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Label Unesco : L'agropastoralisme cherche un nouvel élan PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 02 Avril 2012 07:00

Le Vigan, dernière étape de notre périple sur le territoire classé. À cheval entre Causses et Cévennes, l'arrondissement examine les pistes pour ranimer sa tradition pastorale.

Entre Causses et Cévennes, Le Vigan s'interroge sur son agropastoralisme. Est-il en danger ? Assurément non puisque l'Unesco a justement voulu montrer la dimension exceptionnelle des paysages, façonnés par l'élevage et les cultures pendant des siècles. Mais l'agropastoralisme n'échappe pas aux difficultés de la profession. Les producteurs de lait comme de viande subissent la conjoncture mondiale avec des baisses de prix et le manque de vocations.

Localement, les situations varient entre les Cévennes et les Causses, selon Emmanuelle Genevet, ingénieure pastoraliste. Le Vigan est à la jointure. "L'élevage sur la partie Cévennes est relativement vieillissant. On peut même parler de menace d'extinction dans les vallées cévenoles. Dans le Pays viganais, l'élevage d'ovins pour la viande reste encore bien représenté". Mais ceux qui partent à la retraite ne trouvent pas forcément de repreneurs pour un métier très exigeant et peu rémunérateur. "Il y a cinq ou six jeunes qui se sont lancés, témoigne Marc Delpuech, berger transhumant à Sumène. Mais ils ne disent pas qu'ils vivent haut la main."

Sur les plateaux des Causses, cela semble être plus dynamique, car la filière est plus diversifiée, note Emmanuelle Genevet. Avec plus de débouchés. "Par exemple, les éleveurs ovins laitiers qui livrent à Roquefort s'en sortent bien", poursuit-elle. Les exploitations trouvent en général repreneurs.

Dans les collectivités territoriales, les responsables politiques expliquent qu'ils n'ont pas attendu le label de l'agence de l'Onu pour enrayer le déclin et consolider l'activité. La communauté de communes du Pays Viganais, que préside Roland Cannayer,  a ainsi investi dans l'abattoir de la sous-préfecture avec une partie bio. L'objectif est de développer les circuits courts pour la viande d'agneau avec des boutiques paysannes.

Miser sur la proximité est à la mode. Mais cette solution n'est pas toujours à la portée de tous. "La vente directe demande du temps, rappelle ainsi Emmanuelle Genevet. Beaucoup sont seuls. Il faut garder les moutons car il n'y a pas toujours d'enclos."

Marc Delpuech pointe le manque de terres. "Il faut trouver du foncier pour installer des gens. Les communes ont du mal à lâcher", regrette-il. "En Cévennes, nous avons un foncier très morcelé avec énormément de propriétaires assez âgés", confirme Emmanuelle Genevet. Des propriétaires qui font confiance aux bergers qu'ils connaissent depuis des années mais qui sont plus méfiants avec les nouveaux, surtout s'ils ne viennent pas du pays.

 

Au delà des mentalités, c'est bien d'une politique foncière dont les communes ont besoin dans une région où on peut trouver 50 propriétaires sur dix hectares, selon Emmanuelle Genevet. Un casse tête impossible pour des collectivités sans moyen. La communauté de communes du pays viganais a lancé une Ocagère, une opération d'aménagement et de gestion de l'espace rural, en coopération avec la Safer. À Arphy, sur la route du Mont-Aigoual, des terrains ont été repérés pour construire une chèvrerie, couplée à un gîte rural. Depuis la reconnaissance de l'Unesco, les services du pays viganais affirment d'ailleurs avoir reçu plusieurs porteurs de projet pour reprendre des hameaux, notamment un sur le causse de Blandas pour 3 M€. L'activité touristique peut en effet servir de soutien. Les tours opérateurs français seraient aussi en train de recentrer leurs offres sur la France depuis les révolutions arabes où ils auraient perdu des parts de marché. Ils chercheraient de nouveaux territoires, plus en lien avec la nature.

"Ce qui a été classé, c'est l'agropastoralisme. Pas les offices de tourisme, prévient Martin Delord, conseiller général et président de la communauté de communes de l'Aigoual. Tout le monde se rue sur la labellisation. Mais il faut maintenir l'agriculture, avant de développer le tourisme." L'élu mise en particulier sur l'agriculture raisonnée, dans un secteur d'estives, déserté une partie de l'année.

Accueillir les touristes, Marc Delpuech n'a rien contre, mais demande en échange des aides. "Là où il y a l'agropastoralisme, c'est joli et c'est propre. Cela maintient les paysages et fait venir les touristes."

Les collectivités disent aussi attendre la mise en route de la structure interdépartementale, qui réunit les quatre conseils généraux concernés (Aveyron, Gard, Hérault, Lozère). Le berger reste, lui, un peu dubitatif après ce classement Unesco. "À notre niveau, cela ne va pas changer grand chose. Mais ce serait bien que la profession y soit représentée."

L'élevage dans le Gard

- Ovins : 615 exploitations et 54 000 animaux
- Caprins : 419 exploitations
-Elevages mixtes / Ovins- Caprins : 568 exploitations

(chiffres du Conseil général du Gard)

 

Cirque de Navacelles : Le label Grand site de France pour bientôt

C'est une étape importante qui a été franchie en février dernier pour le site aux confins du Gard et de l'Hérault. Il a en effet reçu un avis favorable du ministère de l'environnement pour obtenir à terme le classement grand site de France. Un label touristique qu'ont déjà décroché  dans notre département le Pont du Gard et les gorges du Gardon.

Porté par la communauté de communes du pays viganais, le projet a été lancé bien avant que l'Unesco ne distingue les Causses et les Cévennes au patrimoine de l'humanité, rappelle Laurent Pons, directeur du comité départemental du tourisme (CDT). Mais les objectifs se recoupent forcément. D'abord parce que l'intégralité du territoire du cirque, soit 46 000 hectares, est sur la zone distinguée par l'Unesco. Ensuite, le cahier des charges précise qu'il faut "transmettre et révéler l'esprit des lieux". Situé au fond des gorges de la Vis, le cirque de Navacelles, formé par un bras de la rivière depuis asséché, ne constitue pas seulement une originalité géologique. Il est au cœur de la problématique agropastorale, entouré de trois Causses (Blandas, Campestre et Larzac).

"Le label grand site de France exige un accueil à la hauteur de la qualité des lieux", explique Laurent Pons. La communauté de communes planche sur un projet de belvédère en haut du Causse de Blandas, un lieu très fréquenté l'été, pour accueillir les touristes et surtout "les inciter à rester plus longtemps et à revenir hors saison". Les premiers coups de pioche sont attendus en septembre.