| Interview de Franck Proust / "Il faut une nouvelle dimension" |
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| Lundi, 17 Octobre 2011 08:00 |
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La Grèce, les banques, Dexia... L' Europe est dans la tourmente et au cœur de l'actualité. Rencontre avec le nouveau député européen (PPE), Franck Proust, également premier adjoint (UMP) au maire de Nîmes, et vice-président de l'agglomération, en charge du développement économique.
Cela a été beaucoup de travail pendant la période estivale sur une mise à niveau des dossiers puisque j'ai intégré la commission commerce internationale. J'ai la suppléance aussi en affaires étrangères. Il y a deux dimensions dans ce mandat de parlementaire européen : une vision macroéconomique et microéconomique. Mon appartenance à cette commission me permet d'avoir une vision sur les problématiques européennes par rapport au reste du monde. Dernièrement on a été reçu à Taiwan sur les accords de réciprocité. Quand on travaille en commission, ce sont des problématiques hebdomadaires, par rapport aux classifications de produits. Ensuite je suis très sensible à la partie locale de mon mandat. J'ai des sujets comme la nouvelle classification des régions intermédiaires, dans laquelle le Languedoc-Roussillon pourrait rentrer (voir éclairage). Je suis en train de travailler sur la future gare TGV de Manduel, qui est pour moi un grand projet d'aménagement du territoire sur l'arc méditerranéen, qui va nous permettre de défendre ce type de dossier sur des fonds européens. Le troisième volet de mes interventions concerne l'agriculture. Il y a deux sujets sur lesquels la France prend des positions très fortes avec un président de la République on ne peut plus motivé. Les droits de plantation* d'abord. D'énormes efforts ont été faits en Languedoc-Roussillon sur la qualité viticole. On a beaucoup arraché, ce n'est pas pour aujourd'hui replanter à tout-va et aller plonger dans l'ultralibéralisme. Il faut conserver notre patrimoine viticole. Il fait partie de la culture de notre pays. C'est également une vitrine économique, encore faut-il que nos viticulteurs vivent de leur vins. On se bat beaucoup aussi sur la réforme de la PAC, qui sera révisée à partir de 2012, et surtout sur son assiette budgétaire. J'étais européen avant, je le suis d'autant plus maintenant. Face à des monstres comme la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Europe a besoin d'être soudée pour résister à l'ensemble de cette mondialisation, avec une fragilité financière au quotidien. Ceci dit, je suis nîmois avant tout et je défends les intérêts de ma région. Il y a beaucoup d'argent qui est distribué en Europe. Je trouve qu'actuellement il est assez peu utilisé. Les fonds ne sont pas réclamés, pas suffisamment exploités. J'ai donc un rôle pédagogique au niveau des élus, des institutions, des citoyens. Je ne suis pas là comme n'importe quel parlementaire deux jours par semaine. Mais je suis nîmois et je reste nîmois avant tout.
Dexia, les banques, les dettes souveraines. Tout le monde dit, face à la crise, qu'il faudrait plus d'Europe. Comment arriver à une gouvernance économique commune ? On a voté il y a deux semaines une résolution au parlement européen. La Commission européenne et son président Jose-Manuel Barroso ont enfin pris le taureau par les cornes. Cela faisait deux ans que Nicolas Sarkozy le demandait. Barroso a enfin décidé qu'il y aurait une gouvernance, avec une taxation sur les marchés financiers, donc l'embryon d'une véritable stratégie financière européenne. Vous trouvez qu'elle a traîné ? Oui, elle a manqué de courage politique. Qui fait les propositions ? C'est la Commission qui doit être à l'initiative. Nous, les parlementaires on est là que pour amender. Barroso a privilégié un peu trop la diplomatie par rapport à l'efficacité. Il est vrai que quand vous gérez une communauté d'agglomération - à Nîmes 27 communes - on voit bien que tout est en nuances. Vous imaginez quand il y a 27 pays... On voit qu'il y a parfois trop d'Europe, parfois pas assez. L'Europe monétaire s'est faite avec l'euro. Vous imaginez aujourd'hui si nous étions toujours au franc, quand on se remémore dans le business les variations entre monnaies. Le retour au franc serait un suicide politique et économique. L'Europe monétaire s'est faite, mais pas l'Europe économique. Et encore moins l'Europe politique. Donc il faut aller un petit peu plus loin avec une gouvernance économique. On a du mal à voir où est-ce qu'on peut aller plus loin ? Nicolas Sarkozy et Angela Merkel gèrent au jour le jour la crise. Faut-il qu'ils abandonnent cette souveraineté-là et délèguent à quelqu'un d'autre ? Je pense qu'à terme il faudra un gouvernement élu au suffrage universelle. Mais sachant que je suis pour le principe de subsidiarité. Je ne vois pas en quoi l'Europe s'occupe de la tauromachie ou de nos traditions, ou de nos valeurs. L'Europe doit fixer les grandes lignes, protéger, développer le marché intérieur et extérieur. Sur le plan de la sécurité, de la défense, sur la politique de l'immigration. Il y a des économies d'échelle qui pourraient se faire. Voilà où il faut qu'il y ait plus d'Europe ! La crise n'est-elle pas en train de contaminer l'économie réelle avec un grippage du crédit comme en 2008 ? Grippage du crédit et, et du moral. Je suis assureur dans ma vie professionnelle. Je vois bien comment les gens réagissent. Il faut se mettre à la place des consommateurs aujourd'hui. Ils se posent des questions. Vous entendez que les banques s'écroulent. Les gens thésaurisent mais ils ne savent plus très bien où ils doivent mettre leur argent : dans l'immobilier, sur leurs comptes courants, dans des assurances vie, des plans d'épargne. C'est le flou artistique pour tout le monde. Aujourd'hui la révolution numérique a amplifié la crise. L'autre jour, j'étais avec des patrons du CAC 40. Quand on regarde l'économie en tant que telle, les résultats ne sont pas si mauvais que cela. C'est l'économie virtuelle qui ne va pas bien. Regardez comment une stagiaire à Londres a pu faire chuter de 20% le cours de la Société générale. Il suffit d'une rumeur pour que les marchés s'effondrent. Vous êtes aussi en charge du développement économique à l'Agglo. François Fillon a annoncé le déblocage de trois milliards d'euros par la Caisse des dépôts pour aider les collectivités locales, plombées par les difficultés de Dexia. Malgré la réforme des collectivités, est-ce qu'elles ont les moyens de leurs ambitions ? J'espère une chose, c'est que quelque soit le président de la République élu en mai 2012, on ne reviendra pas sur la réforme des collectivités. Parce qu'on a créé que des structures supplémentaires, et on en a supprimé aucune. Il y a des structures qui avaient une légitimité un moment donné et qui aujourd'hui n'ont aucun sens au niveau de la spacialisation du territoire. Aujourd'hui raisonner au niveau d'une ville ou d'un département...moi je m'exprime au niveau de l'arc méditerranéen. Au niveau des pôles de compétitivité, le jour où on a voulu s'associer à Montpellier, on n'avait pas la masse suffisante. Dès qu'on a rajouté Marseille, on a eu de suite la labellisation. Sur une université autonome comme celle de Nîmes, il faut travailler dans le cadre d'un Pres (pôle de recherche et d'enseignement supérieur) qui est en panne aujourd'hui à mon grand dam. Il vaudrait mieux avoir une université Sud de France qui couvre l'arc méditerranéen et où l’on ait une trilogie : un diplôme, un étudiant, un emploi plutôt que d'être diplômé de Nîmes en tant que telle. Il faut avoir un diplôme qui pèse. On s'aperçoit qu'il faut que la nouvelle génération d'hommes politiques, de droite comme de gauche, puisse penser différemment sur le territoire. Il faut avoir la dimension nécessaire. C'est l'enjeu de la pensée politique de demain, parce que c'est pas simple. Et quand je dis cela, je suis profondément attaché à ma ville et profondément nîmois mais c'est pour que Nîmes réussisse. *Le droit de plantation est un outil de régulation viticole que l'Union européenne
Des fonds européens en hausse ?Le Languedoc-Roussillon était classé jusqu'à présent niveau deux dans le domaine économique par la Commission européenne. "Pour projet économique, on était financé à hauteur de 50%, explique Franck Proust. Si on restait au niveau deux, la part tomberait à 30%". Cette nouvelle catégorie, baptisée région intermédiaire, concerne les territoires dont le PIB par habitant se situe entre 75% et 90% de la moyenne européenne. C'est le cas du Languedoc-Roussillon. "Avec la décision d'avoir cette nouvelle classification, on aura la possibilité d'avoir jusqu'à 70% de financement de l'Europe", s'enthousiasme le député, qui espère que la région sera retenue. L'enveloppe européenne serait alors plus conséquente à partir de 2014. |






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