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L’Art et la manière PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 20 Avril 2009 15:12

Chemins d'Art 2009 : du 1er au 10 mai : Un hymne à la création artistique

Devant les personnages longilignes en plâtre blanc de Laurence Pecquet (a g ;), artiste installée à Vézénobres, Esther Freitag (cheveux courts) et Linda SaundersL'association Ateliers ouverts invite les amateurs d'art, et ceux qui le deviendront forcément en découvrant le talent niché au sein des 80 ateliers qui participent, à découvrir des artistes, mais aussi une région riche par la diversité de ses propositions.

Deux femmes sont à la tête de l'association qui, voici trois ans, décida de proposer aux artistes qu'elles appréciaient l'ouverture des portes de leurs ateliers. Aucune des deux n'est originaire du Gard, encore moins du sud de la France. La présidente, Linda Saunders est Ecossaise et Esther Freitag, une allemande, est son vendredi. L'idée est venue de Linda, galeriste en Ecosse et à Londres, fort surprise, mais ravie, de trouver en Cévennes quantité d'artistes de grande valeur, alors qu'elle y cherchait une maison. Linda a déjà créé le même type de manifestation en Ecosse (Art Trails depuis 6 ans) et à Cambridge (Open studios depuis 25 ans), lesquelles connaissent un succès jamais démenti. Amie avec Armand Berthe, artiste alésien qui a côtoyé Chagal et Picasso, Linda a eu vite découvert les ficelles à tirer pour découvrir les valeurs artistiques sûres, réparties dans un périmètre qui va de Villeneuve-lez-Avignon à Ganges et Le Vigan, et de Nîmes à Genolhac.

Ce que femme(s) veut !

Par amitiés interposées, Linda a rencontré Esther. Employée à l'Office du Tourisme de Vézénobres, celle qui est installée en Cévennes depuis plus de 25 ans, passe sans effort d'un Français parfait aux accents sudistes, à l'Anglais. C'est son sens de la communication qui a permis le lancement de l'association Ateliers ouverts, et l'investissement personnel des deux femmes, rejointes par Sophie Thibault, graphiste, qui est venue à bout des premières difficultés : financement (mise de fonds de Linda Saunders), demandes de subventions (nos méandres administratifs déconcertent nos amies européennes), recherche de sponsors, création d'un catalogue… En trois ans, le projet s'est étoffé, les artistes sont de plus en plus nombreux à participer et, comble de réussite pour les instigatrices "Ils communiquent de plus en plus entre eux, s'appellent pour faire des expos ensemble, s'apprécient". Les lieux d'exposition que l'on découvre sur le catalogue ou le site internet (www.ateliers-ouverts.com), ne sont pas les seuls à jalonner les chemins proposés, les relations humaines y participent aussi.

 

Spécialiste d’antiquités indiennes et chinoise, Azimuth,soutient les Chemins d’Art dans leur ambition de développer un itinéraire sur l’ensemble du Languedoc-Roussillon. Tourisme culturel

Linda a compris qu'en France, et dans notre région, "il n'y a pas de collectionneurs assidus", mais elle ne désespère pas d'aider certains à le devenir. En attendant, c'est à l'étranger qu'elle entend aller les chercher. "Nous avons l'idée d'un package qui passerait par un partenariat avec Ryanair, les agences de voyages, les gîtes, les chambres d'hôtes… surtout à la période d'avant saison que nous avons choisie, elle est idéale pour une clientèle relativement aisée, qui recherche des centres d'intérêt transversaux. Chemins d'Art, c'est également l'occasion de découvrir le paysage, les produits du terroir, tout ce qui fait le particularisme de notre région, et sa richesse".

 

 

Artiste engagé : Stéphane Roos, artiste en continu

09-04-21-roosCôté pile, Stéphane Roos est délégué départemental d’un établissement scientifique de renom. Côté face, il perd son prénom et devient tout simplement "Roos", artiste peintre engagé. Pas question pour autant de considérer la peinture comme un simple loisir, mais comme un second métier, pour lequel il a créé une micro-entreprise.

Autodidacte, Stéphane Roos a découvert la peinture à l'huile à l'âge de 30 ans. Mais bien que n'ayant pas suivi de formation spécifique, cet amoureux de l'art s'appuie sur une très solide culture artistique, qu'il considère comme l'un des pré requis nécessaires à une expression personnelle : "L'expression artistique est un mix de beaucoup de choses. Picasso disait qu'il faut 1% de talent pour 99% de travail, et bien que je le trouve un peu pessimiste sur ce point, le temps à consacrer au travail demeure considérable. Mais avant tout, il faut avoir en soi l'envie d'exprimer quelque chose, et l'amour de l'esthétique". 

Cette passion pour "le Beau", Stéphane Roos la pousse jusqu'à la création d'un mouvement artistique qu'il baptise "Art continu", en opposition à un Art contemporain auquel il s'oppose : "L'art contemporain officiel se résume à ce que l'on appelle l'art conceptuel. Grosso-modo, on essaie d'exprimer une position de l'artiste face à plein de choses, pour in-fine, s'extasier devant un caca séché accroché au bout d'une ficelle. Très souvent, ces œuvres n'ont pas de dimension artistique intrinsèque".

Au delà de la remise en question de l'esthétisme, c'est tout un modèle économique que dénonce Stéphane Roos. Un système perverti au point que la valeur d'une œuvre n'est plus dictée que par l'investissement consenti par les mécènes, et qui permet l'éclosion d'artistes jetables, maîtrisant la communication quand leurs aînés maîtrisaient les pinceaux.

L'atelier de Stéphane Roos, situé sur l'ancienne gare de Junas, sera ouvert au public dans le cadre des Chemins d'Art. Plus d'infos : 06 70 79 88 61

 Sauve : Un modèle artistique de développement raisonné

Outre sa spécialité pour la fabrication des fourches à trois branches en bois de micocoulier, la commune de Sauve semble, au fil des ans, s'imposer comme un lieu d'installation privilégié pour les artistes. Face à ce constat, la nouvelle municipalité affiche sa volonté de dynamiser ce village sur le plan culturel et artistique, afin de porter plus haut encore la réputation de Sauve.

Galerie "Vidourle prix" : Aux abord du pont qui enjambe le Vidourle, la galerie "Vidourle prix" a quelque chose d'improbable. Cette ancienne épicerie, dont subsiste le nom, abrite pourtant quelques perles d'éclectisme, dont des œuvres d'Aline Crumb, artiste qui, avec son mari Robert Crumb - célèbre pour ses bandes dessinées outre atlantique - font un pont entre New-York et Sauve ! Au sous-sol, les créations de poteries de la colombienne Julia Katan renforcent ce sentiment de brassage. L'une des premières singularités de Sauve, lorsque l'on s'intéresse à sa démographie, réside dans le constat que sur une population de près de 1800 habitants, plus de 40 nationalités différentes sont représentées. Lorsqu'on l'interroge sur l'origine de cette particularité, le Maire de la commune, Bernard Marion, explique ce brassage par l'ouverture culturelle de son village : "Depuis plusieurs dizaines d'années, Sauve attire des artistes et des intellectuels, porteurs de projets d'art". Bien que n'étant pas artiste dans l'âme, mais "ouvert à toutes les formes d'art", Bernard Marion compte bien mettre à profit tous les atouts de sa commune, tout en demeurant réaliste quant aux moyens disponibles : "Ce que nous ne pouvons pas faire, c'est donner des bourses pour financer des artistes. Par contre, c'est le rôle de la commune que d'aider à valoriser ses ressortissants, à travers des expositions par exemple". Une volonté suivie d'effet, puisque le bâtiment de la Tour de Mole, après d'importants travaux de rénovation, sera désormais dévolu à l'exposition artistique.

Soraya Touat : En s'installant dans une partie du palais des Comtes de Sauve, Soraya Touat a voulu un lieu basé sur la capacité des artistes "à se nourrir de la différence de l'autre". Son association "OA6" organise une exposition tous les trois mois, et un concert par mois, dont les styles peuvent aller du Jazz au Hard-rock, pourvu que ça brasse ! Quand à l'expo, ne cherchez pas de salle dédiée, c'est en arpentant les différentes pièces que les œuvres se dévoilent. Sa recette : "Un homme et une femme avec un peu de folie, et pas mal de rêve". La fête du travail, ou de l'Art

Depuis une dizaine d'années, le 1er mai est devenu l'un des rendez-vous phare des artistes locaux avec le public, à l'occasion d'une journée "portes ouvertes" proposée par l'ensemble des artistes et des artisans. Concert dans l'église ou sur la place du village, exposition dans les restaurants, défilé de mode proposé par les créateurs locaux, tous se mobilisent pour qu'avec les visiteurs, le village tout entier s'anime autour de la création artistique. Native de Sauve, et créatrice de mode, Karine Dubois incarne cette volonté au sein de l'équipe municipale, en portant sur ses épaules la coordination des toutes les bonnes volontés pour assurer la réussite de ce rendez-vous dont le thème central sera cette année "le recyclage". Au final, une manifestation qui prend chaque année plus d'ampleur, avec un budget qui se limite à la subvention de 2000 € accordée par la communauté de communes.

Tout plaquer pour la campagne

Anne-Marie Idoux : Attirée par la luminosité particulière, et les paysages offerts par les Cévennes, Anne-Marie Idoux a également trouvé à Sauve une proximité artistique propice à son inspiration. Grâce aux rencontres et aux ateliers de travail organisés avec d'autres artistes locaux, elle découvre, explore et applique de nouvelles techniques dans ses œuvres. Conscient des atouts intrinsèques de son village, tout autant que des efforts à accomplir pour assurer un développement raisonné de sa commune, Bernard Marion constate que Sauve ne fait pas partie des villages qui se désertifient. Mieux, cet attrait au sein du monde de l'Art se retrouve dans la revalorisation du patrimoine bâti. L'un des principaux chantiers de son mandat sera à ce titre de réaliser un plan de rénovation des façades. En arpentant les rues du vieux village, le Palais des Comtes de Sauve, reconverti en lieu de création artistique, illustre cette valorisation croisée. Tombée sous le charme de ce lieu, Soraya Touat avoue avoir décidé de tout plaquer en une demi-heure. Elle -artiste peintre-, et son mari -chef d'orchestre- vivaient à Amsterdam, bercés par le brassage d'une telle capitale cosmopolite. "J'ai découvert qu'il était possible de vivre à la campagne, loin des lieux "fashionables" de la création, explique l'artiste. Le niveau de brassage que l'on rencontre à Sauve peut rivaliser avec une ville comme Amsterdam".  Si bien que son choix est devenu une source d'inspiration pour bon nombre d'artistes de passage, confirmant Sauve dans son statut si particulier pour l'Art.