| Friches agricoles : À la recherche des terres perdues |
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| Mardi, 08 Novembre 2011 08:00 |
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Le cap a été officiellement franchi la semaine dernière. Sept milliards d'hommes et de femmes sur terre. Autant de bouches à nourrir. Le défi alimentaire va se faire sentir dans les prochaines années. Dans le Gard, la déprise des terres agricoles devient préoccupante. Le foncier échappe à la profession, affaiblie par des crises successives. Aucune solution ne s'impose de soi. Mais la prise de conscience est réelle.
Après un premier colloque l'an dernier, une deuxième journée s'est tenue la semaine dernière au lycée agricole de Rodilhan. De nombreux maires et élus municipaux y sont venus chercher des réponses et des outils. Pourquoi s'intéresser aux friches ? Parce qu'un peu comme l'argent, c'est le nerf de la guerre. "On en revient toujours au foncier, à la terre", dixit Dominique Granier, président de la chambre d'agriculture du Gard. Mise en jachère, abandon, grignotage par la ville. Les terres agricoles du département comme l'ensemble de la France n'échappent pas à la déprise. Le Gard se distingue par une spécificité : une multiplication des friches. Selon la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM, ex DDE), seules 10% des anciennes terres agricoles, c'est-à-dire qui ne sont plus cultivées, sont consommées par l'urbanisation. Les 90% restant deviennent des friches. Mais personne ne se fait d'illusion sur la suite. Ces friches ne vont pas le rester bien longtemps. Elles ne sont souvent que l'antichambre d'une urbanisation rampante. Professionnels et élus se demandent donc comment se réapproprier les terres. Les maires ruraux en particulier voudraient maintenir une activité agricole, alors que la profession doit faire face au vieillissement des chefs d'exploitation et à la crise économique qui la touche de plein fouet. "Les coûts de production sont plus chers que le coût de revient", déplore Dominique Granier, rappelant la crise qu'a traversé la filière des fruits et légumes cet été. Plus personne ne conteste la nécessité d'une politique de foncier agricole. Mais elle ne peut se faire d'un claquement de doigt. Beaucoup de friches sont souvent d'anciennes terres gelées par des conflits de famille et de successions. "Il n'y a ni carotte, ni bâton pour les propriétaires de terres non cultivées, regrette Dominique Granier. On attend le coup de crayon du maire pour que ce terrain devienne constructible."
Localement, la question des friches est très paradoxale à gérer au quotidien, selon Jean-Pierre Segonds, directeur de la DDTM. "Tout le monde s'en soucie. Mais l'élu est aussi en charge de l'accueil de nouvelles populations sur sa commune. Il faut donc libérer du foncier, explique-t-il. Nous-mêmes à la DDTM, nous avons comme objectif de préserver les terres agricoles dans les documents d'urbanisme. Mais nous devons aussi rendre des avis sur un certain nombre d'infrastructures et de projets structurants pour le territoire comme la LGV ou la zone d'activité Manduel." Un constat qui résume en quelques lignes la complexité d'un tel sujet. Un point fait l'unanimité pourtant : il n'y a aucun retour en arrière possible. Une fois aménagée ou urbanisée, une friche ne peut revenir à son usage d'avant. D'où l'importance de les conserver car ce sera sûrement une arme dans l'approvisionnement alimentaire. "Demain, les gens qui ont le soleil, l'eau et la terre seront plus riches que les autres", annonce Dominique Granier. La crise qui touche de plein fouet les agriculteurs ne sera peut-être alors q'un lointain souvenir. Mais en attendant que le marché ne se retourne et que les prix remontent, les pouvoirs publics doivent se lancer dans une politique proactive. Quels outils utiliser ? Le colloque de la semaine dernière a été l'occasion de passer en revue (non de manière exhaustive) les solutions. "On a une palette d'outils à notre disposition. Une réponse unique et universelle n'existe pas", précise Frédéric Touzelier, maire de Générac et vice-président à la chambre d'agriculture. Outil classique, proposé par Edouard Chaulet, le maire et conseiller général de Barjac, la fiscalité locale pour inciter les propriétaires à céder leurs terrains en augmentant la taxe sur le foncier non bâti. Mais rien ne garantit qu'ils vendraient à des activités agricoles vu le renchérissement du foncier dans la région. La clé se trouve en fait dans la coopération entre les agriculteurs et les élus, mais aussi entre les différents niveaux de compétence pour établir des diagnostics et dessiner un projet de territoire. Le maire garde certes la main en dernier recours sur le plan local d'urbanisme (PLU), le document réglementaire qui peut rendre constructible ou non un terrain. Mais ce n'est que l'ultime cadre pour agir. En amont le PLU par exemple obéit, quand il y en a un, au Scot, le schéma de cohérence territoriale. Un nouvel outil réglementaire a été présenté lors du colloque à Rodilhan. C'est le périmètre de protection et de mise en valeur des espace agricoles et naturels périurbains, ou PAEN. Il permet à une collectivité avec l'appui du département de définir un espace où la collectivité peut réaliser des acquisitions foncières à l'amiable, par expropriation ou par préemption. Mais la réglementation ne peut pas tout. D'où la nécessité de mener une politique d'acquisition foncière. Si les collectivités n'ont pas (plus) les finances pour une politique ambitieuse en la matière, il reste les établissements publics. La Région a ainsi signé une convention avec BRL, en charge de la distribution de l'eau. "En 20 ans, 10000 hectares irrigués ont été perdus, note Jean-François Blanchet, directeur opérationnel de BRL. Dans un monde parfait, on se contenterait d'équiper et distribuer en eau." La société s'est engagée à acquérir une centaine d'hectares par an, soit un million d'euros d'investissement, pour les louer à prix modéré à des jeunes agriculteurs, ou des producteurs bio qui ne trouvent pas de terrains, en coopération avec la Safer. Pas question de déséquilibrer le marché. BRL n'intervient uniquement quand il n'y a aucun projet agricole privé. Le premier va voir le jour dans l'Aude d'ici la fin de l'année, une exploitation de fruits sur 11 hectares de déprise agricole. Plusieurs secteurs prioritaires ont été identifiés, notamment dans le Gard : la zone des Costières ou encore la Vistrenque où des terres irrigables ne sont plus cultivées après avoir été touchées par le virus de la sharka. La chambre d'agriculture du Gard, elle, s'attelle à développer un fonds de développement pour acheter du foncier et le mettre à disposition d'agriculteurs qui ont des projets sans avoir les 200 000 ou 300 000 € nécessaires pour acheter. Près de 300 porteurs de projet sans le sou toqueraient au guichet de la chambre chaque année. Pour abonder son fonds, la chambre aimerait faire appel aux promoteurs immobiliers. Ces derniers pourraient se voir obligés à participer financièrement quand ils engagent une opération sur un terrain agricole, un peu sur le principe du pollueur-payeur. La chambre va proposer une charte aux EPCI pour qu'elles s'engagent dans ce projet. Une politique foncière commence ainsi à se dessiner à l'échelle locale. Mais pour être encore plus ambitieuse, elle doit s'accompagner d'actions de soutien en faveur des agriculteurs : développer les circuits courts pour la restauration collective, ou encourager l'installation de coopératives de matériel agricole. La guerre contre les friches ne fait que commencer. |





