| Festival de courts métrages : "Regards croisés" sur le handicap au travail |
|
|
|
| Lundi, 11 Octobre 2010 08:00 |
Des "salariés singuliers" expriment leurs compétences en vidéoMême si la tendance est à la hausse, le taux des travailleurs handicapés dans les entreprises reste inférieur aux 6 % imposés par la loi. En 2006, ce taux était de 4,4 % dans le privé et de 3,5 % dans la fonction publique… Face à ce constat, et à la nécessité d'ouvrir les yeux des recruteurs sur le pourquoi, et le comment intégrer ces salariés "autrement capables", l'association d'Hippocampe organisait les 30 septembre et 1er octobre derniers, la deuxième édition du festival "regards croisés", festival de courts-métrages réalisés par des personnes handicapées pour apporter un autre regard sur leurs aptitudes, et sur les compétences des salariés en situation de handicap. Sous forme de reportages, fictions ou témoignages, chacun s'emploie ainsi à montrer qu'être différent est une source de richesse pour l'entreprise. A travers cette manifestation, l'Hippocampe souhaite agir auprès des entreprises en sensibilisant les DRH et les managers. Le festival Regards Croisés contribue ainsi à promouvoir les politiques menées en faveur du handicap, mais incite aussi à l'échange d'expertises et aux retours d'expériences. Un festival d'ampleur nationale Après une première édition réussie en 2008, et grâce à l'implication confirmée de l'hôtel Atria et du groupe Accor, le festival s'implante à Nîmes et prend dès la deuxième année une envergure nationale. Couvert par plusieurs chaînes de télévision, Regards Croisés a attiré durant ces deux jours les représentants d'entreprises telles que Air France, AG2R La Mondiale, Groupe BPCE (Banques Populaires, Caisse d'Epargne), EDF, ERDF, Mutieg, Groupe Mornay, Novalis… Même tendance au sein du jury, présidé par l'acteur et réalisateur Sam Karmann, salué par tous les participants pour son implication et son accessibilité durant les deux jours. A noter, la troisième édition de Regards Croisés est d'ores et déjà programmée les 6 et 7 octobre 2011 !
"Destination compétences" "Destination compétences" est le titre du court métrage lauréat du grand prix 2010 "Regards croisés". Un film tourné en "milieu ordinaire" par les collaborateurs d'un ESAT à qui Air France délègue la gestion du courrier. Les films de tous les lauréats peuvent être visionnés sur www.festivalregardscroises.com Interview : Un festival d'enrichissement mutuel !Il est plus d'une heure du matin lorsque Mireille Malot, présidente de l'association l'Hippocampe, et organisatrice de ce festival "regards croisés", trouve enfin quelques minutes pour se poser dans les salons de l'hôtel Atria. Même Freddy Cerda, le maître des lieux, très impliqué dans l'organisation de ce festival, est déjà parti dormir. Patrice Drevet, animateur bénévole de l'évènement pendant les deux jours, rejoint lui aussi sa chambre, visiblement exténué par cette première journée d'ouverture. Fatiguée mais surtout heureuse, Mireille Malot goute enfin quelques minutes de calme, soulagée par la réussite de la soirée de gala qui a réuni à Nîmes une dizaine des plus grandes entreprises nationales, pour un moment à la fois convivial et constructif. Malgré l'heure tardive, elle trouve l'énergie nécessaire pour répondre à nos questions…
L'idée directrice est que tout passe par le regard, chez les personnes en situation de handicap, et même chez les autres. A l'ère d'Internet, c'est important de le rappeler… D'autre part, c'est aussi une façon de mélanger le monde des entreprises et des décideurs économiques, avec ces personnes autrement capables, qui sont en situation de handicap. Quel en est le but ? Rappeler les entreprises à leurs obligations légales en termes d'emploi de salariés handicapés ? C'est de leurs montrer que c'est possible, et que ces personnes sont capables de travailler. Grâce à ces films, les personnes en situation de handicap montrent elles-mêmes leur capacité au travail, et leur savoir-faire, leur rapidité ou leur lenteur en fonction des tâches qu'elles ont à réaliser. En tous cas, on montre que l'intégration est possible, et que ce n'est pas toujours aussi difficile qu'on le croit. Quelquefois, avec un petit peu de bonne volonté, on peut parvenir à déplacer des montagnes. Si l'on devait résumer votre message en quelques mots, s'agirait-il de plutôt de dire "nous sommes tous pareils", ou "enrichissons-nous de nos différences" ? Ni l'un ni l'autre… Handicapés ou pas, on ne peut pas dire que nous soyons tous "pareils", et s'il est vrai que l'on peut s'enrichir de nos différences, l'important est que l'on apprenne à connaître aussi ces personnes. On ne les connaît pas suffisamment. S'il fallait résumer, le bon discours serait plutôt : "on existe, apprenez à nous connaître". C'est aussi valable pour les personnes qui travaillent en milieu protégé, en ESAT (Etablissement et service d'aide par le travail, ndlr), car les entreprises ne savent pas toujours ce que ces structures sont en capacité de faire, alors qu'elles peuvent apporter des services réels. Certaines entreprises vont même parfois jusqu'à dénoncer la forme de concurrence déloyale que peuvent représenter ces structures d'insertion… Ce sont des structures qui jouent un rôle important, mais dans cette période de crise on peut avoir tendance à confondre un peu tout. Effectivement, la course à l'emploi existe aussi bien chez les personnes handicapées que chez les personnes qui vont bien, à commencer par les jeunes qui sortent avec leur diplôme tout neuf en poche, puis qui ne trouvent pas de boulot, et parfois, les gens ont tendance à réagir un peu rapidement, en disant que les personnes handicapées peuvent bien attendre et se débrouiller autrement, puisqu'elles ont des allocations. Face à cela, les associations jouent un rôle social extrêmement important. Je pense qu'en France aujourd'hui, sans les associations, on aurait certainement une pauvreté beaucoup plus importante, et pas uniquement parmi les personnes handicapées. Est-ce bien le rôle des entreprises que de prendre à leur compte ces questions liées à l'insertion des publics handicapés ? Avant tout, nous sommes tous des êtres humains, nous vivons tous les uns à côté des autres, et nous n'avons pas le droit d'en oublier quelques uns sur le bord du chemin. Ensuite, je crois que l'entreprise va être d'autant plus forte qu'elle va accompagner et intégrer des personnes autrement capables. Ça va aussi l'enrichir dans son relationnel, ça peut donner du sens à une équipe, lorsqu'elle intègre des personnes handicapées, des personnes qui ont des capacités différentes. L'entreprise a tout intérêt à recruter ce type de personnes, d'autant plus qu'elles sont capables d'avoir un certain rendement. Rappelons que parmi le public handicapé, certains vont à l'école, passent le bac, font des études, même s'il reste très difficile encore aujourd'hui d'accéder à l'université. Mais ces personnes ont un cerveau comme tout un chacun, ont des capacités de penser, de réfléchir, de construire, même si elles sont un peu coincées dans leur corps. Elles peuvent travailler aussi intensément, voire plus, car pour parvenir à passer le bac quand on a des difficultés pareilles, il faut déjà être plus doué que la normale. Parce que c'est plus difficile pour elles, ces personnes ont en permanence envie de se battre. Si elles veulent exister et vivre dans le monde que l'on dit "ordinaire", elles vont devoir retrousser leurs manches plutôt deux fois qu'une ! Quelles sont les réactions les plus fréquentes des salariés "valides" lorsqu'ils doivent accueillir un collaborateur en situation de handicap ? C'est d'abord et avant tout de la peur. Parce qu'on ne connaît pas, on ne sait pas comment on va pouvoir faire. Va-t-il nous ralentir ? Est-ce que l'on va devoir faire son travail ?... ce sont souvent ces réactions là que l'on constate dans un premier temps. Puis au fil du temps, les gens s'aperçoivent qu'intégrer une personne handicapée dans une entreprise est une véritable richesse. Pour un festival organisé à Nîmes, il me semble avoir croisé ce soir plus de participants venus de Paris que du Gard… est-ce une volonté ? C'est d'ores et déjà un festival qui a une vocation et une envergure nationale. Nous aurions aimé impliquer plus fortement les acteurs locaux, mais les soutiens sont surtout venus du national. Ceci étant, les personnes handicapées sont dans toute la France, y compris outre-mer. Mais je trouvais très important d'aider les associations nîmoises, puisque c'est ici que nous avons organisé le dîner de gala en ouverture du festival. Il n'était pas question que les bénéfices reviennent à l'association l'Hippocampe, que je préside, et c'est pour cela que les fonds seront reversés à deux associations gardoises, qui œuvrent dans ce milieu, et qui se battent au quotidien. L'hippocampe, un drôle de cheval de mer !Créée en 2005, avec pour objectif principal le développement d'actions culturelles et artistiques en faveur des personnes handicapées ou de leur accès aux arts et à la culture, l'association l'Hippocampe a notamment repris à sa charge l'organisation chaque année d'un concours de bande dessinée pour jeunes et adultes handicapés dans le cadre du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême (FIBD), ouvert à plusieurs pays européens. Très impliquée sur les questions liées à l'intégration des publics en situation de handicap, sa présidente, Mireille Malot, a marqué l'environnement législatif en rédigeant, en 2001, un rapport remis à Jack Lang, alors Ministre de l'éducation nationale, portant sur l'accès à l'école. Un rapport qui a permis le développement du recours aux Auxiliaires de vie scolaire pour permettre aux enfants handicapés de suivre leur scolarité dans un environnement classique.
Le Jury
Autour de lui, le Jury était composé de : Alexandre de la Pattelière et de Matthieu Delaporte, auteurs scénaristes. Ils collaborent ensemble sur des scénarii tels que "la nuit des enfants rois" mais aussi récemment sur l'adaptation du "Petit Nicolas". Dernièrement ce duo est à l'affiche avec la pièce "le Prénom" interprétée depuis le 7 Septembre 2010 par Patrick Bruel au théatre Edouard VII. Jean-François Fonlupt, le producteur le plus couronné à Cannes (4 palmes d'or en 5 ans). Il a produit "La leçon de piano" de l'australienne Jane CAMPION ou "Secrets & mensonges" du britannique Mike Leigh, faisant de lui le plus international des producteurs français. Luc Leprete, écrivain. Il vient de publier "Club VIP" - Very Invalid Personnality - aux éditions Anne Carrière. Il a précédemment co-écrit avec Marcel Rufo "Regards croisés sur le handicap". David Moreau, réalisateur scénariste. Il est l'assistant réalisateur de la série "H". Avec Xavier Palud, il réalise le thriller "Ils" avec Olivia Bonamy et Michael Cohen. Tom Cruise séduit par ce projet décide de financer le remake de "The eye" avec Jessica Alba. |






Quel est le sens de ce festival au nom évocateur "regards croisés" ?
Pour cette deuxième édition, le jury du festival "Regards croisés" était présidé par Sam Karmann, réalisateur et acteur français qui a fait ses débuts au cinéma chez Alexandre Arcady dans "Le Grand Pardon" puis "Le Grand Carnaval". Il fut également l'un des "mulets" du commissaire Navarro de 1989 à 1995. Il incarne peu à peu le conformiste "Jacques" dans la comédie "Cuisine et dépendance" puis celui du sérial killer dans "La cité de la peur". Son premier court métrage "Omnibus" obtient la palme d'or à Cannes en 1992 et l'oscar en 1993. Il vient de tourner pour la télévision sous la direction de Olivier Guignard dans "1788 et 1/2" et de Régis Musset pour "Sélection naturelle".