Faut-il avoir peur du mox ? PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 28 Novembre 2011 11:25

Un assemblage de moxNeuf mois après Fukushima, le nucléaire s'invite dans la campagne présidentielle. Le parti socialiste et les Verts se sont écharpés sur le mox, un combustible à base d'oxyde d'uranium et d'oxyde de plutonium. Les écologistes veulent mettre fin à cette production, jugée dangereuse, basée à La Hague (Manche) et Marcoule. Faut-il craindre le mox ou s'inquiéter pour son avenir ?

Au départ, ce n'était qu'un paragraphe dans un accord de mandature entre le PS et Europe écologie - les Verts (EELV) en cas de victoire aux élections de 2012. Un passage supprimé par l'équipe de François Hollande et finalement remis. C'est devenu une polémique. Et si l'accord signait l'arrêt de mort du mox, et de Melox, l’entreprise filiale d'Areva basée à Marcoule ? Le texte final prévoit "un plan de reconversion" de la filière mox "permettant de maintenir le nombre d'emplois par la mise en œuvre de centres d'excellence du traitement des déchets et du démantèlement". Cet accord a provoqué l'émoi. Combien d'emplois menacés ? Est-ce le début de la fin pour Marcoule ? Des questions, à moins de six mois de la présidentielle, hypothétiques.

À la direction de la communication de Melox, on refuse d'interférer dans le débat politique. À en croire le site Mediapart, la maison-mère Areva aurait pourtant appelé les socialistes pour les alerter du paragraphe, introduit par les négociateurs d'EELV au dernier moment. Mais rien n'indique que s'ils sont élus, socialistes et écologistes parviennent à se mettre d'accord sur le sujet du nucléaire pour légiférer. "J'ai suivi cela avec beaucoup de scepticisme", déclare Pierre Péguin, physicien, universitaire à la retraite et farouche opposant au nucléaire. Pour ce membre de la coordination anti-nucléaire du sud-est, Europe Écologie a fait monter les enchères pour obtenir des postes. "Je revendique l'arrêt du nucléaire en sachant qu'on n'en sortira pas, car il faudra gérer les déchets pendant des siècles et des millénaires. Même si on arrête de produire du mox, les usines de Marcoule et La Hague vont continuer à travailler. Il faudra des dizaines d'années et un nombre d'emplois considérables pour démanteler les installations."

Les 1300 salariés directs et indirects de Melox n'auraient donc pas d'inquiétude à avoir. Le problème est ailleurs : pourquoi les militants écologistes ont le mox dans le viseur? "Attaquer le mox, c'est aussi attaquer le retraitement", explique un ancien cadre de Melox. L'arrêt de la production pourrait mettre fin à toute la filière dite avale d'Areva. Pour ses défenseurs, le mox permet d'utiliser le plutonium, issu de la fission nucléaire (voir schéma). "Ce n'est pas un déchet, c'est de la matière valorisable. La seule chose qu'on nous reproche, c'est de recycler", défend Nathalie Bonnefoy, directrice de la communication de Melox.

Mais le séisme au Japon du 11 mars dernier se fait sentir jusqu'à Marcoule. L'un des réacteurs de Fukushima, le n°3, fonctionnait avec du mox. Une mauvaise publicité. "Le mox n'a eu aucune incidence supplémentaire, affirme cependant Nathalie Bonnefoy. Le début de la fonte du combustible est du à la perte des moyens de refroidissement de la centrale suite au tsunami." Les anti-nucléaires répliquent qu'on trouve désormais du plutonium bien au-delà de la centrale.

Contrairement à l'uranium, le plutonium n'existe pas dans la nature. Radioactif, il émet des rayons alpha. Une simple feuille de papier ou la peau peuvent les arrêter. Mais pour ses détracteurs, ce métal lourd est puissant et compliqué à manipuler.

 

Tout le monde reconnaît qu'il est très toxique quand on l'inhale ou on l'ingère. Il faut donc s'assurer qu'il reste confiné, surtout pendant le transport. Le plutonium, extrait à La Hague, voyage dans des emballages spéciaux jusqu'à Marcoule pour la transformation finale. Dernier risque, et pas des moindres, la criticité. Le plutonium a un potentiel d'énergie phénoménal en cas de réaction en chaîne. Cinq à six kilos suffisent pour une bombe du type de Nagasaki en 1945, le scénario catastrophe.

D'origine militaire, c'est seulement dans les années 80 que la France a décidé de s'en servir dans le civil, pour économiser l'uranium. "Aux États-Unis, les combustibles usés sont mélangés avec n'importe quoi pour qu'il soient inutilisables", poursuit Pierre Péguin. Pas en France qui a choisi le cycle fermé, c'est-à-dire de retraiter une partie de ces combustibles.

Une vingtaine de centrales nucléaires EDF en France sont dites "moxées", alimentées à 30% par du mox. Le reste de la production était exportée, jusqu'à présent, dans deux pays : l'Allemagne et le Japon. Le premier pays a décidé de sortir du nucléaire d'ici 2022. Au Japon, 80% des centrales sont en cours d'inspection. Melox se veut rassurant. "Elles sont en phase de redémarrage après des stress tests. La livraison reprendra après", selon Nathalie Bonnefoy.

L'entreprise développe aussi un partenariat en Chine pour une usine de retraitement. Un site est aussi en cours de construction aux États-Unis pour exploiter le plutonium issu du déclassement des armes nucléaires de la guerre froide. Des projets qui prouvent pour Melox que l'activité n'est pas dans l'impasse.

L'EPR de Flamanville, si le chantier parvient au bout, pourrait fonctionner au mox. Mais la Finlande y a renoncé pour le sien, rappelle Pierre Péguin, preuve qu'on peut s'en passer. "Il y a la filière à neutrons rapides, qui redonnerait espoir au nucléaire français", se désole-t-il. Le centre à l'énergie atomique (CEA) planche ainsi sur le projet Astrid, capable de régénérer du plutonium. Du nucléaire "renouvelable" en quelque sorte qui pourrait voir le jour à Marcoule. Et justifierait définitivement l'existence du mox.

Car la production actuelle ne permet pas en effet d'absorber tous les combustibles usés. Melox a recyclé l'an passé une dizaine de tonnes de plutonium. Mais il y en aurait 60 tonnes environ stockées en France. Le mox ne peut passer qu'une seule fois dans le cœur d'un réacteur. Selon les militants anti-nucléaire, la filière n'est pas vraiment nécessaire.

Pourtant en matière d'efficacité énergétique, le mox représente un gain. Un gramme de plutonium équivaut à une tonne de pétrole. "L'enjeu est là, selon l'ancien responsable de Melox. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de risques, que ce n'est pas coûteux. Mais on ne peut nier l'intérêt en terme de préservation des ressources." Les énergies renouvelables ne peuvent couvrir tous les besoins. Des arbitrages doivent être faits, notamment entre le charbon, "un risque réel mais pour lequel on accepte une pollution diffuse", et le nucléaire, "un risque connu lui aussi, mais identifié, localisé et surveillé".

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Le mox est issu du retraitement de l'uranium, le minerai qui sert de combustible aux centrales nucléaires. Dans le cœur d'un réacteur, l'uranium enrichi est bombardé par des neutrons, ce qui entraîne une réaction en chaîne et libère de l'énergie. C'est la fission. Cette opération provoque aussi la création de plutonium. Après trois ou quatre ans, le combustible est sorti du cœur du réacteur pour être retraité à La Hague. Le plutonium est isolé, puis envoyé à Marcoule pour faire du mox (mixed oxide fuel), composé de 8% de plutonium et 92% d'uranium appauvri. Le mox est réintroduit dans les centrales pour trois ou quatre ans. En fin de vie, il n'a plus que 4% de plutonium. Selon Areva, si le mox a un coût de fabrication élevé, il permet de faire des économies : il faut sept combustibles classiques usés pour fabriquer un assemblage mox, pour une puissance équivalente.