| Elections à la CCI : Le 3ème homme est une femme ! |
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| Lundi, 08 Novembre 2010 08:00 |
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Gard Eco : Comment jongle t'on entre une entreprise de taille de pierre, un mandat au tribunal de commerce et un engagement dans des élections consulaires, le tout en dirigeant une entreprise de quatre salariés ? Elise Dare : Initialement, j'ai une formation juridique, puisque je suis titulaire d'une maîtrise de droit public communautaire, complétée par une formation en commerce international. Lorsque mon époux a décidé de créer une entreprise, je me suis laissée tenter car je me sentais plus proche du commerce que du droit. Voilà comment nous avons créé l'atelier de taille de pierre, voilà seize ans. Ensuite, j'ai eu envie de créer un magasin afin de mettre en valeur tous les savoir-faire autour de la pierre. Dans le même temps, riche de mon expérience de chef d'entreprise et de ma culture juridique, j'ai souhaité déposer ma candidature pour siéger au Tribunal de Commerce. Mais lorsque je suis arrivée, toute seule, avec ma candidature au TC, on m'a expliqué que ça ne pouvait pas se faire aussi simplement, qu'il y avait déjà suffisamment de candidats, et qu'il serait plus simple que je retire ma candidature pour cette fois, quitte à revenir l'année suivante. C'est ce que j'ai fait, et l'année suivante, en prenant bien soin de respecter toute la procédure nécessaire, j'ai enfin pu siéger au Tribunal de Commerce. J'y préside aujourd'hui une chambre de contentieux. J'ai également été sollicitée lors de la mise en place de Gard Initiative, ce qui, s'agissant d'aide à la création d'entreprise, m'intéressait énormément. J'en suis donc membre fondateur. Et votre engagement auprès de la CAPEB ? Dès que nous avons créé l'atelier, je me suis rapprochée de la CAPEB, et très vite je suis entrée au conseil d'administration. Aujourd'hui, à cause des autres mandats qui me prennent beaucoup de temps, je ne fais plus partie du CA, mais je continue à apporter mon aide et mon appui aux collègues de la CAPEB. Avec autant d'engagements, les mauvaises langues pourraient vous taxer d'affairisme… Certainement pas ! D'ailleurs, nous sommes toujours une petite entreprise, et je n'ai pas envie que ça change… Dans mes engagements, je préfère travailler en sous-terrain, et je ne cherche pas à être connue. Pour la CCI, j'ai accepté la proposition qui m'a été faite d'être tête de liste, mais la seule chose qui prime pour moi, c'est l'action, et l'efficacité. Mon moteur, c'est la passion. J'ai la chance de pouvoir apporter mes connaissances au tissu économique, et aux 93% de petites structures qui le composent. Ce type d'engagement me semble essentiel au territoire. Comment trouvez-vous le temps de tout mener de front ? C'est une question d'organisation, il n'y a pas de secret ! Je travaille beaucoup, je délègue, avec un principe, qui est de m'entourer de gens qui ont le même profil que moi. Je me suis entourée d'un bon comptable, d'un bon assureur, d'un bon banquier, d'un bon avocat, mais surtout, je suis très fière de mes tailleurs de pierre.
Parmi vos engagements, il y a aussi le fameux projet Nemolac. Comment est-il apparu ? Avec les hôteliers et les entreprises du quartier, nous avons créé l'association DEVANEMO, association pour le développement et la valorisation de Nîmes-est et Marguerittes-Ouest. Le constat de départ est que la première entrée de Nîmes, lorsque l'on arrive de Paris par l'autoroute, aboutit à un quartier complètement délaissé, sans signalétique… Nous avons donc pris conscience qu'il était nécessaire de réfléchir à comment améliorer la qualité de notre environnement. Suite à la création de l'association, nous avons été contactés voilà cinq ans par un architecte nîmois, Jacques Cabrera, qui nous a expliqué avoir un projet pour Nîmes Courbessac, et qui nous l'a exposé. Il s'agissait d'un projet grandiose qui allait bien plus loin que notre vision, et dans les premiers temps, nous l'avons pris comme une idée utopique. Puis au fil du temps, à force de réflexions, nous avons pris le parti de dire que quitte à se battre, autant le faire pour un projet grandiose ! D'autant que cette zone, qui comporte le centre de détention, le centre de rétention, les quartiers sensibles du Chemin bas d'Avignon et du Mas de Mingue, la route nationale, l'autoroute, et la future rocade nord, ne peut pas devenir un quartier résidentiel, sauf à en faire un village dortoir, sans intérêt ! Où en est ce projet ? Aujourd'hui, notre projet est soutenu par l'UMIH, l'UPA, le syndicat des aménageurs, le syndicat des architectes, le syndicat des taxis, EDF,… nous commençons à peser ! Ce que nous voulons à présent, c'est réaliser une étude d'impact. De la même façon que l'on dirige une entreprise, nous voulons savoir combien ce projet peut coûter, et surtout, combien il peut rapporter. Nous avons demandé l'autorisation au Maire de Nîmes pour réaliser cette étude, qui a accepté. Il suffirait maintenant que l'agglo accepte de cofinancer cette étude à hauteur de 20%, car la Région a déjà validé sa participation pour 80%. Est-ce qu'il a une réelle chance de voir le jour ?
Quant à la CCI, qu'est-ce qui vous a poussée à vous lancer dans la course ? Jusqu'à présent, la CCI était dirigée par le Medef et la CGPME, et aujourd'hui, la seule option qui nous est proposée est de choisir entre Medef et CGPME ! C'est bonnet blanc et blanc bonnet… Nous avons vu ce qu'avait fait le Medef, et le résultat de leur présidence pourra se mesurer aux chiffres de la participation au vote. Il n'y a qu'à voir les chiffres de l'élection à la Chambre de métiers pour constater que les organismes consulaires ne font pas leur travail jusqu'au bout. Si l'on dit que la CCI doit être au service des TPE et des PME, il faut réellement s'engager dans cet objectif. Or j'ai l'impression que les deux autres candidats ne s'intéressent pas vraiment aux toutes petites entreprises. Pour moi, il n'y a pas trois listes, mais deux… Douais et Volpilière étaient ensemble, on les retrouve opposés sans trop comprendre. Je ne pense pas qu'ils puissent apporter un grand changement. Et vous, quel changement souhaitez-vous incarner ? Ce que je souhaite, c'est une Chambre de commerce adaptée aux 93% du tissu économique, tout en restant ouverte aux grandes entreprises. Sachant que ce sont les petites entreprises qui ont le plus grand besoin des organismes consulaires. Or, ce sont celles que l'on y voit le moins. Je pense qu'elles ne se sentent pas concernées, par manque d'information notamment. La question qui se pose est, pourquoi est-ce que le seul passage des artisans et des commerçants dans leur chambre consulaire se fait le jour de leur inscription ? Pourquoi n'y reviennent-ils pas dans leur parcours de vie ? L'aide à la création est importante, mais l'appui au développement, et le soutien en cas de difficultés est primordial. Il y a un travail énorme à faire pour que la CCI devienne un partenaire de développement. Je trouve inacceptable de voir des entreprises arriver au tribunal de commerce pour 20 000 euros. On peut encore le comprendre pour une jeune entreprise, mais dans le cas d'une société qui a quinze ans, se retrouver à la barre du tribunal pour de telles sommes, c'est le signe d'un manque d'accompagnement à un moment. Comment y parvenir ? Il faut privilégier les dynamiques collectives, comme la valorisation de l'artisanat et du commerce gardois, par exemple. Il faut de la cohésion, de l'esprit de groupe. Il faut du changement. Je suis une femme, sur le terrain, et j'ai des motivations qui ne sont pas des ambitions personnelles. Votre liste n'étant pas complète, vos chances d'obtenir la présidence sont quasi-nulles. Pourquoi vous battez-vous ? Nous ne sommes que dix-huit sur la liste, et donc, tous également candidats pour la CCI Régionale. Ce que nous voulons, c'est être au plus proche des décisions. C'est de pouvoir partager le point de vue des petites entreprises, apporter notre regard sur l'économie, et véritablement représenter ceux qui vont nous élire. Qui plus est, nous sommes la seule liste à présenter un projet, Nemolac, qui puisse tirer le département vers le haut. La défense des petites entreprises, n'est-ce pas l'angle soutenu par la CGPME ? La CGPME représente les entreprises moyennes et les grandes entreprises. M. Douais était vice-président de la CCI, qu'a-t-il fait pendant ses mandats ? Les entreprises sont fatiguées, beaucoup sont à court de trésorerie. Il est urgent d'agir. |






L'annonce de sa candidature, au plus fort de la campagne des élections à la Chambre de métiers, avait créé la surprise. Non seulement parce que le doute planait quant à l'éventualité pour l'association ADAC 30, principalement soutenue par la CAPEB du Gard, de présenter une liste aux élections de la CCI, mais aussi parce qu'Elise Dare n'était pas forcément la candidate la plus en vue pour conduire cette éventuelle liste. Femme de conviction, de passion et d'action, elle s'engage non pas pour représenter un syndicat, mais pour défendre sa vision du tissu économique. Une vision principalement destinée à aider les plus petites entreprises, commerces et artisans, qu'elle considère comme les "oubliées" des chambres consulaires. Elise Dare est atypique, et elle le revendique : femme dans le monde très masculin du bâtiment, elle dirige aux côtés de son mari deux entreprises dédiées à la pierre, à l'entrée de Marguerittes : un atelier de fabrication, et un magasin d'objets basés sur la pierre. Atypique également sa façon d'aborder ces élections à la CCI : plutôt que présenter une liste complète de 50 candidats, qu'elle n'avait pas les moyens de mobiliser, elle préfère s'engager avec seulement 17 co-listiers, avec pour ambition de peser dans les débats à venir, et d'œuvrer aux côtés de l'équipe qui sera élue.
Pour l'instant, on ne peut pas dire si ce projet est utopique, ni s'il est réalisable, ni même savoir ce qu'il va couter. La seule certitude que nous avons, c'est qu'un architecte nîmois a conçu pour les nîmois un projet ambitieux, susceptible de capter des flux touristiques importants. Et il faut aller plus loin ! Pourquoi écarterait-on un tel projet ? Parce qu'il n'est pas porté par un grand nom de l'architecture internationale ? Arrêtons ! Ce n'est pas le tout de dire qu'il faut valoriser les savoir-faire locaux et les petites entreprises, puis de faire le contraire lorsque l'on est au pouvoir !