Joseph Monier, inventeur du Ciment armé PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 02 Décembre 2008 00:00

Rachat de Lafarge Couverture : Le nouveau groupe prend le nom du gardois

La vente de la division Toitures de la société Lafarge à un fonds d'investissement américain, PAI Partners, en février 2007 a donné naissance, en juillet 2007, à une entreprise indépendante qui porte le nom du natif de Saint-Quentin-la-Poterie.

La maison mère Groupe Lafarge conserve 35 % de parts dans la nouvelle entreprise, mais celle-ci marque son indépendance en délaissant le nom de Lafarge au profit de Groupe Monier, en référence à Joseph Monier, fondateur du groupe Monier-Cedimat (voir page ci-contre). Sa mission reste toutefois identique, être "le premier choix pour les toitures inclinées". Si la démarche peut surprendre les français qui ont mis bien du temps à reconnaître les mérites du gardois, en revanche, dans de nombreux pays étrangers (28 implantations), le nom de Monier était déjà connu. A l'origine (1919), la marque était Australienne et s'est développée vers l'Afrique du sud. Son rachat par Redland (Royaume-Uni) en 1969 a amené l'expansion en Asie du sud-est, puis vers les Etats-Unis. Le rachat de Redland par Lafarge en 1997 a débouché sur Lafarge Roofing (Roof/couverture), vendu en 2007. Le marché de la construction est en pleine expansion dans les deux marchés principaux que sont la Chine et l'Inde. Le Groupe Monier y sera  mieux perçu, son nom étant aussi solidement ancré que le sont les constructions en béton armé (béton : mélange de ciment, de sable, de gravier et d'eau). Présent dans 46 pays, Monier entend, selon son président de l'activité française Stephane Lecat "lancer 10 nouveaux produits sur 24 mois", dont des systèmes d'énergie solaire pouvant être intégrés à la toiture. Des investissements de 200 M€ sont annoncés pour dynamiser l'activité. Joseph Monnier ne pouvait espérer meilleure utilisation de son nom.

Lib industries : Joseph Monier aurait adoré !

Dirigé par Jean-Louis Gaziello, le groupe Lib a réalisé en 2007 un CA consolidé de plus de 70 M€, avec un effectif de 350 personnes. La production a dépassé 700 000 tonnes de béton et 50 000 tonnes d'aciers transformés.La première usine du groupe français, est née en 1952 à Vers-Pont du Gard, à quelques kilomètres du village natal du père du ciment armé.

Fort de quatorze implantations le groupe Lib fabrique et commercialise des produits de gros œuvres pressés (agglomérés, piliers…) et des aciers transformés (poutrelles treillis, armatures…), pour aménagements intérieurs (bâtiment) et extérieurs (dalles, margelles, balustres…). L'usine Lib Industries située ZI de Saint Césaire à Nîmes, est la première, et la seule actuellement dans le Gard (d'autres sites sont en cours de labellisation) à détenir la certification NF FDES. Cette norme française certifie les caractéristiques environnementales et sanitaires des blocs en béton de granulats courants et légers, et commence à être connue par le grand public sous le label Blocalians. C'est pour anticiper les nouvelles normes des matériaux de construction, dont l'application sera obligatoire en 2011, que des industriels du bloc béton ont décidé de s'engager dans une démarche de respect de l'environnement, et qu'ils le font savoir par l'intermédiaire d'une importante campagne de publicité. Le Centre d'études et de recherches de l'industrie du béton (CERIB) a mis au point en 2006 une méthodologie de certification de conformité à la Fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) qui permet au bloc béton de participer à la démarche HQE (haute qualité environnementale) des ouvrages du bâtiment. Indispensable pour changer l'image du bloc béton, malmené par les nouvelles aspirations du grand public.

Le bloc béton joue la transparence

Poutrelles en bois patiné ? Non, béton armé dernière générationLe béton est un matériau diversement apprécié, suivant qu'il sert à l'édification de grands ouvrages d'art, glorifiés, comme l'est le pont de Millau, ou à monter les murs d'une maison. Qu'on l'appelle cairon ou parpaing, le bloc béton se retrouve dans 70 à 80 % des maisons individuelles construites. Mais il est de plus en plus concurrencé par la terre cuite et les autres solutions écologiques proposées. Ce qui a incité les industriels du bloc béton à adopter une communication offensive pour faire valoir des arguments chiffrés*. S'il est vrai que la fabrication du ciment participe à la pollution de l'atmosphère**,  il est effectif qu'il n'entre que pour 15 à 20 % dans la fabrication du bloc béton.. Un bloc béton c'est aussi du gravier, du sable et de l'eau. Vibré et compacté, puis démoulé, il sèche à l'air libre sans plus d'utilisation d'énergie. Livré sur des palettes consignées, il n'est plus qu'une pierre inerte lors d'une déconstruction, et peut être réutilisé comme remblais après concassage. Dernier argument, amplifié en période d'augmentation du coût du carburant, le nombre et la répartition équilibrée des sites de fabrication (près de 400 en France), limite les distances de transport des produits. Les industriels du bloc béton ne sont décidément pas prêts à céder du terrain à des matériaux nouveaux et mettent au point des produits innovants qui intègrent esthétique et fonctionnalité.

*Site www.blocalians.fr. On consultera avec intérêt le " Tableau comparatif des bilans environnementaux du bloc béton et des autres systèmes constructifs "

**La production d'une tonne de ciment entraîne des émissions de 0,9 tonnes de CO2 libérées par la combustion de carburant et la calcination des matières premières
Chez Calcia, un nouveau ciment piège désormais certains gaz de façon chimique grâce au principe actif photocatalytique, et le gouvernement dans le cadre du Grenelle de l'Environnement va mettre en application le principe de bonus-malus sur la réduction de CO2 et de poussières

Livre et exposition sur Joseph Monier : Un ancien cadre de Lafarge sort le gardois de l'oubli

L'exposition Joseph Monnier a été accrochée cet été place de la Mairie, et devrait devenir permanente dès que la base de la tour, rachetée par la municipalité, aura été aménagée. Jacques Degenne aura certainement passé plus de temps à Saint-Quentin-la-Poterie que Joseph Monier, qui pourtant y est né. Mais le premier y a pris sa retraite, alors que le second en est parti très jeune, à 19 ans, pour Paris.

Le temps est l'allié de Jacques Degenne qui s'est découvert une passion : l'écriture.  L'histoire de sa mère, qu'il n'a pas connue, lui a fait prendre conscience de son envie et de sa capacité d'écrivain. Actuellement il travaille sur un ouvrage qui pourrait s'intituler "De Jules à Jules" : César pour le premier, Verne pour le second. Une période de -40 avant J.C et les prémices du Pont du Gard, à 1878 et les inventions décrites par l'écrivain du XIXème qui passionne l'auteur. Lequel, par la liberté de la création, estime qu'il a pu côtoyer Joseph Monier.  Ce génie ignoré, issu du même coquet village gardois de l'uzège, et qui a poussé Jacques Degenne à faire des recherches longues et méticuleuses. Ancien cadre commercial chez Lafarge, Jacques Degenne a choisi Saint-Quentin un peu par hasard, lorsque, avec son épouse, il cherchait une maison dans le sud. Rénovée durant de longues années, à l'heure de la retraite, elle est devenue la résidence principale du couple. Elle est située à deux pas de la rue où est né Monier, cet inventeur à peine connu dans son village d'origine, mais dont le nom pourtant apparaissait à partir de 1997 (voir page précédente) dans les bottins distribués chaque année aux cadres du Groupe Lafarge. Afin de maîtriser au mieux un domaine qui demande des connaissances techniques très précises, Jacques Degenne s'est adressé à des spécialistes et des universitaires, comité qu'il cite dans la préface de son livre, "Joseph Monier et la naissance du ciment armé". Le livre a pris corps après que Jacques Degrenne ait collecté documents et informations, consacrés tout d'abord à une exposition. Celle-ci a eu lieu en 1999, et a beaucoup intéressé le public. De cette première reconnaissance, la concrétisation est venue en 2001, tant il a fallu de temps pour enquêter et vérifier des données parfois arides ou emmêlées. Le Groupe Lafarge a, logiquement, participé au financement de l'ouvrage, et bientôt une exposition permanente devrait être installée dans la base de la tour qui surplombe le village.

Joseph Monier et la naissance du ciment armé - Editions du Linteau, 52 rue de Douai, 75 009 Paris.23 E. Contact dans le Gard : 04 66 22 58 70

Génial autodidacte, mais mauvais commercial

Joseph MonierJoseph Monier est né le 8 novembre 1823 à Saint-Quentin, village d'Uzège qui ne s'appellera La Poterie qu'en 1889. Il est le sixième enfant d'un père jardinier qui, comme plusieurs de ses ancêtres, "appartient" aux ducs d'Uzès, propriétaires d'une grande partie des terrains environnant la ville. Comme beaucoup d'enfants de l'époque, Joseph aide ses parents, et ne va pas à l'école. Remarqué par le duc qui apprécie son ingéniosité, Joseph Monier "monte" à Paris pour entretenir le jardin de l'hôtel particulier du noble, et en profite pour apprendre à lire et à écrire dans des cours du soir. Il lui faudra certainement beaucoup de force de caractère pour apprendre au duc, quatre ans après son arrivée dans la capitale, qu'il quitte son service pour entrer aux jardins du Louvre. C'est dans l'orangerie des Tuileries qu'il pense à consolider les caisses à orangers, trop fragiles, en projetant du ciment sur du grillage en fer. On est en 1860, Paris se métamorphose et le ciment inventé par Louis Vicat, devient un matériau courant. Joseph Monier, lui, est devenu un horticulteur paysagiste reconnu, spécialiste de la création de rocailles, très à la mode. Il a l'idée, pour solidifier les bassins, réservoirs d'eau, abreuvoirs d'utiliser sa technique. C'est le départ de la prospérité de l'entreprise Monier et d'une longue liste de brevets déposés.  Dans les années 1870, Monier collectionne les médailles dans les expositions et concours d'horticulture, et adapte sa technique à la construction de ponts, moins lourds et plus solides. Après son premier brevet, en 1867, il déposera six additifs et cinq nouveaux brevets. Pourtant le milieu du bâtiment reste sceptique face aux inventions de Monier, même si par la suite le système est plagié. C'est en Allemagne que Monier est véritablement reconnu, au point de voir ses brevets achetés. Mais il n'est pas à la hauteur de ses interlocuteurs, des hommes d'affaires aguerris, et il finira par faire faillite en 1888. Une véritable indignité dont découle une incapacité électorale et qui contribue à une fin de vie cruelle, malgré le soutien d'entreprises étrangères (Amsterdam, Berlin, Budapest, Moscou, Vienne) qui lancent une pétition estimant qu'après avoir payé largement leur part d'invention, c'est désormais aux "autorités publiques" d'intervenir en faveur du vieillard "d'autant plus qu'elles ont commencé à prendre des mesures pour assurer la vieillesse des ouvriers… ". Pas rancunier, l'inventeur du ciment armé remercie les pétitionnaires en se disant "trop heureux d'avoir pu réaliser une invention profitable à tous les peuples civilisés" et meurt le 13 mars 1906 après avoir appris que 70 ingénieurs, entrepreneurs et industriels français sollicitaient pour sa famille un bureau de tabac, aide alors accordée aux personnes méritantes et nécessiteuses.