L'industrie en Languedoc-Roussillon : Mieux connaître le secteur pour mieux le soutenir
Un document de 90 pages a été présenté début décembre par Cyrille Schott, préfet de la Région Languedoc-Roussillon. Il fait le point sur un secteur qui, ces dix dernières années, a créé des richesses, contrairement à nombre d'autres régions.
Réalisé grâce à une collaboration entre la très pragmatique DRIRE et ses connaissances du terrain, et la très statisticienne INSEE dont l'approche chiffrée permet la synthèse, l'Atlas de l'Industrie en LR est de très grande qualité (sur le fond comme sur la forme). Il redonne au secteur industriel, un peu submergé par le secteur tertiaire, ses lettres de noblesse. Même si la croissance démographique régionale (la plus forte des régions françaises) valide la suprématie des Services, il faut toutefois compter avec l'Industrie qui représente une part significative de l'emploi régional (9 %). D'autant plus qu'en faisant appel aux autres secteurs, dont le tertiaire, elle produit un effet d'entraînement non négligeable. Ce type d'étude, qui n'avait plus été réalisé depuis 1994, surtout dans la période de crise qui commence à faire sentir ses effets, a pour but de pointer les atouts de l'Industrie languedocienne et son potentiel de croissance. Mieux armés, les chefs d'entreprises -et ceux avec qui ils doivent se consulter : les décideurs publics- pourront mieux se battre. Document de référence, après un envoi ciblé de 500 exemplaires papier, l'Atlas est accessible également au grand public grâce à une version téléchargeable gratuite, mise en ligne sur Internet. www.insee.fr
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Spécificité languedocienne
Répartition de la valeur ajoutée en région, par rapport à la France. Le secteur industriel affiche 9 % contre 15 % au plan national, mais l'agriculture est de 2 % supérieure, idem pour la construction (+ 1%) ainsi que le commerce (+ 2 %).
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La force de l'Industrie LR : sa faiblesse !
"Comparativement moins développée que dans d'autres régions, l'Industrie n'en possède pas moins une longue tradition qu'elle a su renouveler sans cesse, comme en témoigne un taux de création d'entreprises parmi les plus élevés en France", expliquent Alain Salessy (Directeur de la Drire) et Henri Théron (Directeur régional de l'Insee). Le tissu productif du Languedoc-Roussillon est essentiellement formé de petites et moyennes entreprises. Sur les 9700 établissements industriels, dix seulement comptent 500 salariés ou plus. C'est la taille des autres entreprises qui les rend moins sensibles aux mouvements de masse de la mondialisation. Sur la période 1990-2005, l'emploi industriel a mieux résisté que dans les autres régions avec des effectifs salariés diminuant seulement de 9 %, alors que dans le même temps, la baisse était de 19 % au plan national. On peut être petit, mais costaud. L'Atlas note que la valeur ajoutée de l'Industrie a continué de croître malgré la baisse des effectifs, grâce à des gains de productivité qui en font le secteur le plus compétitif, et la principale source d'exportation (avec la viticulture) de la région.
Deux moteurs essentiels
Petit rime aussi avec ingéniosité obligatoire. La recherche-développement et l'innovation permettent un renouvellement dynamique du tissu industriel, favorisé par la volonté de l'assemblée régionale qui consacre 2,1 % de son PIB à la recherche. C'est moins que les régions de Midi-Pyrénées (4,1%), Ile-de-France (3,1 %) ou Rhône-Alpes (2,5 %), mais plus que les régions de taille supérieure, comme le Nord-Pas-de-Calais ou Pays de Loire. Ce sont en moyenne 400 brevets qui sont déposés chaque année en LR, soit 3 % des brevets déposés en France. L'aide publique qui développe des parcs d'activités thématiques, a fait progresser de 3,9 % par an en moyenne le nombre de chercheurs, complément indispensable à la Recherche privée qui toutefois est celle qui progresse le plus (+ 9,2 % des effectifs). Les universités et différents laboratoires régionaux ont constitué des pôles d'excellence scientifique qui sont des gisements de valorisation. Les domaines les mieux représentés dans la recherche languedocienne sont l'agroalimentaire, la chimie-pharmacie, et l'énergie. Toutefois, petit, reste associé à fragile. Ce que sont les entreprises de petite taille, qui, si elles sont mal accompagnées, se font racheter avant d'avoir pu consolider leur position sur le marché.
Avantage naturel
En matière d'énergie, si le nucléaire reste indispensable et favorisé grâce à un parc d'activité installé aux portes mêmes de Marcoule, l'Atlas signale un fort potentiel de croissance dans le domaine de l'Environnement et des énergies renouvelables, parmi lesquelles l'eau est en passe de prendre autant de valeur que le soleil. Six cents chercheurs sont associés à la création d'un Cluster Eau (réseau d'entreprises du même secteur) qui à terme pourrait devenir un pôle de compétitivité (PC) et que la DRIRE aimerait rapprocher des deux autres PC : Trimatec (développement de procédés par ou pour le nucléaire) et Derbi (Développement des Energies Renouvelables dans le Bâtiment et l'Industrie). A propos des PC, le préfet Schott souhaite que "le territoire régional se les approprie" et qu'ils ne demeurent pas "la chose de l'Etat". Parvenir à faire mieux travailler ensemble les petites, mais inventives et dynamiques, entreprises régionales permettrait de résoudre une incohérence économique qui, jusqu'à présent était dommage. Aujourd'hui, avec la crise, elle est devenue vraiment grave : la DRIRE manque de projets pour mener des actions collectives, au point de ne pas savoir comment utiliser certains financements.
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Le Gard : Département le plus industrialisé de la région
En forte croissance démographique, le département du Gard a les mêmes difficultés que la région Languedoc-Roussillon pour résoudre l'équation : économie dynamique et pauvreté. Mais il a quelques atouts pour tenter l'opération.
Le Gard compte le plus grand nombre d'emplois industriels des cinq départements de la région : 29 000, soit 14 % des salariés du Gard et 38 % des effectifs industriels régionaux. Les établissements industriels y sont plus souvent de grande taille que dans les départements voisins et plus souvent contrôlés par des entreprises ou des groupes étrangers. Comme énoncé précédemment, ce sont les plus importantes entreprises des secteurs industriels anciens qui ont souffert de la mondialisation. La restructuration du textile s'achève avec la mise en œuvre du dernier plan social de Well. En revanche, à Sumène, dans les mêmes Cévennes méridionales, l'entreprise L'Arsoie, a renoué avec le succès grâce à sa production de bas de soie. Le marché du luxe a donné un nouveau souffle à cette spécialité et devrait permettre de nouvelles embauches.
Premier secteur industriel : l'agroalimentaire
D'un passé fort en histoire et en goût, le Gard a conservé des entreprises importantes qui dynamisent l'activité industrielle, mais dont la plupart sont détenues majoritairement par des capitaux étrangers. Ce qui ne manque pas de les fragiliser en matière d'implantation géographique. Haribo peut décider un jour de continuer à fabriquer ses bonbons à Marseille, et non plus à Uzès où jadis était fabriqué le réglisse Zan et Royal Canin possède 7 usines de production dont seulement deux en France (dans le Gard à Aimargues). Ce qui n'est pas le cas de Nestlé-Perrier ou Les Salins du Midi, entreprises liées au terroir. Avec la conserverie de fruits et la brandade, l'industrie agroalimentaire est le premier secteur industriel du Gard et emploie 5000 salariés. Elle est suivie par le secteur de la Chimie-Pharmacie qui emploie 2500 salariés, soit 60 % des effectifs régionaux du secteur. L'implantation dans le Gard est double : en cévennes, à Salindres (richesse des matières premières ) et à Aramon (Sanofi-Aventis), site géographique à proximité du couloir Rhodanien
Premier employeur, le nucléaire
Le Gard Rhodanien a lui aussi retrouvé des couleurs grâce au pôle nucléaire qui s'est construit autour du centre CEA VALRHO de Marcoule, acteur clef de la R&D et l'innovation en matière d'énergie, de défense et de sécurité. Avec environ un millier de personnes travaillant dans ce domaine, le site de Marcoule a développé des compétences mondialement reconnues dans les domaines de la chimie nucléaire, de la biochimie (un institut de chimie séparative est en cours de construction) et de l'entreposage des matières radioactives. Enjeu majeur de l'industrie gardoise il regroupe autour de lui des entreprises innovantes importantes comme Cisbio international, développeur mondial de technologies utilisées dans le développement de tests et de procédures de criblage de médicaments destinés à faciliter la découverte de médicaments ; SOCODEI, filiale du groupe EDF à vocation industrielle, spécialisée dans le traitement et le conditionnement des déchets faiblement radioactifs ou MELOX, fabrication d'assemblages combustibles MOX (recyclage du plutonium), destinés à alimenter les réacteurs à eau légère de différents pays.
Gisement de Matière grise
Parallèlement à Marcoule, le département a la chance de posséder des unités de recherche en pointe dans le biomédical (cyclotron de Nîmes) ou l'environnement, avec le Laboratoire de Géochimie isotopique environnementale de l'Université nîmoise Unîmes (Recherche sur les formations géologiques Profondes dans le cadre de la loi dite "Bataille" sur la gestion des déchets radioactifs). Mais le gisement le plus ancien de cerveaux au service de l'industrie reste la prestigieuse école d'ingénieurs des Mines, l'EMA, qui sur deux sites gardois (Alès et Nîmes) offre au département un monumental espoir d'avenir industriel.
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