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Les dés sont jetés pour cette nouvelle édition du concours Innov'Up, et nous connaitrons dans quelques semaines les lauréats qui se partageront la dotation globale de 60 000 euros attribuée par la CCI de Nîmes, le Grand Alès et Nîmes Métropole. Mais outre les porteurs de projets, notre territoire est déjà l'un des grands vainqueurs de ce concours. Car avec plus de 150 inscriptions, dont la provenance dépasse largement les frontières du département, Innov'Up s'affirme comme l'un des rendez-vous phare de l'innovation en Languedoc-Roussillon. Et si ce secteur est l'un des plus dynamiques de la région, il en est aussi l'un des plus complexes, en présentant à la fois un nombre important d'entreprises performantes, et un poids économique relativement faible face aux activités traditionnelles. Parmi les nouveautés de cette édition, l'apparition d'un classement thématique des dossiers nous permet d'ores et déjà de tirer les grandes tendances des secteurs qui portent l'innovation : Près de la moitié des dossiers déposés concernent les technologies de l'information et de la communication (TIC), et un quart d'entre eux sont liés au développement durable.
L'innovation en Languedoc-Roussillon
Si le Languedoc-Roussillon est bien une terre propice à l'innovation, les "jeunes pousses" de la nouvelle économie sont encore loin de faire de l'ombre aux activités économiques traditionnelles. C'est en tous cas ce que tend à mettre en évidence la dernière étude du système d'innovation régional, menée pour le compte du Conseil Régional et de la Préfecture de Région. On y apprend en effet que, par certains aspects, le Languedoc Roussillon excelle, se classant par exemple au septième rang des régions françaises dans le secteur des TIC (Technologies de l'information et de la communication) par le nombre d'entreprises, avec une hausse de plus de 12% des effectifs entre 2000 et 2005, là où la moyenne nationale ne dépasse pas 1% de croissance. Grâce à une concentration de TPE innovantes, notamment dans des domaines tels que le multimédia ou les technologies logicielles (qui absorbent localement à elles seules 50% des budgets d'OSEO Innovation), la valeur ajoutée des entreprises régionales de moins de 50 salariés s'affiche même comme deux fois supérieure à la moyenne nationale.
Seulement voilà, à elles seules, ces entreprises, trop petites et trop isolées, ne suffisent pas à peser sur l'économie régionale de façon significative. Le tissu local, très majoritairement constitué de TPE dans les services, l'artisanat, l'agroalimentaire ou le BTP, ne peut pas compter uniquement sur l'innovation pour doper sa croissance. D'autant que ces activités traditionnelles semblent peu soutenues lorsqu'elles tentent de se montrer innovantes. Car si l'accompagnement des porteurs de projets de technologies innovantes est considéré comme particulièrement efficace en Languedoc-Roussillon, grâce notamment à des moteurs tels que Innov'Up, il apparaît dans le rapport produit par le cabinet Thierry Bruhat Consultants & Collaborative Economics que "les petites entreprises qui ont un projet d'innovation d'organisation, de distribution ou de produit et qui ne mobilisent pas à proprement parler de technologies auront du mal à se retrouver dans la palette d'aides à l'innovation à leur disposition en Languedoc-Roussillon". Ce que ces experts décrivent comme une stratégie du "technology push", au détriment du "market pull".
Transferts de technologies S'il apparaît clairement que l'innovation constitue l'un des enjeux pour la compétitivité et la croissance des entreprises, la question des moyens demeure cruciale face à la gestion d'un quotidien déjà complexe. D'autant que l'innovation ne s'improvise pas plus qu'elle ne se décrète. L'entreprise doit pour y parvenir, développer ses compétences et adopter des méthodes : remettre en cause sa façon de concevoir, développer, produire, lancer et vendre de nouveaux produits, tout en gérant les opérations quotidiennes. Là encore, le comportement du tissu local est paradoxal : si le Languedoc-Roussillon est l'une des premières régions de France pour la densité de sa population de recherche (16,4 chercheurs publics pour 10 000 habitants), et par le financement public qu'elle y consacre (2,2% du PIB, soit le second rang après Midi-Pyrénées), les dépenses privées de recherche et développement n'atteignent que 0,69% du PIB régional, alors que la moyenne française est de 1,27% (2,24% en Midi-Pyrénées). Même faiblesse en ce qui concerne le financement public des entreprises innovantes : le ratio investissement en capital risque rapporté au PIB plafonne à 0,12% contre 1,32% de moyenne nationale. Dans le même temps, les aides à l'innovation d'OSEO ramenées à ce même PIB sont parmi les plus élevées du pays. Un constat qui conduit le consultant Thierry Bruhat à citer dans son rapport sur l'innovation régionale, "un impressionnant tissu scientifique public aux retombées économiques faibles et au rayonnement limité". Sans doute est-ce là l'une des clés de l'avenir innovant de notre territoire : la capacité à mixer les savoirs issus de la recherche publique, et le potentiel créatif du tissu local de PME et TPE. Ainsi Thierry Bruhat cite t'il certains "mariages" possibles entre domaines de recherche et activités traditionnelles. Le premier serait issu de la convergence entre vins, terroirs, tourisme et espaces naturels, en s'appuyant sur "un exceptionnel pôle de compétences de recherche publique en matière de viticulture", associé à l'attrait touristique de notre territoire et de notre terroir dont les accents naturels collent aux nouvelles attentes des consommateurs. Autre piste possible, l'association des applicatifs TIC, des services innovants et des activités traditionnelles, pour créer des startups non plus assises sur un avantage technologique, mais sur une réalité économique dictée par le marché. Mais puisque l'avenir est au durable, sans doute faut-il voir dans le "croisement vert" des TIC, de l'agronomie, de la chimie et de la santé l'un des axes prioritaires de cette "théorie de la convergence". Notre région possède en effet nombre d'atouts pour se positionner sur l'économie verte : sources d'énergie naturelle (vent, soleil, mer…), ainsi que des briques technologiques dans des domaines susceptibles de mettre à profit ce potentiel naturel. Comme le souligne Thierry Bruhat, "l'opportunité sera de rassembler et d'organiser une multitude de ressources isolées en une stratégie cohérente au service de quelques thèmes fédérateurs", et de citer : intégrer les énergies renouvelables dans le bâtiment, associer réseaux de production et distribution d'énergie aux TIC, expérimenter des méthodes d'agriculture durables (et de transformation en aval), etc…
Portrait : Le carrefour du développement durable
Si bon nombre de français déclarent avoir envie de tenter un jour l'aventure de la création d'entreprises, bien peu d'entre eux osent aller au bout de leurs idées et se jeter dans l'aventure. Et même si le statut de l'Auto-entrepreneur facilite désormais l'exercice d'une activité complémentaire, voire apparaître comme un galop d'essai, l'expérience montre que les projets les mieux préparés sont aussi ceux qui ont les meilleures chances de survie. C'est en tous cas ce que l'on peut souhaiter à Céline Breton, qui présente cette année un dossier de candidature au concours Innov'Up. Pour Gard Eco, elle dévoile son idée, mais surtout sa stratégie pour transformer son idée en success-story.
Gard Eco : Vous venez de déposer votre dossier pour participer au concours d'idées Innov'Up. Sur quoi repose votre idée ? Céline Breton : L'idée qui est au cœur de notre projet est que, si un nombre croissant d'entreprises ont modifié leur offre, en la réorganisant autour de l'impératif de développement durable pour suivre l'évolution des attentes des consommateurs, elles n'ont pas su faire évoluer leurs modes de communication. Leur communication reste encore standard, axée essentiellement autour de la publicité et de la promotion de la marque. Or, Internet de manière générale et les réseaux sociaux en particulier offrent l'opportunité de développer un vrai marketing relationnel. Sans rentrer dans des détails confidentiels, notre projet consiste donc à s'appuyer sur les réseaux sociaux pour offrir à ces entreprises de nouveaux outils de communication durable, basés sur une interaction réelle et constructive. L'innovation réside dans l'émergence d'un nouveau modèle de relation entre les entreprises et leurs clients, fondé sur la coopération. A l'image de l'artisanat, nous proposons aux entreprises de mettre la relation au cœur des échanges avec leurs clients et non plus le produit. En ce sens, le développement durable, et notre offre, portent en germe une économie nouvelle, celle où la relation compte autant si ce n'est plus que le produit, remettant sur le devant de la scène l'homme et son environnement. L'économie au service de l'homme et non l'inverse…
Avant de devenir, peut-être chef d'entreprise, quelle est pour l'instant votre situation professionnelle ? Pour l'heure, je suis enseignante en gestion ! J'ai une agrégation du secondaire et un doctorat, ce qui me permet d'enseigner en école d'ingénieur, avec de fortes synergies entre le monde de l'Université, celui de l'entreprise et celui de la recherche. C'est ce triptyque qui a fait émerger des idées de projet.
Et qu'est-ce qui peut pousser un prof à remettre en cause le confort de sa situation professionnelle, pour aller se frotter aux réalités de la création d'entreprise ? L'aventure ! L'envie de ne pas être dans trente ans au même endroit, avec les mêmes cours. Sans forcément quitter l'enseignement, j'ai envie d'évoluer vers d'autres horizons. En tous cas, pour l'instant tout cela me passionne, et c'est sans doute le plus important.
Où en est votre projet ? J'en suis encore au stade de l'idée, et c'est bien pour cela que je tente le concours Innov'Up. Mon but est de trouver un cadre pour formaliser concrètement ce projet là. En parallèle, je vais commencer une formation au sein de Cap Omega, à Montpellier, qui représente tout de même un volume de 25 jours, et dont j'espère qu'elle va me permettre de m'aider à construire mon Business Plan. Je pense avoir encore devant moi environ un an et demi de développement pour ce projet.
Malgré votre bagage technique, vous pensez avoir besoin de vous former ? J'ai les outils, puisque c'est mon domaine d'activité. Mais ce que je recherche surtout, c'est le bon cadre pour faire évoluer ce projet. Dans les modules de formation qui sont prévus, il y a notamment du temps pour travailler de façon spécifique sur le projet, avec des personnes qui connaissent bien ces questions là. En outre, cela me permettra de me créer un réseau. Et c'est important, car je vais avoir besoin de financements. Je vais donc devoir aller rencontrer des investisseurs, et leur tenir le bon langage. Donc, même si je pense avoir les outils et les capacités pour comprendre ces mécanismes, je ne suis pas suffisamment spécialiste pour le présenter de manière optimale. Je veux mettre toutes les chances de mon côté.
Comment avez-vous eu connaissance du concours Innov'Up ? Je connaissais les pépinières de Montpellier, Cap Alpha, Cap Omega et Alter Incub, ainsi que LRI (Languedoc Roussillon Incubation), mais je ne connaissais pas Innov'Up. J'avoue même que j'avais un peu de mal à m'y retrouver dans toute cette organisation des structures de soutien à l'innovation. C'est en lisant Gard Eco que j'ai découvert le concours Innov'Up, ainsi que l'existence de Synersud, qui relie toutes ces structures à l'échelle régionale.
Qu'est-ce qui vous a séduite dans ce concours ? Le fait que ce soit un concours d'idées. Je trouve que c'est une excellente chose, d'autant que c'est, je crois, le seul concours à être positionné ainsi. La plupart des autres accompagnateurs demandent généralement un business plan déjà bien élaboré, et c'est justement ce qui me manque. Pouvoir être accompagnée dès le stade de l'idée est très intéressant.
Qu'en attendez-vous ? Tout d'abord, une reconnaissance, une sorte de notoriété pour mon projet. Ensuite, des moyens, avec notamment la bourse qui me permettrait de financer un stagiaire sur l'aspect développement informatique. Egalement, l'accompagnement, qui est prévu pour les lauréats. Même si je suis déjà en contact avec Cap Omega et LRI, cela me permettrait de commencer immédiatement à être accompagnée.
Est-ce que l'aspect de mise en concurrence avec d'autres projets vous inquiète ? Non, car la compétition fait partie des principes de la création d'entreprise. Au contraire, elle me stimule ! Par contre, je n'ai aucune idée du nombre de projets qui seront en concurrence ! |