Bannière
Conférence économique : Le projet d'agence départementale refait surface PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 30 Mai 2011 08:00

Le département se veut plus proche des chefs d'entreprise

11-05-31-intervenantsLe Conseil général a présenté lundi 23 mai son programme lors de la conférence économique départementale. La création d'une agence départementale du développement économique a été officialisée. Le mot d'ordre : aider les entreprises à créer de l'emploi.

L'annonce n'a pas suscité de réaction particulière dans le public. Présentée comme la surprise de cette conférence, la création d'une agence de promotion économique du Gard n'a en fait déclenché ni enthousiasme, ni hostilité chez les chefs d'entreprise, réunis lundi soir à l'auditorium du Conseil général à Nîmes.

Cette agence se veut pourtant le fer de lance de la politique économique du département pour les trois prochaines années, même si ces contours sont, pour le moment, flous. Une structure que Damien Alary, le président (PS) du Conseil général du Gard, veut pour être "au plus près des besoins des chefs d'entreprises". Tel était le titre de la conférence, cette année, pour ce rendez-vous, habituel depuis 2006, entre élus, chefs d'entreprises et représentants des quatre corps consulaires (CCI Nîmes, CCI Alès, CMA, CA).

Le ton était à la fois volontariste et pragmatique. Voilà comment Damien Alary a résumé dans son discours sa stratégie pour l'emploi et l'économie pour la nouvelle mandature.

Volontariste car les difficultés sont nombreuses : 12,7% de chômage (chiffre du second semestre 2010), plus de 24 400 allocataires du RSA socle/ex RMI (revenu de solidarité active). Un RSA financé par le Conseil général, tout comme les 900 travailleurs sociaux chargés d'accompagner les allocataires. L'équation budgétaire semble impossible à tenir d'autant que Damien Alary s'est engagé à ce que la fiscalité n'augmente pas au-delà de l'inflation.

Que faire alors ? Du développement économique. Le Conseil général n'en a pas la compétence, reconnaît son président. Mais il peut y contribuer. "Un emploi que vous créez, c'est un chômeur ou un allocataire du RSA en moins", a-t-il lancé à son auditoire. Voilà pour le côté pragmatique. Traduction : le Conseil général n'est pas voué qu'à être un guichet social unique où on vient sonner. Amis chefs d'entreprise, on peut aussi vous aider.

 

La concertation à moitié réussie

Ce discours de séduction a été distillé pendant les deux heures qu'ont duré la conférence. À l'appui, des témoignages vidéo d'entrepreneurs, dont la diffusion a rythmé la soirée. Une soirée qui se voulait interactive, mais qui n'a pas provoqué d'intenses discussions. L'auditorium était plein, mais sage. Et peu de gens se sont précipités pour parler au micro, malgré les nombreuses invitations de l'animatrice.

Pourtant l'autre maître-mot de cette conférence, version 2011, c'était la concertation. Cinq réunions publiques ont été organisées dans tout le Gard, avec les quatre chambres consulaires. Le succès a été tout relatif : sur 1660 invitations lancées, 210 chefs d'entreprise ont répondu présents. Certains objecteront qu'ils avaient sans doute d'autres occupations, comme la sortie de la crise économique.

Quatre thématiques ont émergé de ces rencontres : l'agriculture, le tourisme, l'accompagnement des entreprises, l'emploi et la formation, enfin l'installation des entreprises. Pas de risque de dispersion. Le Conseil général entend cibler ces interventions autour de 15 engagements, donc cinq mesures fortes.

La matière grise plutôt que des financements

C'est que le budget en matière de politique économique est limité : 20 millions d'euros d'aides directes. Faute de proposer des financements, on aura des idées, a promis Damien Alary. La matière grise, plutôt que des espèces sonnantes.

Principale annonce donc : la création d'une agence départementale du développement économique. 

Elle aura un statut d'association type 1901 à laquelle prendra part le Conseil général et les quatre chambres consulaires. On n'en sait pas beaucoup plus sur l'organigramme, le nombre de personnes qui y travaillera, ou même plus trivialement son nom. L'objectif, lui, semble mieux défini. Cette agence va faire de l'ingénierie technique et financière. Plus concrètement, elle servira aux entrepreneurs pour simplifier leurs démarches, en les guidant dans les dispositifs d'accompagnement ou en leur montrant le foncier disponible.

L'agence sera une interlocutrice parmi d'autres. Pas question pourtant de se substituer aux CCI. Celle de Nîmes a pourtant son agence de développement, NRCT (Nîmes Rhône Cévennes technopole). Le président Éric Giraudier balaie tout risque de concurrence ou de superposition des structures. Il souhaite que cette agence départementale prospecte en particulier dans les territoires sans communauté d'agglomération. À l'appui de sa démonstration, l'exemple du Gard rhodanien, qui représenterait un gisement de plusieurs centaines d'emplois.

Autre objectif de l'agence : assurer la promotion du Gard, en partenariat avec la Région. D'autres départements se sont dotés de ce genre de structures, comme pas loin de chez nous, l'Aveyron. Dernière mission assignée : la mise en réseau des chefs d'entreprise. Actuellement 105 réseaux existent, regroupant plus de 4000 entreprises.

Voilà pour la mesure phare. Deux autres annonces fortes sont à retenir : la création d'une maison de l'emploi saisonnier, ou tout du moins le lancement d'une étude de faisabilité ; et l'engagement d'accompagner financièrement trois zones d'activité économique nouvelles (ZAE) par an. 19 sont actuellement en projet. Le Conseil général entend aussi rédiger une charte du développement durable et apporter le haut débit, voire le très haut débit dans les 229 ZAE existantes.

Et pour ce qui est du financement, de la formation ou de l'emploi ? L'aide aux chefs d'entreprise va prendre la forme de diagnostics, de plans, de guides ou d'annuaires. Ceux qui se plaignent de l'inadéquation de l'offre et de la demande en matière de main-d'œuvre, problème soulevé lors de la phase de concertation, resteront sans doute sur leur faim.

L'agriculture et le tourisme en priorités

Côté aménagement, le programme se concentre sur deux secteurs : l'agriculture et le tourisme, chacun étant stratégique à l'échelle du département.

L'agriculture d'abord. 85% du territoire gardois est couvert de terres (cultivées ou non) de forêts et d'étangs. Mais 2000 hectares sont perdus chaque année. Le Conseil général veut maîtriser le foncier. Comment ? En acquérant, via la Safer, 100 hectares de terres par an pour permettre à de jeunes agriculteurs de s'installer. Autre levier : soutenir les circuits courts grâce à la restauration collective, le Conseil général gérant les collèges et des maisons de retraite.

Le tourisme, lui, est le premier secteur économique du département. Il fait vivre 14 000 emplois et génère un milliard d'euros par an, soit 6,5% du PIB. Principal engagement : une nouvelle signalétique va voir le jour en 2012. Le Conseil général, gestionnaire des routes départementales, ne devrait pas rencontrer de difficulté pour ça.

Autre chantier : la montée en gamme dans l'hôtellerie-restauration grâce aux labels. Un travail mené en partenariat avec les offices de tourisme et les chambres consulaires...comme la plupart des mesures annoncées lundi soir.

"Il s'agit surtout de faire de la coordination", admet Denis Bouad, vice-président au développement économique, à l'emploi et la formation. Coordonner, encourager, accompagner. Pas d'argent, mais de la matière grise...

Cinq mesures phare pour encourager l'emploi 5 engagements économiques ont été pris. Parmi eux, cinq mesures, dites phares :
- la création d'une agence de promotion économique du Gard
- la mise en place d'une signalisation touristique avec charte graphique et une déclinaison pour portables et smartphones
- une étude de faisabilité pour une maison du travail saisonnier
- un soutien technique et financier accru pour l'aménagement et la création des zones d'activité économiques (ZAE)
- une politique agricole foncière via l'acquisition de terres et l'aide à l'installation

Débat : Le département, une bonne échelle ?

La création de l'agence de développement économique départementale ne fait pas l'unanimité.  L'économie est une compétence de la Région et des communautés d'agglomération, a ainsi fait remarquer Franck Proust, conseiller général d'opposition et premier adjoint au maire de Nîmes. Il en a appelé à la clarification des compétences - éternel débat - et à des agences décentralisées. Cette agence départementale lui semble inutile car elle ne pourra pas avoir de vision globale. "Les problèmes du Vigan ne sont pas ceux d'Alès ou du Gard rhodanien". Eric Giraudier a rappelé qu'il n'y avait que deux communautés d'agglomération dans le Gard. Cela laisse des zones géographiques non couvertes.

En toile de fond de ce débat, la réforme des collectivités territoriales. En 2014, les élections régionales et cantonales vont fusionner en un seul scrutin. Les élus siègeront alors dans les deux institutions. Pour certains, c'est une menace pour l'existence du département, qui existe depuis la révolution. Damien Alary entend ainsi défendre le département, qui peut jouer un rôle d'interface entre les acteurs économiques et la Région. "On n'est pas encore mort", lâche-t-il. D'autant que la réforme ne s'appliquera pas en l'état si la gauche l'emporte en 2012. 

Abécédaire

Beaucoup de sujets ont été abordés lors de cette conférence économique. Petit abécédaire pour ne rien manquer de A à Z.

A comme accueil. À améliorer selon Damien Alary dans l'hôtellerie-restauration. "Le problème, c'est qu'après 20h ou 21h, ou c'est fermé, ou on a l'impression de déranger".

B comme bois : La filière bois ne devrait pas être oubliée, comme l'ont réclamée les participants lors de la phase de concertation. Des filières locales d'approvisionnement en bois énergie sont prévues.

C comme circuits courts : Dominique Granier, le président de la chambre d'agriculture, s'est montré prudent. "On ne sauvera pas le Gard avec les circuits courts. Le problème de l'agriculture, c'est de capter la marge, ce qu'on n'arrive plus à faire".

E comme excellence : Le président de la CCI de Nîmes, Eric Giraudier est favorable à la création de l'agence de promotion économique. Elle pourrait en effet pousser le projet de pôle d'excellence en démantèlement et assainissement des installations en fin de vie, prévu à Marcoule, sur le parc Marcel-Boiteux. Un projet phare qui comprend un chantier-école, un campus R&D, et des implantations d'entreprises.

F comme foncier : maîtriser le foncier, le leitmotiv de la soirée tant pour les terres agricoles que l'immobilier des entreprises. Dans les ZAE, près de 700 hectares sont disponibles, dont 79 immédiatement. Certains rappellent que ce n'est pas le Conseil général qui a la main dessus mais les intercommunalités.

P comme PPRI : un sujet brûlant pour les élus. Jacques Bourbousson, président de la communauté de communes de Beaucaire Terre d'Argence a regretté la rigueur du plan de prévention des risques d'inondations (PPRI), un frein à l'aménagement de ZAE le long du Rhône. Damien Alary a rappelé que ce même PPRI bloque un projet de centre de soin pour les maladies de la peau à Aigues-Mortes, qui pourrait soutenir les Salins du Midi en difficulté. "Je ne suis pas le préfet. Mais il est vrai que nous élus avons construit au fond des rivières. Maintenant, on passe d'un extrême à l'autre. Il faut trouver un équilibre".

R comme route des vins : ce devrait être une des signalétiques installées pour encourager l'œnotourisme, ou le tourisme viticole. Des parcours sont envisagés pour les Côtes du Rhône et les Costières.

S comme santé : en conclusion de la conférence, Damien Alary s'est lancé dans un couplet sur la désertification médicale, qui a quelque peu dérouté l'auditoire. Un de ses dadas, confesse-t-il. Mais c'est un domaine où selon lui les solutions existent si on monte des partenariats. Et il y a un vrai gisement d'emplois.