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Conjoncture : La grande inconnue PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 20 Décembre 2011 11:39

Début juillet, Gard Éco titrait "la reprise à pas lent". La tempête boursière de l'été a douché cet espoir. Mais plus que le climat de crise, les décideurs économiques vont partir en vacances, pour ceux qui ont cette chance, avec une foule d'incertitudes : avenir de la zone euro, dette française sous surveillance, que certains voient dégradée d'ici noël, éventuel troisième plan d'austérité qui s'en suivrait... Des questions sans réponse alors que la campagne présidentielle, déjà bien entamée, va aller crescendo, et que les marges de manœuvres du ou de la prochaine locataire de l'Élysée semblent maigres, tout comme celles des pouvoirs publics locaux.

2012, un saut dans l'inconnu... Tout semble se brouiller, selon les chefs d'entreprise qu'interroge régulièrement le service études de la CCI de Nîmes : "la dégradation de la situation internationale", l'approche des "élections", les "difficultés de financement bancaire", des "ménages plus économes", la "multiplication des impayés", des "charges trop importantes" ou encore des "carnets de commandes peu remplis" sont signalés par des chefs d'entreprises inquiets. Ceci risque de provoquer " un coup d'arrêt à l'activité économique après les fêtes."

11-12-20-graphLe premier coup de semonce a été tiré par l'Insee. L'organisme de statistiques économiques prévoit un recul du PIB national au quatrième trimestre 2011 et au premier trimestre 2012. En termes moins techniques, cela signifie une récession, qui ne devrait toutefois pas durer.

La nouvelle n'a sans doute étonné personne. Dans le Gard, l'activité a en fait fléchi dès juin.  Conséquence, les indicateurs économiques plongent depuis septembre. À en croire le service études de la CCI de Nîmes, tout est passé dans le rouge dès le troisième trimestre : "Les chiffres d'affaires et les emplois flanchent. La trésorerie se tend à nouveau. Les investissements se grippent. Le solde d'embauches est négatif", résume la lettre conjoncturelle.

Le bâtiment s'attend à des mois difficiles

Secteur par secteur, ce sont le commerce et la construction qui souffrent particulièrement depuis quelques mois. Le premier est frappé de plein fouet par la morosité des consommateurs. À Nîmes, certains professionnels doivent en plus gérer les difficultés liés aux travaux, comme Gard Éco le montre depuis bientôt un semestre. Les fêtes devraient offrir un répit. Mais après ? Seuls les commerces alimentaires et les grandes surfaces s'en sortent avec une hausse de la fréquentation, toujours selon la CCI de Nîmes. Cette remontée du chiffre d'affaires sert avant tout à renflouer la trésorerie. L'emploi en CDI devrait lui reculer.

Dans le bâtiment, les professionnels redoutent 2012 avec la mise en place des mesures des plans d'austérité du gouvernement : hausse de la TVA à taux réduit et réforme de l'éco-prêt à taux zéro qui impactent les travaux de rénovation, réduction du dispositif Scellier avant sa disparition sans compter la baisse de la commande publique et les conditions plus restrictives d'accès au crédit.

 

Tout cela arrive alors que le secteur, qui représente près de 15 000 emplois dans le Gard, ne s'est pas remis du choc de 2008. Selon la fédération française du bâtiment (FFB) dans le Gard, le nombre de logements neufs autorisés stagne autour de 5500, 6000 unités par an depuis 2010. Avant 2008, il s'élevait à 8000 par an. Même tendance pour les mises en chantier. Les dégâts se font déjà sentir : sur un an (novembre 2010-novembre 2011), la Caisse des congés payés du bâtiment a dénombré 162 procédures judiciaires, concernant 750 salariés. Soit une hausse de 5%. "Nous sommes le seul département où les chiffres augmentent en Languedoc-Roussillon", se désole Marc Livecchi de la FFB du Gard. Dans ce climat pas des plus réjouissants, les médias sont aussi pointés du doigt. "Le facteur psychologique est de plus en plus important. Les gens hésitent à entreprendre des travaux. Ils font des réserves", poursuit-il.

Les médias en font-il trop ? Ce n'est pas impossible. Ils ont en tout cas la (fâcheuse) tendance à ne parler que des trains en retard. Si on essaie d'être le plus complet possible, la situation est plus nuancée en dehors de ces deux secteurs. L'industrie, par exemple, s'est maintenue en novembre, en tout cas dans le ressort de la CCI de Nîmes. Et les chefs d'entreprise s'attendent plus à un ralentissement qu'à un effondrement de la production, ce qui va permettre de maintenir les emplois durables.

Ce sont évidemment les services qui résistent le mieux. "Le chiffre d'affaires des services du Gard a progressé de 6,2% de janvier à septembre 2011 par rapport à 2010. C'est le secteur le plus dynamique", affirme la lettre conjoncturelle de la CCI de Nîmes, citant la Direction générale des finances publiques, administration relevant du ministère du même nom.

Mais ces quelques éclaircies ne permettent pas de dégager de perspectives claires, en particulier sur le front de l'emploi. Presque 56 500 inscrits à Pôle emploi fin octobre, soit une hausse de 6,8% sur un an. Le nombre d'inscrits n'a jamais cessé de croître depuis octobre 2008, augmentant de 10 000 personnes supplémentaires en trois ans.

Reste que dans ce tableau global "joyeux", tout le monde n'a pas sombré dans la déprime. Interrogés par la CCI de Nîmes sur l'activité de leur entreprise sur un an, une majorité de patrons se déclare confiants (voir diagramme). Ils le sont nettement moins quand on leur demande de se prononcer sur la situation de la France. Comme si dans cette conjoncture, ils ne comptent désormais que sur eux-mêmes.


Budget 2012  : La rigueur plutôt que l'austérité

Le Conseil général et la Ville de Nîmes ont adopté leur budget la semaine dernière. La Région et la Ville d'Alès s'apprêtent à faire de même cette semaine. Rigueur plutôt qu'austérité, voilà le maître-mot en cette année électorale. Les politiques locales affichent leur volontarisme pour soutenir l'activité, tout en voulant se montrer vertueuses. Un exercice d'équilibre délicat.

Le Conseil général admet ainsi devoir réduire la voilure de ses investissements de 6%, à 137,5 M€. Certains chantiers routiers ou les programmes de construction et de réfection de collèges pourraient être lissés, voire ralentis. Les dépenses augmentent de 4,5%, tirées par les prestations sociales à verser. Ce qui n'empêche pas le président (PS) Damien Alary de poursuivre ses initiatives dans le développement économique comme la création de l'agence départementale de promotion et de prospection économique en accord avec les chambres consulaires (500 000€), le lancement d'un réseau dédié au travail saisonnier, et la mise en place du dispositif "Un jeune, un parcours, un emploi" qui prévoit d'attribuer 8000€ aux entreprises embauchant des jeunes de moins de 26 ans.

La Ville de Nîmes compte surtout sur ses travaux et l'aménagement urbain pour soutenir l'économie locale. Elle devrait y injecter plus de 50 M€. Sans compter 17,3 M€ pour le programme Cadereau. Tout cela sans augmenter la fiscalité depuis 2001, souligne le maire (UMP) Jean-Paul Fournier, à l'exception notable du versement transport qui pèse sur les entreprises de plus de dix salariés dans l'Agglo pour financer le TCSP. L'édile promet de ne pas toucher aux taux des taxes d'ici la fin de son mandat en 2014.

Car malgré la crise, certains n'oublient pas les échéances électorales de 2012, et à plus long terme, les scrutins locaux en 2014. La bataille de Nîmes s'est ainsi déclenchée la semaine dernière. Chacun soigne sa figure de gestionnaire compétent, en donnant des coups de griffes à son adversaire. Jean-Paul Fournier a ainsi ciblé Damien Alary. Le Conseil général va en effet augmenter la seule taxe qu'il prélève, le foncier non bâti, de 2,7%. Mais la collectivité a un niveau d'endettement faible et n'a pas d'emprunt toxique, fait remarquer Damien Alary sans accuser directement le maire de Nîmes. Il n'ignore pas cependant que la Ville a contracté des prêts auprès de Dexia, la banque des collectivités locales en cours de démantèlement. Selon Yvan Lachaud, adjoint aux finances, il reste un seul emprunt dit toxique de 31 M€. Mais d'une "toxicité toute relative", les taux d'intérêt étant fixé à 4,1% jusqu'à fin 2012.