui a été inscrit. Cela représente un millénaire de travail. Il n'existe pas un m2 sans modification par la main de l'homme. Notre devoir est de maintenir un territoire vivant.

Comptez-vous augmenter la capacité d'hébergement ?

L'objectif est d'accroître la capacité d'accueil, du point de vue quantitatif, sans détériorer le qualitatif. Cela va passer par la restauration de l'habitat existant, la remise en vie de châteaux par exemple. Pas créer un machin artificiel, mais partir du bâti existant.

Il n'y a pas si longtemps, les Causses et Cévennes étaient parmi les territoires les plus riches du Gard. L'afflux supplémentaire de touristes va créer une demande suffisante pour que les propriétaires aient envie d'investir. L'hébergement va permettre aussi de revitaliser l'intérieur des villages qui ont un cachet. L'agropastoralisme, c'est aussi la valorisation du roquefort, du pélardon AOC, de la viande ovine valorisée en circuit court.

Vous revendiquez une sorte de tourisme durable ?

Il y a plus de 25 ans que nous avons refusé tout tourisme de masse. Cela ne correspondait pas à la sociologie et à la diversité du département. On ne l'appelait pas comme cela, ce n'était pas à la mode et on ne connaissait pas l'expression.

Mais notre politique a toujours été basée sur le tourisme diffus. On ne veut pas d'antagonisme entre l'activité touristique et l'habitant du coin. Le but est aussi d'étaler au maximum la saison touristique, pas seulement juillet-août. Même si les deux mois d'été restent importants car ils permettent à l'épicier du coin de rester ouvert le reste de l'année.

Quel est le prochain grand dossier ?

La signalétique ! Il s'agit de refondre tous les panneaux au bord des routes pour mieux guider vers l'offre touristique du département. Cette nouvelle signalétique va fonctionner sur quatre niveaux. Premier niveau : les portes d'entrée du Gard. Vous entrez dans le Gard, voilà ce qu'il y a : les sites majeurs, le nombre de campings et hôtels. Ces panneaux se trouveront sur les grands axes et définiront les grands sites et les zones géo-touristiques.

Le deuxième niveau sera sur le même modèle à la porte d'entrée des pays : Camargue, Cévennes, etc... Ensuite, nous placerons des panneaux directionnels sur les routes indiquant "le patrimonial". Par exemple, à cinq kilomètres, le dûché d'Uzès. Le feu vert vient d'être donné il y a quelques jours. Au mois de mai prochain ces panneaux seront installés. Le budget de l'opération est autour d'un million d'euros.

La quatrième phase est un peu plus longue. C'est celle qui va permettre aux professionnels de se signaler. On va supprimer la publicité parasite et illégale pour une politique homogène. Le département a établi un cahier des charges et les lieux d'installation. Nous travaillons en partenariat avec les collectivités locales pour qu'elles organisent la réflexion avec les prestataires. Le département se charge de lancer l'appel d'offre de tous les panneaux.

Le projet date d'il y a plusieurs années. Pourquoi ce délai ?

Ce chantier a été lancé depuis trois ans par le président Damien Alary. On a essayé plusieurs formules sur les grands axes. Malheureusement nous n'avons pas pris en compte la maintenance des panneaux. Or cet équipement a une obsolescence naturelle. On n'avait pas non plus pris la décision de partenariat avec les collectivités territoriales.

Le département poursuit aussi une politique de labellisation.

Le Gard a maintenant trois grands sites nationaux classés à l'Unesco : l'abbatiale de Saint-Gilles, le Pont du Gard, les Causses et les Cévennes. Nîmes n'est pas encore dans la liste mais la Mairie se bat pour l'avoir. C'est vital pour l'économie touristique. Avant nous pensions que nous étions les plus grands, les plus beaux, les plus forts. Il n'y avait rien besoin de faire grâce au soleil.

Nous travaillons à l'obtention du label "sites remarquables du goût". Nous espérons faire classer l'oignon doux des Cévennes, l'olive et l'olivette du pays de Nîmes et le taureau de Camargue. Ce label est décerné par trois ministères (culture, agriculture, tourisme). Donc c'est très compliqué mais a priori on a reçu un avis favorable officieux. Il faut un produit AOC/AOP, une participation des acteurs locaux avec des paysages remarquables. L'olive du pays nîmois peut être porteur d'une nouvelle niche. L'activité agricole préserve les sites touristiques. Les touristes deviennent ensuite ambassadeurs du produit et du territoire.

Les touristes ne risquent-il pas justement de se perdre avec tous ces labels ?

C'est pour cela qu'on a choisi uniquement des labels nationaux. Le deuxième aspect dangereux est qu'on labellise tout. Pour les villages de caractère, le label a été décerné à trois communes (voir Gard Éco n°410) : Vézénobres, Barjac et Lussan. Neuf autres vont suivre. Le département a dit pas plus de 15, ne serait-ce que sur le plan financier. Cela peut vouloir dire ensuite créer un circuit touristique.
Tous les villages n'ont pas non plus les moyens d'assurer les travaux. Certains ont d'ailleurs renoncé. Mon village, Vissec, était candidat. On avait fait les travaux avant, donc aucun problème de ce côté-ci. Mais on manque de moyens humains pour l'animation. Or ce label associe conservation patrimoniale et intérêt touristique.

On reproche souvent au Gard de n'être qu'un département de passage.

C'est une idée reçue. Quand on fait un comparatif, la durée de séjour dans le Gard est supérieure d'une demi-journée en moyenne par rapport à nos voisins du Languedoc-Roussillon. Je ne nie pas un problème d'accueil comme l'a déjà soulevé Damien Alary*. Mais je mesure les progrès et le chemin parcouru. À une autre époque, on ne pensait pas du tout aux touristes. Du temps d'Alphonse Roustan, le Lisita fermait en août ! On a une nouvelle génération de prestataires autrement plus professionnels.

Uzès, Saint-Jean du Gard, Anduze sont des villes de séjour. Nîmes est une ville de passage. Mais c'est en train de changer. Cela fait quelques années que la ville a pris conscience de la nécessité d'une politique d'animation estivale. Reconnaissons les efforts de l'équipe actuelle (voir ci-contre).

La qualité du patrimoine fait venir. Mais c'est l'animation qui fixe le tourisme de passage. Le CDT accompagne à la demande des pays les manifestations avec nos moyens, par exemple en communiquant. Le festival de jazz à Junas, celui de la pomme et de l'oignon doux des Cévennes du Vigan. Toutes ces manifestations peuvent prêter à sourire, mais c'est ça qui a multiplié la fréquentation. C'est la vie, pas les belles pierres, qui font rester les gens.

*: lors de la conférence économique départementale, le président du Conseil général avait ciblé l'accueil chez certains restaurateurs et hôteliers. "Le problème, c'est qu'après 20h ou 21h, ou c'est fermé, ou on a l'impression de déranger". (Gard Éco n°404)

 

Le temps sourit à Nîmes et ses animations

Le mois de juillet s'est très bien passé à Nîmes, se félicite Mary Bourgade, adjointe au tourisme et présidente de l'office de tourisme. "La météo n'est pas propice à la baignade. Les touristes se sont rabattus sur des visites plus culturelles". L'office de tourisme de la ville voit passer entre 1000 et 1500 personnes par jour. À 60% des Français, mais aussi des Anglais, des Hollandais, des Belges. "Les Chinois sont entrés dans le top 10", se réjouit Mary Bourgade. Le résultat selon elle du travail de promotion accompli en collaboration avec l'EPCC du Pont du Gard, notamment à l'exposition universelle de Shanghai.

Les sites romains et le patrimoine du secteur sauvegardé attirent naturellement du monde, qui n'hésite apparemment pas à dépenser selon Mary Bourgade. "Les professionnels sont ravis du mois de juillet. Les touristes ont consommé sur la ville".

Si la météo a boosté la fréquentation, les animations ont trouvé leur public. Les concerts aux arènes ont bien marché. "La plupart des hôtels affichaient complets", poursuit l'élue. En août, les arènes accueilleront une production du Requiem de Verdi le 6, et un dernier concert le 23.

Côté gratuit, les jeudis de Nîmes se poursuivent et contribuent à remplir les terrasses. Autre rendez-vous gratuit, "mais de qualité" tient à préciser Mary Bourgade, les fééries des eaux aux jardins de la Fontaine pendant quatre jours du 12 au 15 août.