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La motivation au Parfum d'Aventure... PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 16 Août 2010 10:16

Traduction littérale en anglais du mot "motivation", l'incentive est apparue dans le langage des managers voilà une trenaine d'année, comme une nouvelle façon d'améliorer la performance de ses collaborateurs. Surfant sur la vague de la dévotion à son entreprise, et de la mode managériale à la japonaise, l'incentive des années 80 rime avec défi et dépassement de soi. Pour Sylvain Tirfort, ce n'était pas la bonne approche : "Il y a vingt ans, lorsque j'ai décidé d'appeler mon entreprise "Parfum d'aventure", on me riait au nez en trouvant que le mot parfum ne faisait pas assez viril ! C'était l'époque ou l'on pouvait perdre son poste si l'on refusait de sauter à l'élastique… déjà, je ne partageais pas cette vision… Le management par la compétition interne est révolu. Il faut devenir meilleurs, mais ensemble".

10-08-17-introPour lui, l'enjeu de la motivation, ce sont les relations humaines : " A force de se cacher derrière des contrats, des conventions collectives, ou d'essayer de s'abriter derrière des logos, on a fini par perdre la notion de culture d'entreprise. Or, on oublie que le plus clair de notre temps se passe au travail. Quitte à passer du temps avec un groupe, autant que ce ne soient pas des étrangers. C'est pourtant ce que l'on constate, les gens ne se connaissent plus… Les collaborateurs doivent apprendre, ou réapprendre à parler entre eux. C'est là que nous intervenons pour leur permettre de se créer une boite à souvenirs en commun".

Définissant son métier comme "traceur de raid, traceur de rêves", Sylvain Tirfort mise sur l'importance de la situation pour créer du lien, plus que sur les moyens mobilisés : "A titre d'illustration, on pourrait prendre le rituel du repas de fin d'année, que l'on se croit parfois obliger d'organiser pour créer un semblant d'animation, parce que c'est noël… L'art de l'incentive, c'est d'imaginer comment amener les gens jusqu'au repas ! Le jambon n'aura pas le même goût, s'il est dégusté après avoir partagé une heure de marche à pieds pour arriver jusqu'au restaurant, ou si chacun arrive seul, avec sa voiture… Lorsque des salariés participent à un raid, ne serait-ce que sur deux jours et une nuit, le "bonjour" du matin n'a rien à voir avec celui qu'ils s'adressent habituellement de façon quasi-automatique entre deux portes de bureau".

Gadget pour manager, ou véritable outil au service de l'entreprise ? Sylvain Tirfort croit aux vertus économiques de l'incentive : "c'est sur les bons souvenirs crées en commun, que les managers pourront s'appuyer pour passer des moments plus difficiles dans la vie de l'entreprise". Quand aux retombées sur la performance générale de l'entreprise, sa réponse est toute trouvée : "Il suffit de regarder le résultat de l'équipe de France de football en Afrique du sud. Ils n'auraient jamais fait grève si on me les avait confiés une semaine !".

Sylvain Tirfort
Portrait d'un gardois raid-dingue des Cévennes…

Se définissant lui-même comme un "traceur de rêves", Sylvain Tirfort (à gauche sur la photo) souhaite mettre sur pieds son Raid des Entreprises en Cévennes dès 2011. Pour l'accompagner dans cette aventure, Yann Vannieuwenhuyse (à droite sur la photo) a quitté le poste de cadre qu'il occupait dans un grand groupe, pour se consacrer à la promotion de ce projet. Un choix fait en connaisseur, pour avoir participé à plusieurs des raids organisés par Parfum d'Aventure…Même si son BEP "Jardins et espaces-verts" était un signe révélateur de son rapport particulier avec la nature, Sylvain Tirfort a eu, très tôt, besoin se s'éloigner de ses Cévennes natales pour s'enrichir d'autres expériences. Passionné des sports de pleine nature, cet anduzien fera d'abord le choix étonnant de partir travailler au Club Med, "pour mieux comprendre comment fonctionnait ce monde du spectacle, et du loisir", explique-t'il. Là encore, après trois saisons au "Club", Sylvain Tirfort renonce à la brillante carrière de Chef de village qui s'ouvre à lui, pour poursuivre son voyage.

Embarqué un peu par hasard sur une bateau pour une traversée de l'atlantique, il découvre les Antilles d'il y a vingt ans, encore préservées du tourisme de masse. Alors âgé d'une vingtaine d'années, le jeune homme tombe sous le charme : "Lorsque l'on arrive dans un lieu comme celui-ci, on ne peut avoir que des projets. Un peu comme avec les Cévennes…".

A à peine 22 ans, il crée son entreprise "Parfum d'Aventure" en Guadeloupe, et en pionner du tourisme vert, propose des activités telles que des safaris en 4x4, du Canoë, ou encore du Canyoning. A la croisée du sport et de la nature, il pose les premières ébauches de ce qui deviendra l'un de ses principales activités : l'organisation de raids.  "A cette époque, il existait le Raid Gauloises, mais qui ne me convenait pas, car trop basé sur la compétition. J'avais envie d'un raid aventure dans lequel les gens se parlent. C'est ainsi que j'ai créé le Raid des Entreprises, en Guadeloupe, pour que les professionnels se rencontrent, sans être en situation de concurrence. Cette approche inter-entreprises m'a notamment permis de toucher les sociétés locales, car ce n'était pas très cher. Nous avions une bonne couverture médiatique, journaux, radios et télé, mais surtout, les participants attendaient d'une année sur l'autre la prochaine édition". D'une année sur l'autre, l'aventure prend de l'ampleur, portée par l'imagination de Sylvain, qui prend un réel plaisir à faire avec les moyens du bord : "Sur place, nous n'avions pas beaucoup de moyens, alors il fallait compenser par de l'inventivité. Pour réaliser une épreuve de canoë, par exemple, les concurrents devaient commencer par construire leur propre radeau, avec les bambous et le cordes que nous leurs fournissions… C'est aussi ce qui permettait d'apporter chaque année de la nouveauté… comme un concours de poésie sous l'eau pour agrémenter une épreuve de plongée sous-marine !". Regroupant chaque année plus d'une centaine de participants, le Raid des Entreprises connaîtra une douzaine d'éditions, mais surtout, servira à la fois de vitrine et de laboratoire à Parfum d'Aventure, dont la notoriété progresse par bouche à oreille. Des grandes entreprises françaises font ainsi appel à ce "traceur de raids", et lui confient l'organisation d'évènements pouvant dépasser le millier de participants. En 2000, Parfum d'Aventure obtient même un "Stratecom d'or" - qui récompense les initiatives en termes de stratégie de communication - pour avoir fait jouer un pianiste sur la barrière de corail… Même loin des yeux, les Cévennes sont toujours restées près du cœur de Sylvain. Après quelques années à mener de front une activité ultramarine, et la création d'un Parc Aventure dans le Gard, il décide finalement de se sédentariser en reposant ses valises à Anduze. Ses valises, et ses projets : "Lorsque j'étais en Guadeloupe, on m'appelait "Le Cévenol"… Aujourd'hui, je me sens un peu comme un marin qui a pris la mer pendant 20 ans, et qui rentre au pays, avec des idées, des envies, et un produit : le Raid des Entreprises". Car s'il continue à répondre aux sollicitations de ses clients pour l'organisation de raids, cet éternel entrepreneur rêve de mettre son savoir-faire au service de "ses" Cévennes : "Il est important que les entreprises et les acteurs locaux comprennent mon message, et ce que je veux faire. Ce que j'ai réalisé en Guadeloupe, je peux le refaire ici, le potentiel est là… Pour parler des Cévennes, il faut des évènements percutants, capables de générer de belles images, et une bonne couverture médiatique. Je pense que nous sommes en manque d'image. On ne voit en général les Cévennes qu'au travers du Parc Naturel, mais il y a autre chose à découvrir. Cet archipel de mondes à part qui défini très bien nos Cévennes. Justement, je m'y connais en archipels, pour avoir pratiqué ceux des Antilles. J'ai envie de créer ici cette notion de navigation d'un monde à l'autre, au cœur des Cévennes…".

10-08-17-raidD'autant que Parfum d'Aventure a déjà utilisé ce formidable terrain de jeu comme théâtre de deux raids, aux scenarii très étudiés : "Les participants arrivent à Nîmes, et embarquent immédiatement dans des minibus de 6 personnes. Déjà se crée l'esprit de groupe entre eux. Nous leur remettons un Road book, qui les plonge dans un scénario, fait d'histoire, d'énigmes et de cartes. Une heure après leur arrivée, les participants sont dans l'aventure, en train de faire du canoë sous le Pont du Gard… Ensuite, on enchaîne les étapes et les énigmes, en passant par des lieux comme Uzès, pour atteindre finalement les Cévennes. Le tout est de faire marcher l'imaginaire. A Uzès, par exemple, nous avions créé une série d'énigmes en utilisant les magnifiques heurtoirs que l'on trouve sur les portes dans les rues de la ville, et des mots-clés codés par un cryptex… Mais il faut aussi jouer la carte de la convivialité, et de la détente, grâce à de petites attentions, comme cette "glace trois boules" que nous avions servie aux participants du Raid en Cévennes : en guise de glace, nous leur avons servi à chacun trois boules de pétanque, gravées à leur nom, pour continuer la soirée par un concours de boules sur la place du village, au son de l'accordéon… C'est ça aussi leur faire vivre les Cévennes".

 

10-08-17-encadre

A l'occasion de chaque raid, le "book" remis aux participants dépasse largement la simple liste des indications techniques pour rallier le bivouac ! Véritable scénario, il mêle l'histoire et les mythologies du lieu, et la recherche d'indices pour permettre aux participants de vivre une aventure hors du temps. Pour Sylvain Tirfort, la rédaction de ces "book" est l'occasion de laisser libre cours à son imagination parfois délirante, en inventant des intrigues dignes de plus grands polars…

"Je travaille sur chaque moment du raid comme un metteur en scène travaille ses prises de vue. Je pense à l'avance à ce qui viendra s'imprimer sur la rétine des concurrents : les couleurs, la lumière, le décor… C'est un travail minutieux pour que tout se passe comme dans un rêve, vécu vraiment".

Anduze
Un Parc Aventure à la cime des arbres

10-08-17-accrobrancheEn ouvrant le 10 juillet 2002 un parc "accrobranche" à Anduze, Sylvain Tirfort est alors un pionner pour ce type d'activité en Languedoc-Roussillon. Une aventure qui tourne court, emportée le 11 septembre de la même année par les crues dévastatrices du Gardon… Mais en quelques mois, ce chef d'entreprise a pu constater le potentiel de cette activité de pleine nature au cœur des Cévennes. Sans se décourager, il se remet au travail pour ouvrir dès l'année suivante son nouveau Parc Aventure, entre Générargues et Mialet. Si depuis, les concurrents se font de plus en plus nombreux, Sylvain Tirfort revendique sont statut de "parc à part", en misant sur la nature : "Il ne faut pas oublier que c'est grâce aux arbres, et pour les arbres, que nous ne pouvons avoir ce type de parc. Mon argument, ce ne sont pas les dizaines de kilomètres de câbles tirés pour réaliser les parcours, mais bien les 35 essences d'arbres différents que l'on retrouve ici. Ce que je veux faire partager, ce sont mes jardins suspendus, mes potagers 100% naturels, la rivière qui longe le parc, ou les hamacs dans lesquels nos visiteurs aiment prendre le temps de faire une vraie sieste…". Une recette qui dépasse l'argument commercial, pour transformer le client, en voyageur des arbres. "Cette approche vise avant tout à faire changer le rapport aux autres, le rapport au voyage. Ici, les gens ne sont pas des touristes, mais des voyageurs des arbres. Et par définition, un voyageur est à la fois intéressé, et intéressant, il a autant à nous apporter que ce que nous pouvons lui faire partager".

Avec quelques 15 000 visiteurs par an, le Parc Aventure de Sylvain Tirfort compte quatre salariés permanents, et jusqu'à douze collaborateurs en pleine saison.