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Conférence économique : l’année charnière ? PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 22 Décembre 2009 00:00

Initiée par le Conseil Général, la Conférence départementale de l'économie soufflait cette année sa quatrième bougie, 09-12-22-alarydans un contexte assez particulier. En raison de la crise économique, tout d'abord qui touche non seulement les entreprises, mais aussi les finances du Conseil Général, qui a vu l'encaissement des droits de mutation s'effondrer avec le ralentissement de l'immobilier. En raison, ensuite, du contexte législatif, et de ses deux volets : réforme fiscale, dont la suppression annoncée de la taxe professionnelle inquiète les élus locaux ; réforme territoriale, également, qui renforce la compétence économique des régions et des agglos, au détriment des départements, qui verraient au contraire leur rôle social se renforcer. Enfin, on ne peut occulter la période pré-électorale, et les prochaines élections régionales pour décrypter les enjeux de cette Conférence économique.
Réunis autour de Damien Alary, les présidents des quatre chambres consulaires  se sont donc retrouvés mardi 16 décembre dans les locaux nîmois de l'Ecole des Mines d'Alès, sur le parc Georges Besse. Un choix tout en symbole. Non seulement de l'importance de l'axe Nîmes-Alès pour le développement économique du territoire, mais symbole, surtout, de la reconversion nécessaire du Gard. Menacée par la fermeture des mines, l'EMA s'est réinventée, pour devenir l'école des "ingénieurs-entrepreneurs". C'est cette voie de la mutation que doit trouver le Gard pour se tourner vers son avenir, en tirant profit de son passé.

Un contexte pénalisant

Car, outre la fermeture de ses industries historiques, le Gard doit faire face à un afflux massif de nouveaux arrivants pour préserver son équilibre économique déjà précaire. En dix ans, la croissance démographique a atteint 1,3% par an en moyenne, contre 0,7% à l'échelle nationale. Des nouveaux arrivants qui pèsent dans la balance des comptes départementaux, dont plus de 70% sont consacrés aux dépenses sociales (RSA, Aides aux adultes handicapés…). D'autant que la conjoncture n'aide en rien : 470 emplois ont été détruis en un an, et la hausse du chômage atteint pour 2009 un taux supérieur à 20%.
Le ralentissement touche tous les secteurs d'activité : l'industrie, qui accuse près de 8% de baisse de son chiffre d'affaires en 2009, et 17,7% d'embauches en moins que l'année dernière. La construction, qui après avoir bien résisté en début d'année suit désormais la tendance à la baisse. Le commerce, qui voit désormais le nombre d'embauches diminuer dans la grande distribution. Les services, également, qui emploient près de la moitié des actifs du secteur privé gardois, sont en repli de 2,8% sur leur chiffre d'affaires depuis le début de l'année.


Secteur phare de l'économie gardoise, l'agriculture est à la fois source d'inquiétude et d'espoirs. Inquiétude au regard des difficultés financières auxquelles sont confrontés certains exploitants qui peinent à écouler leur production. Inquiétude également quant au nombre de nouvelles installations : 26 seulement en 2009. Espoir, cependant lorsque l'on note que les deux tiers de ces nouvelles installations ont opté pour l'agriculture biologique, concourant en cela à l'objectif affiché par le Conseil général de faire du Gard le premier producteur bio de France. Espoir, enfin, compte tenu des incidences de l'agriculture sur la gestion des espaces.
Car le Gard est désormais résolument tourné vers le tourisme, devenu la première richesse économique du territoire avec 6,5% du PIB. 
D'autant que cette activité non délocalisable fait partie des rares à pouvoir afficher une hausse d'activité cette année. Conséquence inattendue de la crise, le retour de la clientèle française a permis d'enregistrer 16% d'augmentation sur les nuitées en 2009. Au même titre que l'agriculture, le tourisme s'affirme comme un outil d'aménagement durable du territoire.
Quatre conférences, et quatre piliers communs
Pour dresser le bilan des trois précédentes conférence économiques, et de trois années de collaboration entre les chambres consulaires (CCI de Nîmes, d'Alès, Chambre de métiers et Chambre d'agriculture), quatre axes ont été retenus pour synthétiser les actions communes, soutenues par le Conseil général et portées par une ou plusieurs chambres :

* La structuration et l'aménagement du territoire, qui a permis par exemple de réaliser un schéma global des Zones d'activités économiques du département, prolongé par un site Internet qui présente dans le détail l'ensemble de ces zones (www.za-gard.fr). Autre illustration de l'utilité d'une mobilisation des différentes chambres consulaires, le dispositif  "restructuration viticole consécutive à l'arrachage", qui permet d'orienter les nouvelles cultures en fonction des débouchés industriels locaux. Une vision qu'illustre la mise en place d'une véritable filière bio à l'échelle du département, dans laquelle se placent des industriels agroalimentaires tels que Arcadie, qui figure parmi les leaders des épices, arômes, plantes médicinales et autres légumes déshydratés issus de l'agriculture biologique.

* Second pilier de ces actions communes, l'accompagnement des entreprises, en matière de création, de croissance ou encore d'innovation. S'inscrivant dans le financement de plusieurs dispositifs, le Conseil Général s'est appuyé sur les Chambres consulaires pour la mise en œuvre d'actions telles que des prêts d'honneur, ou l'instruction de dossiers de demandes de subventions. Pour Francis Cabanat, Président de la CCI d'Alès, cette intervention des Chambres dans l'instruction des dossiers est rendue nécessaire "face à un tissu de petites entreprises, qui demande de maîtriser l'expertise et le développement d'action sur des sujets aussi variés que l'innovation, l'international, le regroupement d'entreprises, la mise en réseau, le benchmarking, la recherche de financement…". Une complexité qui demande, selon lui, de regrouper les forces en présence au sein de clubs, ou de "clusters", et de structurer des filières spécialisées, comme l'illustre le pôle mécanique ou la filière bois/énergies sur le bassin alésien.

* Troisième axe de collaboration interconsulaire, l'emploi demeure un enjeu crucial pour le tissu économique gardois, dont plus de la moitié des entreprises ne comptent aucun salarié. Il est en outre un lien direct entre les enjeux sociaux qui incombent au Conseil Général, et les entreprises. C'est sur ce constat qu'a été initié le dispositif du Contrat d'insertion-RMA, permettant de ramener vers l'emploi des publics en difficulté, tout en offrant au chef d'entreprise un soutien financier et en permettant l'aide à la formation, nécessaire pour l'ajustement des compétences. Un dispositif qui, comme le souligne le Président de la Chambre de métiers, Pascal Binelli, peut permettre aux plus petites entreprises d'embaucher leur premier salarié.

* Présenté par Dominique Granier, président de la Chambre d'agriculture, le dernier axe de travail issu des précédentes conférences économiques relie démarche qualité et démarche environnementale. Une façon d'illustrer le lien de plus en plus évident qui relie agriculture et tourisme, dans une démarche de "marketing territorial", ou l'art de vendre le territoire grâce à l'image de ses produits, et les produits grâce à l'image du territoire. Car, comme l'explique Dominique Granier, "si demain, des touristes choisissent le Gard pour passer leurs vacances, parce qu'ils savent qu'ils vont y trouver le plus grand nombre de produits AOC en France, nous aurons tous à y gagner".

Inventer un nouveau partenariat

Quatre axes de collaboration, et quatre conférences économiques, qui sont, selon le Président du Conseil Général, remises en cause par les nouvelles contraintes budgétaires du département. "Nous devons trouver 20 millions d'euros d'économie" expose Damien Alary qui, après s'en être expliqué devant les Maires du Gard, puis devant les associations du département, abordait cette conférence avec la même mauvaise nouvelle à apporter d'une réduction drastique du soutien financier. Pour lui, "Cette nouvelle conférence économique, qui accueille pour la première fois cette année les professionnels agricoles, se déroule à une charnière entre deux époques : la crise économique et la réforme de la taxe professionnelle provoquent un changement de stratégie, et la nécessité de réfléchir à un nouveau partenariat au vue de la " nouvelle donne " actuelle.”
Entre désengagement financier, et nouvelle forme de partenariat à définir, rien ne laisse pour l'instant présager de ce que sera la cinquième conférence économique. Les enjeux demeurent pourtant. Car, comme le souligne Denis Volpilière, Président de la CCI de Nîmes, "Ce n'est pas 2010, mais 2011 qu'il faut viser. C'est là que les entreprises auront besoin de la main d'œuvre que nécessitera la reprise économique. C'est à ce besoin de formation que nous devons nous atteler dès à présent". Une attente immédiatement validée par Damien Alary qui conclu :  "nous avons choisi de poursuivre nos axes prioritaires au sein d'un partenariat renouvelé pour répondre aux enjeux de demain : Favoriser, notamment par une formation adaptée, la création d'emplois pérennes ; Penser un partage équilibré du foncier entre l'absolue nécessité d'une agriculture durable et la place utile au développement des entreprises et de l'habitat humain ; Coordonner les qualités de chaque acteur économique consulaire pour développer des projets structurants innovants et transversaux, propre à l'identité gardoise".

 

Les conseillers généraux nîmois très remontés

09-12-22-proustQuelques heures avant le vote du budget du département, les conseillers généraux des cantons nîmois, Chantal Barbusse, Thierry Procida et Franck Proust tenaient une conférence de presse pour exprimer leur désaccord avec le budget présenté à l'assemblée gardoise. Pour le Vice-président de Nîmes Métropole, chargé des l'économie, la question dépasse le cadre budgétaire : "Je suis élu depuis 2004 dans cette assemblée, et je n'ai jamais vu une construction budgétaire aussi politique que celle-ci. Avant de voter le budget, on a assisté à une propagande politique, à un rassemblement de toutes les associations… une convocation de l'ensemble des maires du département avec une piqure de rappel par courrier pour ceux qui étaient absents, exprimant le désengagement de l'Etat, la suppression de la TP. Avec dans la bouche de certains vice-présidents, un seul mot d'ordre : pour que les choses changent, il faut changer de gouvernement. Je n'ai jamais vu un tel scandale politique".
Très remonté, les conseillers généraux de l'opposition contestent les choix de Damien Alary, notamment en matière de dévelppement économique. Franck Proust poursuit : "Ce que j'appelle un budget offensif, c'est un budget qui crée de la richesse. Or aujourd'hui on constate des coupes sombres sur tout ce qui aurait pu créer de la richesse : moins 33% sur le budget du développement économique, une conférence économique où l'on annonce plus rien alors que l'année dernière on proclamait en grandes pompes, avec les chambres consulaires, la création d'une agence de développement départementale,…et maintenant plus rien. Paradoxalement, on continue à sponsoriser allègrement l'EPCC du Pont du Gard ou l'on injecte encore cette année 3 millions d'euros pour un édifice et un monument qui sont maintenant fermés six mois par an.".