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Les artisans à l'assaut des Chambres Consulaires PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 28 Juillet 2009 00:00

Interview
Pascal Binelli dévoile ses ambitions

Après être parvenu à trouver un terrain d'entente avec les élus de la liste "artisans de notre avenir", et notamment Henry Brin (à gauche sur la photo), le temps des élections pourrait devenir à nouveau celui des divisionsElu lors des dernières élections à la présidence de la Chambre de métiers du Gard, à la faveur de son âge, beaucoup ont vu à l'époque en Pascal Binelli un président transitoire. Après avoir tenu bon le cap en jouant la conciliation, il confirme aujourd'hui ses ambitions en prenant la présidence de l'ADAC, une association qui regroupe artisans et commerçants pour partir à la conquête de la chambre de métiers, mais aussi de la CCI lors des prochaines élections consulaires. Pour Gard Eco, Pascal Binelli s'exprime sur ce projet.

D'ou vient cette idée de création d'une association d'artisans et commerçants ?

Le premier constat que nous faisons est que nombre de nos ressortissants sont doublement inscrits à la chambre de métiers, et à la chambre de commerce. Nous considérons qu'entre 30% et 40% d'artisans sont dans ce cas. A cela s'ajoute le fait qu'un certain nombre d'entreprises adhérentes à la CCI ne se retrouvent pas pleinement dans la structure, notamment en raison de leur taille. En cela, ils ont plus de points communs avec les ressortissants de la CMA. Tout cela nous a amenés à la création de l'association ADAC 30 pour pouvoir nous présenter aux élections des deux chambres consulaires, et faire entendre notre voix aussi bien à la Chambre de métiers qu'à la CCI.

S'agit-il réellement d'une nouvelle structure, ou uniquement d'une version élargie de la CAPEB, une sorte "d'ouverture" ?

La CAPEB, fait effectivement partie des premières organisations professionnelles qui font l'ADAC, mais nous pouvons déjà annoncer l'adhésion de l'UMIH, qui représente les hôtelliers-restaurateurs, ou encore d'un syndicat de taxis, d'une union d'artisans commerçants de Nîmes-est. Mais nous n'en sommes qu'à un début, et des discussions sont en cours avec d'autres structures, avec de grandes chances d'aboutir.

Vous n'avez pas cité l'UPA, qui est déjà une forme d'union entre acteurs de branches différentes. Ce projet ne les intéresse pas ?

 

Concernant l'UPA, nous en sommes précisément à ce stade de négociations, notamment avec la CGAD (Confédération générale de l'alimentation en détail), et la CNAMS (Confédération nationale de l'artisanat, des métiers et des services) qui, avec la CAPEB, sont les autres composantes de l'Union professionnelle artisanale. Antoine Marques, qui préside la CAPEB du Gard et l'UPA, ne peut s'engager sans que les trois parties ne valident la démarche.

Comment fonctionne ce tandem "Binelli-Marques" ?

Antoine Marquès et mois avons une relation proche, de par nos fonctions respectives. Concernant l'UPA, son accession à la présidence était naturelle, car elle est assurée à tour de rôle par les présidents locaux de chacune des branches. Quant à la CAPEB, Antoine Marquès a pris un engagement pour deux mandats, et il y aura donc un nouveau président à l'issue de l'actuelle mandature.
De plus, notre volonté est d'éviter les cumuls de fonction entre la présidence de la CAPEB et celle de la chambre de métiers, pour conserver la liberté d'expression de la structure syndicale.

Votre accession à la présidence de l'ADAC est-elle l'annonce officielle de votre candidature à la présidence des deux chambres consulaires ?

Le fait que je prenne la présidence de l'ADAC reflète sans équivoque ma volonté d'être tête de liste pour les prochaines élections à la chambre de métiers. Quant à la CCI, nous n'avons pas encore statué sur la personne qui conduirait la liste. C'est en cours de discussion, même si, là également, ma volonté d'engagement est claire. A ce jour, nous sommes déjà en place à la chambre de métiers, nous avons de réelles ambitions pour la chambre de commerce, mais concernant la tête de liste à la CCI, nous voulons laisser la porte ouverte à des personnes ou des structures qui sont prêtes à nous rejoindre.

Tractations, alliances… tout est bon pour prendre le pouvoir ?

Ce que nous voulons, c'est nous faire entendre, et pouvoir ouvrir une phase de discussion. Il y aura sans doute des tractations - certaines ont déjà commencé.

Mais pourquoi réinventer ce qui existe déjà avec l'opposition MEDEF - CGPME ?

Aujourd'hui, il y a des entreprises qui ne se retrouvent ni dans la  CGPME, ni dans le MEDEF. On voit des gens qui quittent la CGPME pour adhérer au MEDEF, et vice-versa, d'autres, comme l'UMIH, qui quittent le MEDEF pour nous rejoindre… Ce que nous voulons, c'est démontrer notre capacité à mobiliser, et bien sûr, peser dans la négociation.

On pourrait vous reprocher de jouer sur la division pour ramasser les morceaux ?

La question de la division se pose sans nous, au sein de la FFB par exemple, qui adhère à la fois au MEDEF et à la CGPME. Après, comme dans toute élection, il y a le jeu des alliances, des circonstances… en ce qui nous concerne, rien n'est fermé, rien n'est impossible. Même l'idée de travailler sur un projet de liste unique. Pourquoi pas ?

Au delà d'une approche tactique, est-ce que ce mouvement repose sur une vision stratégique plus large ?

Le contexte actuel est à la régionalisation, et la réforme est en cours. Mais si, sous cette mandature, ou sous la prochaine, l'Etat venait à décider que les élections devaient se tenir au niveau régional, nous aurions tout intérêt, les uns et les autres, à chercher avant tout à former la meilleure équipe possible pour défendre notre territoire à cette échelle régionale. Notre démarche sert dont également à nous préparer aux évolutions à venir. Il faut prendre en compte le fait qu'avec ce mouvement de régionalisation, certains élus vont devoir cumuler leur engagement au plus près du territoire, et leur mission de représentation à la région. Nous aurons donc besoin de nous appuyer sur des gens très disponibles et motivés.

En matière de réforme, certains évoquent également la possibilité de fusion entre les deux chambres consulaires. Est-ce votre souhait ?

Pas pour l'instant. Ce n'est pas un scénario d'actualité. En tous cas, concernant le réseau des métiers, nous avons tenu à garder notre identité, et je pense que ce serait une erreur de fusionner les réseaux. Pour autant, je pense que nous avons intérêt à unir nos forces pour aller au niveau régional, et défendre un intérêt commun : notre territoire.

Continuité et engagement pour la CMA

En vue des élections qui auront lieu le 13 octobre 2010, et pour lesquelles le Président Binelli espère bien renouveler son actuel mandat en se présentant sous la bannière de l'association ADAC, la première mouture du programme électoral reprend les points forts de l'actuelle mandature, en y rajoutant une touche plus offensive.

Peser dans le paysage économique

Avec 15000 entreprises sous sa tutelle, la chambre de métiers du Gard compte à peu près autant de ressortissants que sa consoeur du commerce. Un poids que la liste ADAC souhaite voir reconnu, "dans le cadre des instances au sein desquelles nous sommes invités à siéger, ou dans des opérations de lobbying en faveur des entreprises", précise le président sortant. Et pour que l'organisme consulaire puisse porter les revendications des artisans, le programme de l'ADAC prévoit également de développer la place des organisations professionnelles afin que "la CMA soit au service des OP, et non le contraire".

Pour ce faire, l'ADAC souhaite poursuivre la mise en place des dispositifs de veille, d'analyse, d'intelligence économique et d'études pour permettre ensuite aux syndicats professionnels de relayer leurs attentes auprès des décideurs politiques.

Confirmer le développement du tissu artisanal

Forte d'un bilan qui affiche une croissance constante du nombre d'entreprises immatriculées (excepté le dernier recensement, cf Gard Eco n°306), l'équipe sortante souhaite poursuivre les efforts entrepris dans les domaines de l'appui à la création et à la reprise d'entreprises. Elle promet notamment la mise en place du FGAC, fichier gardois des artisans cédants, et d'un passeport du créateur d'entreprise, en collaboration avec les centres de gestion, les avocats, les experts-comptables et les organismes professionnels.
Autre cheval de bataille de la précédente mandature, l'appui au développement des compétences des artisans figure en bonne place dans le programme de l'ADAC, au travers de projets tels que la formation, mais aussi la création d'un service export propre à la CMA.
Et pour favoriser les échanges d'expériences positives, l'ADAC préconise de développer la mise en réseau des entreprises gardoises, par la création de filières, le recours à des coopératives d'artisans, ou en s'appuyant sur les organisations sectorielles existantes.

Communiquer

Marquée par des débuts chaotiques, et une mise sous tutelle de la Préfecture, la mandature actuelle n'a pas laissé beaucoup de place à la communication. C'est ce que promet de réparer l'équipe postulante d'ADAC, en mettant en place des supports de communication ciblés. Souhaitant définir chaque année un thème de communication nouveau, les colistiers du Président Binelli proposent l'instauration d'un journée "Artigard" qui permettrait de présenter le sujet annuel au grand public. Un sujet relayé par un futur magazine "novateur et trimestriel" destiné à l'ensemble des ressortissants, d'ores et déjà baptisé "plus forts les artisans gardois !"

Les artisans à l'ADAC de la CCI

Désignée par le gouvernement comme rapporteur sur le projet de loi relatif aux réseaux consulaires, Catherine Vautrin, dans un entretien accordé au magazine "Commerce International", déclarait le 21 juillet dernier qu'il n'y aurait "pas de présentation de la réforme des CCI au dernier Conseil des ministres fin juillet" et que "le texte ne devrait pas être examiné par le Parlement avant 2010". De quoi brouiller un peu plus les cartes et les calendriers des prochaines élections consulaires, mais pas les ambitions de l'association ADAC qui entend bien appliquer à la CCI de Nîmes certaines des recettes déjà utilisées à la CMA.

En affirmant que l'actuel fonctionnement de la chambre de commerce est avant tout destiné aux grandes entreprises, les élus de l'ADAC jouent la carte de la proximité en déclarant vouloir "intensifier la présence sur le terrain, notamment sur les bassins du Vigan trop délaissé, de Bagnols sur Cèze, trop éloigné, et celui d'Uzès". Même souhait de présence "auprès des élus politiques qui, dans les agglos ou les communautés de communes s'accaparent, au détriment des CCI, les opérations de développement économique et d'aménagement du territoire des zones commerciales".

Des projets emblématiques

Moins abouti, pour l'heure, que le projet présenté pour la conquête de la CMA, dans l'attente notamment de la désignation officielle d'une tête de liste pour partir à l'assaut de la CCI, la profession de foi de l'ADAC prévoit d'ores et déjà certains rendez-vous, comme l'instauration d'un salon de l'industrie à Bagnols sur Cèze, l'organisation de foires commerciales, ou la mise en place d'un service de promotion des entreprises auprès de partenaires et des collectivités extérieures, avec pour slogan "Nîmes, l'économie s'y anime…"

Un programme d'actions transversales CCI - CMA

Tout en affirmant son opposition à tout projet de fusion des CCI et des CMA, Pascal Binelli souhaite jouer la carte de la transversalité entre petits commerçants et artisans, partant du constat qu'ils sont confrontés à bon nombre de préoccupations communes. Le président Binelli illustre ces propos : "l'accès difficile et la verbalisation excessive des centre-villes pour les commerçants dans le cadre de leurs boutiques avec l'approvisionnement de celles-ci, mais aussi pour les artisans du bâtiment réalisant des travaux dans le cœur des cités. Une action commune des artisans et commerçants de Nîmes pourrait être faite auprès de la municipalité visant à octroyer un accès facilité au centre-ville et sans verbalisation, par une vignette forfaitaire achetée à l'année".

Ainsi retrouve t'on au sein de ce programme "tranversal", l"organisation d'une journée de promotion de l'ensemble des entreprises gardoises, la création d'un "observatoire de l'entreprise gardoise" qui consoliderait les données économiques concernant l'ensemble des entreprises, la mise en place de clubs d'entrepreneurs inter-professions, ou encore la création d'une commission inter-consulaire entre la CCI et la CMA.