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Conjoncture : La reprise à pas lents PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 04 Juillet 2011 08:00

Le Gard sort du marasme

2011, année de la reprise ? Personne ne se risque à l'affirmer. D'autant que si l'impression générale est bonne, ce n'est pas non plus l'enthousiasme à regarder de plus près.

L'éco dans le Gard

9,5% de hausse du chiffre d'affaires global au premier trimestre

12,8% d'inscrits à Pôle Emploi au premier trimestre

355 procédures judiciaires de janvier à mai au tribunal de commerce

En météo, on appelle ça un ciel de traînes. Les nuages deviennent de moins en moins menaçants. Le soleil fait des apparitions de plus en plus longues. Certains y voient l'annonce de jours radieux. Mais d'autres - les incorrigibles pessimistes pour les premiers - n'oublient pas que le sol est encore humide et qu'une averse est encore possible. Dans le sillon de l'année 2010, l'économie gardoise poursuit son redressement pas à pas, après le choc de la crise en 2008 et surtout 2009.

Ces six premiers mois de l'année n'ont pas apporté de bouleversements majeurs. Juste le sentiment que le baromètre des affaires remonte petit à petit sans atteindre des sommets anticycloniques. Mais ça commence à se faire ressentir sur le moral des chefs d'entreprise du département. Le panel de la CCI de Nîmes(1) a déclaré pour moitié avoir confiance en l'avenir. Ils n'étaient que 25% dans ce cas en mai 2010.

Les statistiques confirment les bonnes impressions de cette fin de printemps. Selon l'étude de conjoncture réalisée tous les mois par la chambre consulaire, "tous nos indicateurs montrent une amélioration de la situation économique pour le mois de mai. Le chiffre d'affaires rebondit, le solde des embauches reste positif et la trésorerie cesse de se dégrader." Au premier trimestre, le chiffre d'affaires globale a ainsi augmenté de 9,5%. Dans l'industrie aussi, on assiste à une hausse de 8,2% !

Et pourtant, toutes les angoisses ne sont pas dissipées. "Les avis sont partagés quant au fait que la crise appartienne au passé". Les mots sont soigneusement choisis par l'observatoire de la chambre. Pas question de crier victoire. En tout cas, pas pour tout le monde. L'embellie ne profite pas à tous les secteurs.

Enfin (et surtout) rien ne garantit que le chômage ne se résorbe vite. L'emploi est tiré par les entreprises de moins de 20 salariés. D'où peut-être un certain décalage entre les bonnes anticipations des chefs d'entreprises et le taux de chômage. Ce dernier reste particulièrement haut dans le Gard : 12,8% de la population active était inscrite à Pôle Emploi au premier trimestre 2011. C'est trois points de plus que la moyenne nationale, qui se situe à 9,2%. Certaines zones restent sinistrées comme Alès et La Grand-Combe où Pôle Emploi enregistre des pointes au-delà des 14%. Les nuages s'accrochent encore...

Les services en tête

Ce sont les bons élèves du département. Avec près de 9000 établissements, les services emploient 64 335 personnes. En 2010, le chiffre d'affaires était de 3,6 milliards d'euros. Après une fin d'année 2010 sous la grisaille, le rebond a été rapide. 40% de chefs d'entreprise indiquaient une baisse de leur chiffre d'affaire en décembre. Ils n'étaient plus que 10% début 2011, et la moitié attendaient une hausse en avril.

Les transports et l'entreposage en particulier affichent leur dynamisme. Idem pour le commerce, sauf en centre-ville de Nîmes, jugé toujours difficile d'accès, et qui ne semble pas avoir profité de la féria (voir page précédente). Mais les zones d'achat en périphérie se portent mieux, bénéficiant sans doute du report des consommateurs. Le secteur de l'hôtellerie et de la restauration a été un peu pénalisé en mai, mois sans pont. Mais le rattrapage semble se faire grâce aux week-end prolongés de juin.

Seul bémol : la construction encore en difficulté après une année 2010 éprouvante, après avoir été longtemps une des
locomotives de l'économie locale. L'investissement en Scellier permet de maintenir à un niveau correct la demande des particuliers. Mais la commande publique reste déprimée. Malgré tout, 70% des entrepreneurs du bâtiment prévoient une reprise de leur activité. L'immobilier a pour sa part vu son chiffre d'affaire se contracter de 7,4% depuis le début de l'année.

L'industrie sur la bonne voie ?

24147 salariés, 1500 établissements, et un chiffre d'affaires en 2010 de 3,5 milliards d'euros. Soit presque autant que les services. Voilà qui confortera ceux qui dans le Gard pensent que l'industrie reste primordiale pour créer de la valeur. Les produits made in Gard se sont bien exportés l'an dernier, avec une augmentation de 3,8%. Et le chiffre d'affaires a bondi de 8,2% depuis le début de l'année. Les carnets de commande sont bien remplis mais le deuxième trimestre s'annonce plus mitigé. La demande se tasse et un quart des industriels voient une dégradation de leur marge. En cause notamment la flambée du pétrole et les prix de l'énergie. Depuis le 1e juillet, le tarif du gaz a augmenté de 3,2% et les tarifs électricité d'EDF entre  4,4% et 4,9% pour les entreprises.

 

La création d'entreprise et les défaillances inquiètent

L'an dernier, le Languedoc-Roussillon s'est classé deuxième région de France derrière la Picardie pour la création d'entreprises selon l'INSEE : plus 6,5% hors statut d'auto-entrepreneur. On ne connaît pas la participation du Gard à cette performance. Mais 2011 ne sera pas un record. Ou en tout cas, c'est mal parti.

Les créations ont connu un coup de froid. Elles sont au nombre de 1972 sur les cinq premiers mois de l'année, selon la CCI de Nîmes. Soit un recul de 12,8% par rapport à 2010. Le recul est de 11,3% pour les secteurs du commerce et des services par rapport à la même période en 2010. Quant aux auto-entrepreneurs, ils sont eux aussi moins nombreux, une réduction de 13,2%. La CCI d'Alès a compté chez elle 238 nouvelles entreprises, enregistrées au registre du commerce lors du premier trimestre. À la clé, 256 emplois. Il s'agit la plupart du temps de petites entreprises dans le bâtiment, le commerce ou la restauration.

Du côté des défaillances, le tribunal de commerce n'a malheureusement pas manqué de travail, signe d'une fragilité certaine. On compte en moyenne 71 procédures par mois entre janvier et mai, contre 65,4 pour la même période en 2010. En tout, 355 procédures ont été lancées. Et dans plus de six cas sur dix, il s'agit d'une liquidation. Un pic a été atteint en février avec 87 procédures tout confondues (sauvegarde, redressement, liquidation). Depuis, c'est la décrue avec seulement 63 en mai.

L'emploi dans toutes les têtes

Ce printemps a été marqué par la liquidation très médiatique de l'entreprise Richard-Ducros, qui employait 230 salariés à Alès. Une histoire industrielle vieille de 143 ans s'est terminée. La semaine dernière, c'était au tour des 57 employés d'Antix à Gallargues-le-Montueux de connaître le même sort. Si dans ces deux affaires les pouvoirs publics ont semblé impuissants, les politiques affichent quand même leur volontarisme. Et à tous les étages. À la Région bien sûr, puisque l'économie est sa compétence. Mais aussi chez les représentants de l'État dans le département et au Conseil général.

Ce dernier s'est emparé d'un domaine qui n'est pas le sien. Mais l'institution refuse d'être réduite à un guichet social. Elle va donc réactiver dans les prochains mois son projet d'une agence de développement économique.

Le préfet de son côté a inauguré il y a quelques semaines les services publics locaux de l'emploi. La gestion effective est même confiée aux sous-préfets pour être au plus près des besoins des entreprises. Cette "territorialisation" de la politique de l'emploi repose sur la promotion des contrats d'alternance. Des outils souples à destination des PME, les premières à créer de l'emploi dans le département. L'alternance devrait, espère-t-on, résoudre l'inadéquation de la main-d'œuvre dans le Gard et cibler les populations les plus touchées (les plus de 55 ans, les chômeurs de longue durée, et les jeunes sans qualification ou diplôme). Reste plus qu'à attendre et évaluer les effets.

(1) Cette enquête a été menée par téléphone et par courriel du 27 mai au 1er juin auprès de 235 entreprises inscrites dans notre panel. L'enquête a été réalisée en partie par le Medef, l'Uimm, et la CCI

Les chaînes de restaurant prennent leurs quartiers à Alès

McDo, Subway. Cette année 2011 rime avec création de franchise et fast food. Un Subway a ouvert ses portes la semaine dernière dans le centre-ville. En septembre, un nouveau McDo va sortir de terre le long de la rocade, au niveau de l'hôpital qui vient d'être inauguré. Ce sera le troisième restaurant de la célèbre marque. Les deux premiers au Mas de l'Hours et près de la préfecture emploient près de 125 salariés. Dernièrement, c'est Hippopotamus qui a emménagé en face du tribunal.

 

Antix, c'est fini

Le fabricant de meubles en bois patinés, qui emploie 57 personnes à Gallargues-le-Montueux, va fermer ses portes. La proposition de reprise de l'unique candidat en lice, la société Wood Invest, n'a  pas été retenue par le tribunal de commerce de Nîmes. Il a donc prononcé la liquidation définitive d'Antix le mardi 28 juin. Une liquidation déjà décidée en mai dernier mais suspendue le temps d'examiner l'offre de rachat. Le plus grand flou règnait sur l'identité de ce repreneur potentiel. Wood Invest serait une entreprise de droit anglais, filiale en cours de constitution de Scarsdale select limited, dirigée par Michel Lorre. Le tribunal a déclaré avoir des doutes sur l'évidence des fonds reçus pour payer les dettes et surtout poursuivre l'activité industrielle et commerciale.

Antix va donc arrêter sa production et les 57 salariés seront licenciés. La société est néanmoins autorisée à continuer la production jusqu'au 15 juillet. C'est la fin d'une aventure industrielle de 25 ans. Fondée en 1976 à par Armand Wizenberg, Antix fabrique des meubles de maison à l'aspect vieilli, d'abord à Baillargues, près de Montpellier, puis dans le Gard à Gallargues le Montueux. L'entreprise a souffert de la crise économique. Son chiffre d'affaire a fondu de 19,7M € en 2007 à 7,6M € en 2009. La gestion de l'époque a aussi été mise en cause par l'actuel directeur, Francis Pozas, et les salariés.