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| Filière d’avenir: ça sent bon le bio |
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| Mardi, 16 Août 2011 08:00 |
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Alerte sur le bio ! L'épidémie qui a fait 51 victimes en Europe est partie de graines germées issues de l'agriculture biologique. Certains n'ont alors pas hésité à remettre en cause ces modes de production. En refusant les pesticides et autres engrais, les tenants du naturel mettraient en danger la santé des consommateurs, tout autant, voire plus que l'agrobusiness et son cortège de produits de synthèse. Que cela déplaise ou non, la filière bio s'est elle aussi mondialisée. Les fameuses graines tueuses, du fenugrec, ont sans doute été contaminées en Egypte avant de sévir en Allemagne et dans la région de Bordeaux... Preuve que les méthodes de production, pour vertueuses qu'elles sont, ne mettent pas à l'abri de tous les risques. Sécuriser et encadrer. C'est l'un des objectifs du projet de filière languedocienne de plantes aromatiques. Le programme se veut ambitieux. Il consiste à associer entreprises de transformation et producteurs pour redonner vie à des cultures qui appartenaient au passé dans notre région. Ou comment le bio se met au service du local, et inversement. Structurer une filière en échange de terres valorisées et de produits écoulés à prix décent, voilà le partenariat proposé. Car derrière le débat qui agitent défenseurs et pourfendeurs, le bio s'impose comme une des dernières solutions économiques pour maintenir l'agriculture en vie. Filière : La renaissance des herbes du LanguedocLe thym, la lavande, le romarin... Difficile d'imaginer notre région sans ces plantes, tant elles ont façonné nos paysages méditerranéens, leur donnant une couleur et un parfum. Et pourtant, leur culture a pratiquement disparu ailleurs que dans nos jardins. Trop chères par rapport aux importations du Maghreb, pas aussi intéressantes que la vigne qui a pris le pas en Languedoc-Roussillon. La production à grande échelle de lavande et de lavandin a trouvé refuge en Provence. Seul le thym a continué un temps d'être récolté au pied du Pic St-Loup.
Dans le Gard, Arcadie est un des acteurs de la structuration de cette nouvelle filière. Installé à Méjanne-les-Alès, l'entreprise (voir ci-contre) conditionne des produits aromatiques et des épices. Ils sont vendus aux industriels et à la grande distribution sous les marques de l'Herbier de France pour les tisanes et dérivés et Cook pour les épices. Le tout en bio, une marque de fabrique d'Arcadie et de ses fondateurs, Bernard et Dominique Kimmel. Si la France est une source d'approvisionnement, Arcadie travaille depuis longtemps dans le monde entier avec des producteurs étrangers, notamment Madagascar et l'Inde. "Au départ on était producteur dans une coopérative dans l'Aude, raconte Bernard Kimmel. Au cours du développement, on a perdu notre attache à la production. On s'est rendu compte qu'il fallait un approvisionnement plus sûr, plus maîtrisé. On trouve aussi paradoxal d'acheter loin des plantes de garrigue qui poussent ici." C'est pour mettre fin à ce paradoxe qu'Arcadie propose des contrats avec des producteurs de la région. Un retour au local dicté aussi par l'exigence de rigueur qu'impose l'agriculture biologique. "Ce qui a accéléré la démarche, c'est quand on a relevé des résidus de pesticides sur des épices en provenance de Turquie." Aujourd'hui constate Bernard Kimmel, les molécules chimiques sont présentes un peu partout dans le monde. "On en a même trouvées sur du safran sur les plateaux de l'Iran. Pas loin, il y a des cultures de pistache traitées. On n'est pas à l'abri de mauvaise surprise dans la région mais on peut suivre de plus près", poursuit-il. Sécuriser les approvisionnements, faire disparaître l'aléatoire. C'est ce que veut l'entreprise avec cette filière locale. Une question de crédibilité pour elle. "L'attente des consommateurs est très importante. Cela pose une organisation au-delà de la réglementation européenne pas très exigeante", explique Bernard Kimmel. En matière de certification bio, les organismes procèdent par analyse ponctuelle. Elles ne vérifient pas chaque lot. "Les organismes font du contrôle de méthode : est-ce que le producteur a triché ? On cherche plutôt un contrôle de résultat", résume-t-il. Le seul moyen d'assurer un produit de qualité est d'avoir un œil sur la filière dès le départ. Même si, reconnaît-il, “cela oblige les entreprises à accompagner leurs fournisseurs”. Car les fournisseurs dans le coin, il va falloir aller les chercher. La culture PPAM (plantes à parfum aromatiques et médicinales) en bio est certes une des plus avancés dans le pays : 10% de la production totale, 30% ou 40% pour le seul thym. La France peut se targuer d'être le leader européen en la matière. Mais le Languedoc-Roussillon, avec seulement 6% de la production nationale, est loin derrière Rhône-Alpes (40%) et Paca (31%). L'enjeu est de faire de l'agriculture biologique sur des grandes surfaces, afin d'éviter toute contamination, le cauchemar de Bernard Kimmel ! Surtout qu'au contraire des légumes, les plantes aromatiques captent et concentrent ces molécules chimiques qu'on trouve à foison dans les engrais, les désherbants et les insecticides industriels. Même si le Gard a de l'avance dans le bio, le nombre de parcelles reste limité et isolé pour répondre aux besoins d'entreprises comme Arcadie. Les PPAM sont surtout cultivées par des maraîchers en complément d'autre chose. On comptait 35 producteurs dans le Gard l'an dernier, inscrits en bio, 106 dans le Languedoc-Roussillon. Mais en forte progression par rapport à 2009. "C'est une production plaisante, motivante par la qualité du produit. Il n'y a certes pas de gros rendement mais cela permet de valoriser des terres difficiles", selon Bernard Kimmel qui espère constituer un vivier de producteurs en bio en participant à cette nouvelle filière. Public visé en particulier les viticulteurs car les PPAM sont des cultures pérennes sur des terrains non irrigués. Le Civam qui a organisé une journée d'information a compté près de 200 participants, preuve que la démarche attire. Mais cette culture est technique et nécessite des investissements en plants et en matériel pour la récolte et la première transformation, le séchoir notamment. Les entreprises comme Arcadie attendent des plantes déjà sèches et préparées. Le Civam s'attelle à d'autres projets : programme d'expérimentation et de recherche dans la détection des résidus de pesticides, impulsion de groupements de producteurs... Le Conseil régional a aussi été sollicité pour conclure un contrat de filière sur le modèle de Sud de France. Et un dossier a été déposé auprès de l'agence bio nationale pour récupérer des financements et des techniciens. Nom du dossier, "Avenir bio". Tout est dit. (1) le Centre d'initiative pour valoriser l'agriculture et le milieu rural
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"Le terroir recèle de nombreuses variétés, rappelle cependant Bernard Kimmel, directeur d'Arcadie. Il existe huit espèces différentes de thym et on trouve ici un des meilleurs romarins." C'est pour développer ce potentiel que producteurs et transformateurs se sont réunis depuis quelques années sous l'égide du Civam du Gard (1) pour monter une filière de production régionale en bio. L'objectif est d'arriver à 200 hectares d'ici 2015 dans tout le Languedoc-Roussillon. Essentiellement du thym, près de 60% de la demande, mais aussi de la lavande, de la sarriette, du romarin, ainsi que la famille des ombellifères (fenouil, coriandre et cumin).
Aujourd'hui les locaux de 2000 m², qu'on repère au subtil parfum d'épices, s'avèrent trop petits dans la zone d'activité de Méjannes-lès-Alès. Les travaux d'extension viennent de commencer pour accueillir la cinquantaine de salariés. 2000 m² en plus pour le conditionnement, et 400 m2 pour les bureaux et une crèche d'entreprise.