| Eco-entreprenez ! |
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| Lundi, 14 Mars 2011 08:00 |
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Qu'est-ce qu'une eco-entreprise ?Selon la définition retenue par l'OCDE, les éco-entreprises sont "les entreprises qui produisent des biens et services capables de mesurer, prévenir, limiter ou corriger les impacts environnementaux tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol, ainsi que les problèmes liés aux déchets, au bruit et aux écosystèmes. Elles incluent les technologies, services et biens qui réduisent les risques environnementaux et minimisent la pollution et l'utilisation des ressources".
L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME), apporte pour sa part une précision, en retenant comme définition "une entreprise qui, dans le secteur marchand, exerce tout ou partie de ses activités dans le champ de ses éco-activités ", et de rajouter : "L'entreprise doit avoir une part significative d'éco-activité pour être caractérisée comme éco-entreprise." Cette définition très large concerne des entreprises qui peuvent donc exercer dans tous les secteurs traditionnels de l'économie (industrie, commerce, services, artisanat), de manière transversale avec une palette de métiers très étendue. Pour autant, l'Agence met en garde sur le risque qu'il y a à confondre éco-activité et éco-responsabilité. "Toute entreprise peut être éco-responsable, précise l'ADEME. C'est-à-dire qu'elle peut se sentir réellement concernée par l'impact de ses activités sur l'environnement, et prendre des mesures pour tâcher de le limiter. Cela peut consister en la sensibilisation des salariés, la mise en place de mesures simples d'économies d'énergies, d'un plan de déplacement entreprise, d'une politique d'achats responsables, d'un plan de réduction de déchets, etc… ". Etre éco-responsable ne signifie donc pas nécessairement exercer dans le champ des éco-activités, ni même avoir une approche innovante. A l'inverse, une éco-entreprise peut avoir un comportement en interne qui n'est pas éco-responsable...
Jeudi 10 mars dernier, au Château de Flaugergues à Montpellier, la CCI-Régionale avait invité l'ensemble des entreprises et des acteurs de la filière éco-entreprises pour une journée inédite consacrée à l'avenir de ce secteur porteur de promesses. Courant 2009, la CRCI Languedoc-Roussillon avait confié au cabinet Ernst&Young la réalisation d'une étude sur le développement des éco-entreprises régionales. Ce travail avait alors permis de mettre l'accent sur les besoins et les attentes des entreprises régionales mais également de proposer des pistes d'action pour les années à venir. Un tissu de TPE en forte croissance
Prédominance des services Le tissu régional se caractérise en outre par une forte concentration de bureaux d'études, souvent spécialisés sur des domaines liés à la recherche publique régionale (eaux, matériaux, agriculture). En aval de la filière, les services d'installation, d'entretien et de maintenance sont également bien représentés. Entre l'amont et l'aval, la situation régionale est plus contrastée, en l'absence d'opérateur industriel de poids dans ce secteur.
Des réseaux d'acteurs à orchestrer Conséquence d'un tissu économique dominé par les TPE, les réseaux d'acteurs qui tentent de structurer la filière, se multiplient. On retrouve ainsi en Languedoc-Roussillon trois pôles de compétitivité dédiés à l'éco-industrie (le pôle Risques, Trimatec et Derbi), l'ensemble des incubateurs du réseau Synersud, et deux structures de valorisation de la recherche (Transfert LR et ChemSud). Au niveau des acteurs publics, la Région, l'ADEME, la DIRECCTE et Oséo consacrent également une partie de leurs moyens au développement des éco-entreprises. En l'absence d'entreprises leader sur un domaine, la question de savoir qui doit être le chef de file des cleantech se pose particulièrement en Languedoc-Roussillon, et à ce jour, seul le pôle Eco-industrie d'Alès fait partie de l'association PEXE, qui rassemble les réseaux d'éco-entreprises sur l'ensemble du territoire français afin de créer des synergies entre eux et les acteurs institutionnels. Trois stratégies possibles pour le développement de la filière Fort de ces constats, le cabinet Ernst&Young propose trois scenarii pour soutenir les éco-entreprises régionales. Le premier consisterait à appuyer et poursuivre les dynamiques en place sur les filières motrices et porteuses de la région (eau, matériaux, chimie verte, risques, agriculture…), en renforçant la visibilité internationale et l'innovation. Utile à long terme, notamment grâce à l'investissement sur l'innovation, ce scénario demeure cependant limité dans sa capacité à créer de l'emploi, à l'exception de postes très qualifiés. Mêmes limites pour l'autre scénario proposé, reposant sur un positionnement à moyen et long terme sur le créneau des énergies renouvelables. Sur ce marché qui n'est pas totalement parvenu en phase de maturité, mais dont l'essor est très probable, le Languedoc-Roussillon dispose d'atouts majeurs, susceptibles d'attirer des projets d'envergure, comme la future centrale photoélectrique dans la plaine de Beaucaire. Le dernier schéma mis en perspective par cette étude préconise un positionnement fort sur des filières dont le développement à court terme est garanti. Il s'agit en premier lieu de tout ce qui touche au bâtiment durable, un secteur en forte croissance et très créateur d'emploi, mais dont les retombées à long terme sur l'innovation demeurent limitées. Pour y parvenir, l'étude préconise notamment de "crédibiliser l'offre régionale" en renforçant les capacités de formation, et en mettant en place des labels régionaux. Elle révèle également la nécessité pour les collectivités locales de montrer l'exemple en généralisant ce critère éco-logique dans leurs achats publics.
Un secteur dominé par les filières traditionnellesTandis que des filières telles que l'énergie solaire, ou le développement des biocarburants, attire l'essentiel de l'attention des médias, ce sont les filières traditionnelles qui pèsent le plus lourd dans la balance économique de l'éco-industrie. A eux seuls, les secteurs de l'eau et des déchets pèsent près de 55% de la filière, en termes de chiffre d'affaires et d'emploi. Avec 10% du chiffre d'affaires, et 16% des emplois, le secteur du bâtiment confirme également le moteur qu'il peut représenter face aux chiffres du chômage. L'éolien, en revanche, même s'il pèse 13% de la masse d'affaires, ne représente à ce jour que 6% des emplois du secteur.
Un site web dédié aux éco-enteprises régionalesParmi les conclusions de l'étude sectorielle pilotée par la CCI-Régionale, il est apparu que les éco-entreprises régionales manquaient de visibilité et se connaissaient également peu entre elles. En réponse à ce constat, la CCI-R vient de lancer un potrail Internet dédié aux éco-entreprises du Languedoc-Roussillon. Ses objectifs sont de transmettre de l'information, des actualités, servir d'outil de communication, d'aider au montage de partenariats. Régulièrement, une éco-entreprise régionale fera la Une du site, favorisant ainsi la mise en valeur des compétences régionales.http://www.ecoentrepriseslr.fr/
Témoignage : 250 000 € d'investissement pour réaliser des "chips" de bois !
Gard Eco : Comment avez-vous décidé de développer votre activité dans le domaine du bois-énergie ? Yann Philip : Il y a trois ans, nous avons décidé de nous diversifier, en développant une activité de bois-énergie, et la production de plaquettes forestières, destinées aux chaufferies. Nous avons démarré en réalisant environ 4000 tonnes, il y a trois ans, et l'objectif pour cette année est de 15 000 tonnes. Qu'est-ce que cette nouvelle activité a nécessité en termes d'investissement ? Cela a tout d'abord nécessité l'acquisition d'un broyeur à plaquettes, un engin qui transforme le bois rond en véritables chips de bois. Nous avons également acheté des remorques spéciales, à fond mouvant, pour acheminer cette matière jusqu'aux silos. En tout, nous avons réalisé environ 250 000 euros d'investissement pour nous équiper. Comment avez-vous financé de tels montants ? Nous avons été suivis par la Région, qui nous a permis d'obtenir 35% de subvention pour l'acquisition du broyeur. Grâce à ce soutien, nous avons réussi à convaincre nos partenaires banquiers de nous faire confiance. Comment jugez-vous votre activité après trois ans ? A ce jour, nous avons un volume d'activité correct, même si les prix ne sont pas assez élevés pour nous satisfaire complètement. Nous parvenons juste à atteindre le seuil de rentabilité. Mais nous devons faire face à des concurrents qui n'hésitent pas à casser les prix pour remporter certains appels d'offres, et bien souvent, le prix importe plus que la qualité du produit. La qualité se mesure essentiellement en fonction de la taille des plaquettes de bois, et de leur faible niveau d'humidité. Deux paramètres que nous maîtrisons parfaitement, et qui nous permettent de répondre aux demandes d'équipements de taille petite ou moyenne. Vous êtes implanté sur le bassin alésien, qui communique beaucoup sur sa filière bois. Est-ce une opportunité pour vous ? La filière bois est en effet bien structurée, mais malheureusement, nous n'avons pas été conviés à faire partie de cette structure ! Nous ne devons pas faire partie des bons réseaux, et du coup, la quasi-totalité du marché local alésien nous échappe, alors que nous produisons localement. A titre d'exemple, nous n'avons même pas vu passer l'appel d'offres pour fournir la chaufferie du nouvel hôpital. Heureusement que nous arrivons à travailler ailleurs… |






Le premier constat établi par cette étude relève que sur les 2000 entreprises régionales qui peuvent être rattachées au secteur (en incluant notamment les artisans du bâtiment), le tissu local est principalement constitué de TPE, et plus généralement, à 99% fait de PME. Même si certains acteurs majeurs du secteur ont retenu le Languedoc-Roussillon pour y installer leur représentation Grand sud, on ne trouve localement que très peu de sièges de grandes entreprises des cleantech. Il en résulte en premier lieu que le marché est avant tout local, et que seules les entreprises situées sur des niches technologiques pointues parviennent à accéder aux grands comptes nationaux ou internationaux. Ainsi, même si la palette de l'offre régionale couvre l'ensemble des filières, elle est généralement soumise à la concurrence des acteurs majeurs, notamment sur les marchés publics qui représentent 25% du chiffre d'affaires du secteur.
A 27 ans à peine, Yann Philip est déjà un éco-entrepreneur convaincu. En reprenant le flambeau familial dans le domaine de l'exploitation forestière, il a fait le pari de diversifier sa société sur le secteur du bois-énergie. Une activité qui compte aujourd'hui pour près de 30% dans son chiffre d'affaires, à côté des secteurs traditionnels du bois utilisé pour la construction, ou pour la fabrication de pâte à papier. Trois ans après le lancement de cette nouvelle activité, la société Environnement Bois Energie compte une quinzaine de salariés, et porte un regard optimiste mais critique sur la filière.