Salon économique de la Bouvine les 17, 18 et 19 avril à Aigues-Vives : Dépoussiérer une image pour mieux la valoriser
Le mot Bioù, le taureau de Camargue, regroupe autour de quelques lettres un large éventail de traditions, d'images populaires et d'habitudes. Depuis deux ans, la Communauté de Communes Rhôny Vistre Vidourle a décidé de mettre en valeur toute l'activité économique que génère la Bouvine.
Poussiéreux, les acteurs du monde de la Bouvine ne le sont que lorsqu'ils viennent de trier pour sélectionner une course, ou lorsqu'ils ont attrapé un veau pour le ferrer. Le reste du temps, il sont comme tout un chacun, bien ancrés dans la réalité du quotidien et commencent à réaliser qu'ils participent à la valorisation de tout un territoire : celui de la Camargue (en PACA) et de la Petite Camargue, basses terres gardoises bornées depuis le Petit Rhône, jusqu'à Gallargues, et de la Costière de Nîmes jusqu'au Grau du Roi. La première image de la Bouvine est celle où se croisent, taureaux, chevaux, gardians, arlésiennes et raseteurs. Elle est bien réelle, mais a tendance à occulter toute la trame économique qui la soutient. Pour remédier à cet état de fait, et apporter des arguments chiffrés, la CC Rhôny Vistre Vidourle a travaillé depuis 2008, avec la Fédération Française de Course Camarguaise, instance officielle de l'activité Course Camarguaise, agréée par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, pour parvenir à chiffrer le poids économique de la Course Camarguaise et de ses traditions. Résultat, une estimation à minima de 30 M€ répartis sur les filières intimement mêlées que sont l'élevage, les courses, la presse, les fêtes votives, les vêtements, les vétérinaires, l'alimentation pour le bétail, la viande de boucherie et ses produits dérivés, les métiers du cheval, l'impact sur le tourisme…Sans compter l'impact écologique de l'élevage extensif du taureau qui permet l'occupation de terres humides, d'avril à novembre. L'aura mythique de ces terres sauvages, où chevaux blancs et taureaux noirs le disputent au rose des flamants est, elle, totalement inchiffrable. Mais elle vaut de l'or, tant elle est ancrée dans l'imagerie populaire non seulement européenne, mais mondiale. C'est le moment de penser à intensifier son exploitation, de façon intelligente. Aujourd'hui…on dit durable !
AOC Taureau de Camargue : le paradoxe de la qualité
Plusieurs conférences sont proposées durant le salon économique de la Bouvine, dont la première*, celle du vendredi matin (9 h 30), sera axée sur les "Avantages et contraintes d'une labellisation". Les productions de riz et de taureau sont largement impactées par un label rigoureux. En matière de viande il est particulièrement contraignant, car la production d'animaux qui restent sauvages, est soumise aux caprices de la nature et aux aléas de la sélection. Ne peut être reconnue AOC Taureau de Camargue que la viande issue de taureaux nés, et surtout abattus, dans la zone référencée. Or, il n'y a plus qu'un seul centre d'abattage qui soit géographiquement compétent : celui de Tarascon, de la société Alazard et Roux. Les taureaux nés et élevés à Saint-Gilles, s'ils sont abattus à Alès, ne peuvent plus prétendre qu'à la dénomination "Taureau de Manade ". Un moindre mal pour les consommateurs qui savent toutefois pouvoir compter sur une viande élevée à proximité, mais une restriction qui empêche certains restaurateurs, engagés dans la charte de qualité "Militant du goût" par exemple, de servir ce type de viande. Confrontés à une certaine irrégularité d'approvisionnement de l'AOC Taureau de Camargue, ils préfèrent n'en servir que ponctuellement.
Et pourtant, c'est cette relative difficulté qui garantit aux consommateurs une viande saine : on ne peut forcer les naissances d'aucune des trois races qui constituent le cheptel camarguais (la pure Bioù -essentiellement Camargue- la pure Brava-essentiellement d'origine espagnole- et la croisée). Loin des inséminations forcées dans des étables chauffées et compartimentées, les cornus camarguais vivent encore au rythme des saisons, et avant d'être abattus, font l'objet d'une attention particulière des éleveurs. Ceux-ci testent auparavant leurs animaux avant de les destiner à l'abattoir ou à l'arène. De plus en plus également, les manadiers ont développé leur propre réseau de vente en circuit court, qui garantit le naturel de la viande et sa traçabilité. Ils font toujours abattre à Tarascon, mais se chargent de la commercialisation, et délestent d'autant le marché. Comment leur en vouloir d'avoir compris que la maîtrise des coûts passe par la réduction du nombre d'intermédiaires ?
*Les autres conférences du salon porteront sur l'Agro-tourisme (vendredi, 14 h 30), le changement climatique (samedi 14 h), l'histoire de la Bouvine (samedi 19 h), la tenue vestimentaire des gardians (dimanche 9 h).
Entre tradition et réalisme : Une fenêtre sur la culture Camarguaise
Jacky Rey, vice-président de la Communauté de communes Rhôny, Vistre, Vidourle, est particulièrement concerné par la tenue du salon économique de la Bouvine : il est le maire d'Aigues-Vives, commune où celui-ci se déroule.
GARD ECO : Pourquoi la CC a-t-elle choisi votre commune pour y installer le salon de la Bouvine ? Jacky Rey : D'abord pour des raisons de logistique. Nous avons plusieurs sites accessibles et suffisamment vastes pour accueillir les exposants, ainsi que les voitures des visiteurs, le tout à très faible distance les uns des autres, et des arènes. Ensuite parce que notre village est très imprégné de culture taurine camarguaise.
GE : D'où vient l'idée du salon économique de la Bouvine ? J.R : De la volonté commune des élus de la CC de présenter l'ensemble du monde de la Bouvine. Il y a des salons autour du Taureau, du Cheval…mais nous c'est tout un monde que nous voulions faire valoir. La population dans les arènes compte trop peu de jeunes, la pression démographique amène chez nous une population qui ne connaît pas nos us et coutumes, et nous devons faire prendre conscience de la richesse de notre territoire en sortant des stéréotypes. On ne fait pas que la fête chez nous, on travaille, dans nos terres et dans nos entreprises. C'est ce que nous avons voulu démontrer en ouvrant une fenêtre sur notre culture.
GE : N'avez-vous pas peur d'être pris pour une énième fête votive ? J.R : Absolument pas. Même s'il y a un volet ludique à la manifestation, nous avons des rendez-vous professionnels, techniques et économiques. Nous accueillons des italiens cette année, dans le cadre d'un rapprochement européen, dont nous espérons qu'il débouchera sur notre participation au projet "Route des saveurs d'Europe". Nous prenons grand soin à valoriser le poids économique de nos traditions, et faisons très attention de garder intacte l'âme de la manifestation. D'ailleurs, les exposants ne s'y sont pas trompés, qui sont 100 cette année, contre 70 en 2008. Nous voulons faire respecter la place de la Bouvine dans le monde économique, ils l'ont bien compris.
GE : Comment réagit la population ? J.R : Nous avons été époustouflés dès l'année dernière par le succès rencontré. Il y a eu au moins 5000 personnes qui se sont déplacées. Rappelons que tous les accès sont gratuits. Et cette année, il y aura même le petit train de Palavas pour promener en famille ! D'un point de vue associatif également le salon a du bon. Il a eu le mérite de faire se rapprocher des clubs taurins de la commune qui, cette année, ont même décidé de gérer ensemble la soirée du samedi. Maintenir la flamme de la Fé di Bioù en gardant notre âme, c'est le credo de toute une population.
Peut-on vivre en faisant vivre la Bouvine ?
A la question qui sous-tend le salon d'Aigues Vives, la manade Bilhau est une réponse par l'exemple. A très faible distance des grands centres urbains de la région Camarguaise (Domaine d'Estagel - Saint-Gilles) le domaine de Jean-Marie Bilhau offre de nombreuses prestations autour des traditions locales, depuis la ferrade traditionnelle, jusqu'à l'organisation de séminaires, de mariages, en journées (et soirées !) à thèmes… Elles sont orchestrées par Michel Llorach, partenaire de la grande famille manadière, entrepreneur convaincu, et convaincant. "Maintenir nos traditions, c'est permettre de sauvegarder notre environnement hors de l'emprise des promoteurs, tout en créant une activité économique rurale directe et indirecte. Malgré les tracasseries administratives qui sont trop lourdes, nous avons à prouver notre poids et notre spécificité en étant rigoureux. Il faut arrêter de galvauder notre image avec des gardians en jeans et mauvaise chemise. Respecter nos traditions, c'est respecter nos visiteurs et donc garantir l'authenticité de la Camargue que l'on fait découvrir. C'est également nous donner les outils pour sauver les traditions de la Bouvine. Pour la corrida, je pense que notre combat est perdu d'avance tant elle est attaquée de toutes parts. Mais après la tauromachie espagnole, c'est à la nôtre qu'ils s'attaqueront. Le siège de la Bouvine a déjà commencé, il nous faut nous tenir prêts à une nouvelle levée des tridents. Nous ne pourrons le faire que dans la transparence et la fierté".
La botte Gardiane exporte principalement au Japon
La seule entreprise française spécialisée dans la fabrication des bottes de gardian camarguais et boots pour le cheval est installée à Villetelle, entre Nîmes et Montpellier depuis août 2004. Son usine de La Calmette avait été totalement inondée. Au total ce sont 11 personnes qui font de cette fabrication artisanale, toujours réalisée à la main, avec les meilleurs cuirs français, une production de qualité, dont la mode s'est emparée depuis longtemps. Née du monde de la Bouvine, la botte Gardiane a su gagner son autonomie. Aujourd'hui, 60 % de la production est exportée au Japon.
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