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Label Unesco : Et maintenant on fait quoi ? PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 19 Mars 2012 08:00

Gard Éco entame une série sur les Causses et Cévennes neuf mois après leur inscription à l'Unesco. Tour d'horizon des enjeux et des premières mesures.

Le label concerne un peu plus de 300 000 ha à cheval sur la Lozère, le Gard, l'Hérault et l'Aveyon. Autour a été définie une zone tampon avec les villes portes. Soit 6000 km². Dans un premier temps, la candidature portait sur l'ensemble des deux zones, voire même un bout des Cévennes ardéchoises. Après deux dossiers de candidature retoqués en 2006 et en 2009, le contour du territoire proposé au classement s'est donc amoindri. On y trouve 231 communes. Le Gard est le deuxième département après la Lozère avec 37 villages dans la zone coeur. Mais si on rajoute la zone tampon, 49 communes, il est premier. Un enjeu pour l'hébergement. La machine semble lancée, neuf mois après l'inscription des Causses et Cévennes au patrimoine de l'humanité de l'Unesco. C'est le temps qu'il a fallu pour forger un début de gouvernance. Elle a été officialisée fin février au salon de l'agriculture de Paris, avec la création d'une entente interdépartementale qui regroupe les Conseils généraux de l'Aveyron, du Gard, de l'Hérault et de la Lozère.

"J'aurais souhaité une structure commune pour mettre plus d'argent, pestait le député-maire d'Alès en février dernier. Pour installer des éleveurs, faire construire des bergeries, si nous ne les aidons pas, cela n'ira pas loin." Un souhait partagé par le Conseil général du Gard, qui dans une délibération "préconise de faire évoluer cette entente en syndicat mixte avec l'adhésion des cinq villes portes, Alès, Ganges, Lodève, Mende et Millau, et des deux Régions concernées par son périmètre, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées." Les villes portes n'ont d'ailleurs pas attendu pour se constituer en réseau. Pour une grande structure commune, il faudra repasser.

L'enjeu pour la toute nouvelle entente interdépartementale : gérer le prestigieux label. Classé dans la catégorie "paysage culturel évolutif vivant", et non "paysage naturel", le territoire est désormais sous surveillance. "Les Causses et les Cévennes présentent un exemple exceptionnel d'un type d'agropastoralisme méditerranéen", peut-on ainsi lire sur le site de l'Unesco à la page des Causses et des Cévennes. Mais, "le caractère complet ou intact du paysage culturel dépend de la survie des forces qui l'ont façonné, ainsi que des manifestations de ces forces". Plus que gérer, il va falloir faire vivre cet agropastoralisme.

"Tout est à construire", reconnaît Fabienne Griffoul, directrice adjointe du comité départemental du tourisme (CDT) du Gard. L'institution, qui dépend du Conseil général, a déjà commencé à plancher sur le sujet, en rapport avec son coeur de métier, la promotion touristique. "Nous n'avons pas attendu l'entente interdépartementale, commente Claude Rezza, le directeur. Les CDT des quatre départements se sont partagé plus de 1000 heures collectives de travail."

 

Au CDT de la Lozère, le site Internet, à celui de l'Aveyron, la conférence de presse au salon de l'agriculture. Le CDT de l'Hérault anime médiatiquement l'ensemble. Quant à celui du Gard, il s’occupe de la carte du territoire classé, qui devrait paraître ces jours-ci.
"Une carte très riche", annonce Fabienne Griffoul, tirée à 200 000 exemplaires. Les touristes y trouveront les éléments les plus emblématiques de l'agropastoralisme, le patrimoine bâti, les musées, les lieux de randonnée, les activités sportives.

L'entente devrait voir complètement le jour à partir de l'été. D'ici là, les projets restent plus à l'état d'esquisse : la création du site Internet, une campagne de référencement sur le web, une banque d'images commune, l'organisation de voyages de presse. Tout va devoir se faire en synergie, dans une certaine lourdeur administrative et politique. L'Aveyron fait notamment partie d'une autre Région.
Les villes portes sont parvenues à se fédérer en réseau et étudieraient déjà des itinéraires. "Le gros de l'hébergement est dans cette zone dite tampon, relève Fabienne Griffoul. L'intérêt de ces villes est d'ouvrir vers la zone cœur". Dommage que Florac en plein centre ne soit pas de la partie... Une mise en réseau est aussi envisageable à l'échelle du Languedoc-Roussillon, qui détient le nombre record de sites Unesco en France.

Mais pour réussir la promotion, "il y a tout un discours à s'approprier", explique Fabienne Griffoul, qui évoque un volet formation à destination des hébergeurs. L'Unesco appelle en effet à la mise en oeuvre d'une stratégie "de toute urgence afin d'étayer la logique de l'identification, de la protection et de la gestion du paysage agro-pastoral". Comment parler de l'agropastoralisme ? Comment utiliser le label ? "Il faut rendre les habitants ambassadeurs de leur territoire", poursuit Fabienne Griffoul.

Avec comme problématique d'ouvrir le patrimoine au public mais en le préservant. Le chiffre de 30% de fréquentation en plus grâce au label est souvent cité. Sans qu'on en connaisse vraiment la source. "La crainte, c'est que nous ne puissions répondre à la demande", prévient Claude Rezza, concepteur du "tourisme diffus". Un tourisme qui exige donc du temps, comme il en a fallu aux hommes et femmes pour façonner ces paysages.

Au fait, c'est quoi l'agropastoralisme ?

12-03-20-agropastoralismeÀ part leur proximité géographique, rien de commun entre le granit du Mont-Aigoual, les vallées schisteuses et reculées des Cévennes et les plateaux calcaires et steppiques que forment les causses, creusés par endroits de gorges. L'agropastoralisme sert donc d'élément fédérateur.

Réunis à Meyrueis en 2007, un comité d'expert avait défini le pastoralisme comme  "un système d'élevage qui utilise en grande partie les ressources végétales spontanées pour le pâturage, le plus souvent de façon extensive, soit sur l'exploitation même, soit dans le cadre de la transhumance ou du nomadisme". Un écosystème qui a fait sortir de terre un patrimoine de pierres : les drailles (chemins empruntés par les moutons), les toits-citernes, les lavognes (cuves où on recueille l'eau de pluie), les clochers de tourmente (refuge pour les voyageurs)... Sans oublier les races locales de brebis et les produits régionaux.

Les premières traces d'activité humaine remontent au néolithique. Au Moyen-Âge, ce sont les plateaux des Causses qui sont aménagés par les ordres militaires et religieux. À l'époque moderne, la culture des vers à soie va permettre l'essor des vallées cévenoles, plus à l'est. Une histoire longue tissée entre l'homme et la nature qui a connu une nouvelle page avec la revitalisation de l'agropastoralisme à l'occasion des luttes politiques sur le plateau du Larzac dans les années 1970.