| Chantal Chabanon-Clauzel : Madame le Bâtonnier |
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| Mardi, 11 Janvier 2011 08:00 |
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Comme dans la plupart des juridictions, le barreau de Nîmes se féminise, au point que les avocates y sont aujourd'hui plus nombreuses que leurs collègues masculins. Il était donc tout naturel que cette évolution se retrouve également au sein des instances dirigeantes de la profession. Désignée voilà un an pour prendre la succession du Bâtonnier Patrick Léonard, Chantal Chabanon-Clauzel a été confirmée Bâtonnier fin 2010, pour une prise de fonctions au premier janvier de cette année. Pour Gard Eco, elle en dit plus sur elle, sur ses projets, et sur les combats qui l'attendent à la tête du barreau dans les prochains mois.
Me. Chantal Chabanon-Clauzel : Le fait que mes confrères, hommes et femmes, m'aient accordé leur confiance est tout d'abord une grande fierté. Le barreau de Nîmes prend ainsi le cours de l'histoire en nommant une femme à sa tête pour la première fois. Rappelons que la première femme inscrite au barreau de Nîmes fût Nicole Antoine, qui a prêté serment en 1928. Il aura donc fallu de nombreuses années encore pour qu'une femme soit reconnue comme pouvant être le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Nîmes. Il aura donc fallu près de quatre générations pour qu'une femme accède au bâtonnat, alors que la profession s'est massivement féminisée. Pourquoi, selon vous, cela a été aussi long ? Depuis les dernières prestations de serment, nous sommes 300 avocats inscrits au barreau de Nîmes. On y dénombre 160 femmes, et 140 hommes. Mais il faut également souligner qu'il n'y avait jamais eu de candidate à ce poste de bâtonnier auparavant. Alors que bien avant moi, d'autres femmes auraient eu toutes les qualités pour occuper cette fonction, mais aucune de mes consœurs n'a fait ce choix. Mais on sait que l'une des difficultés inhérente à notre profession est de mener à la fois sa fonction d'avocate, et bien souvent, de répondre à ses obligations de mère de famille. Je connais bien le sujet, étant moi-même mère de cinq enfants ! Quel a été votre parcours personnel ? J'ai été élevée à Saint-Laurent d'Aigouze, charmant petit village dans le sud du département, en petite Camargue. J'en garde deux repères : la Tour de Constance, et la Tour Carbonnière. La première est pour moi un repère important qui symbolise la Résistance. Et la Tour Carbonnière illustre l'entrée en Petite Camargue, et c'est, le soir, un lieu plein de poésie qui me remplit d'émotion. Je suis issue d'une famille d'agriculteurs, et j'aime ces racines, ainsi que tout ce que l'on m'a enseigné au sein de cette famille. Après des études très classiques à Nîmes et à Montpellier, j'ai prêté serment en 1982.
Qu'est-ce qui vous a incitée à choisir le Droit ? La Justice est une vocation qui remonte à mon plus jeune âge. Tout ce qui relevait du judiciaire, et la défense en particulier, m'ont toujours attiré. J'étais fascinée par le travail des avocats, et lorsque j'étais étudiante, je venais suivre les procès à la Cour d'Assises. Je lisais des ouvrages de chroniqueurs judiciaires, j'écoutais des plaidoiries, car défendre des valeurs, ou défendre une personne dont les libertés sont menacées est pour moi une véritable passion. Déjà enfant, je veillais à ce qu'il n'y ait pas d'injustice à la maison… quitte à en être impertinente, aux dires de mes parents ! Quelles ont été vos recettes pour réussir à concilier cette carrière d'avocat, et votre vie de famille ? Le fait d'avoir une très bonne santé m'a beaucoup aidée ! De plus, je n'aime pas dormir. Donc, le peu de sommeil qui m'était nécessaire me permettait d'avancer sur mon travail pendant que mes enfants dormaient. Je n'ai certes pas été une maman très présente, mais les moments où j'étais disponible étaient forts en partage. Je crois que mes enfants sont fiers du parcours professionnel de leur maman, ce qui compense un peu la culpabilité que j'ai pu ressentir en n'étant pas assez présente. J'ai également pu m'appuyer sur leur père, qui en étant enseignant a pu être plus présent. Pensez-vous qu'il est plus simple aujourd'hui de concilier carrière et vie personnelle ? Même s'il y a de plus en plus de structures de garde d'enfants, qui permettent aux jeunes femmes de concilier leur vie de famille et leur vie professionnelle, tout cela reste très compliqué. Ne serait-ce que pour avoir une place dans une crèche, il faut s'en préoccuper dès le début de la grossesse, au risque de ne pas trouver de place ! C'est tout une organisation qui n'est pas simple, mais il ne faut pas se décourager, car on peut y arriver. Nous avons à ce sujet un projet afin que l'Ordre soit en relation avec une crèche qui faciliterait la tâche de nos plus jeunes confrères, hommes et femmes. Notons également que pour la première fois, un arbre de Noël a été organisé à l'Ordre, à l'initiative de l'Union des Jeunes Avocats. Ça a été un très bel après-midi, qui a permis aux enfants de venir au palais, de découvrir le lieu de travail de leurs parents. Je continuerai donc à soutenir ce type d'initiative, car cette expérience a été très concluante. Votre élection officielle est toute récente, mais vous étiez, depuis un an " bâtonnier désigné ". Comment s'est passée cette année de cohabitation ? J'ai été membre du Conseil de l'Ordre pendant trois années, puis j'ai été élue Bâtonnier désignée de l'Ordre, en décembre 2009. Nous nous sommes très bien entendus avec le bâtonnier en exercice, Patrick Léonard, au cours de l'année 2010. Il m'a appris le fonctionnement de l'Ordre, m'a mise au fait des difficultés que nous pouvions rencontrer, et m'a associée à toute son activité de Bâtonnier pour me faire découvrir tout ce que je devais savoir pour assumer mes fonctions à la date du premier janvier. Nous y voilà depuis une semaine, je commence à prendre mes repères, tout en devant immédiatement traiter les sujets urgents. Quels sont ces sujets urgents ? Nous avons des prises de position à adopter au niveau national, afin d'assurer une cohésion de la profession sur des sujets tels que l'aide juridictionnelle, la garde à vue, le droit des plaidoiries, le ticket modérateur de 8,84 € qui n'est plus pris en charge par l'Etat… ce ne sont pas les sujets qui manquent ! Parmi ces actualités, quels seront les principaux dossiers de votre première année de mandat ? Je pense qu'un certain nombre de difficultés vont apparaître au sujet de l'aide juridictionnelle notamment. Mais on peut également citer la mise en place des procédures devant la Cour d'Appel avec représentation obligatoire, les délais écourtés… il faut toujours faire plus vite avec la même qualité. Nous devons cependant demeurer confiants, sereins et dynamiques afin de trouver les solutions adéquates. Ces questions sont pour la plupart issues de décisions nationales. Quelle est la marge d'action d'un barreau local ? Les réflexions sont menées au niveau local, en relation avec les chefs de juridictions, afin de faciliter l'application des évolutions, comme ce fût le cas, par exemple, avec la mise en place du RPVA (Réseau privé virtuel avocats, cf Gard Eco du 12 janvier 2010, ndlr). Nous veillons à tout ce qui se passe se fasse dans la concertation. En quoi le contexte actuel de crise économique affecte t'il votre profession ? Personne n'échappe à la crise économique. Comme toute profession, nous la ressentons, mais plus généralement, c'est toute la justice qui la ressent. Les moyens mis à sa disposition sont de plus en plus restreints, ce qui porte nécessairement atteinte à l'institution, et à l'accès au droit. Or, cet accès au droit est fondamental pour l'ensemble des citoyens. Quel est l'état du Barreau de Nîmes à ce jour ? Comme je vous le disais, nous dénombrons aujourd'hui quelque 300 avocats en activité, ainsi qu'une vingtaine d'avocats honoraires. Ce chiffre nous place parmi les barreaux à échelle humaine, garant de la cohésion, mais qui compte tout de même parmi les juridictions de taille importante. Autre élément important, notre moyenne d'âge qui n'est que de 40 ans. Cela révèle tout le potentiel et la force qui nous permettront de réaliser nos projets. C'est un barreau dans la pleine force de l'âge ! Est-ce que pour vous, cet effectif de 300 confrères est en adéquation avec notre bassin économique ? Il me paraitrait en effet difficile d'aller au-delà de ce chiffre. Un sureffectif ne permettrait plus à tous les membres du barreau de vivre convenablement de leur activité. Parmi les dossiers d'actualité, on ne peut pas faire l'impasse sur les relations tendues entre le barreau de Nîmes, et celui d'Alès. Quelle est votre position sur ce sujet ? C'est le devoir de chaque bâtonnier que de défendre les intérêts de ses confrères. Je ne peux pas imaginer qu'un bâtonnier ne le fasse pas. Il n'est donc pas question d'envisager pour l'un ou l'autre des bâtonniers de trahir ses confrères. Le principe du texte prévoyant la multipostulation a été déposé au niveau du Sénat, il devrait passer devant l'Assemblée nationale au cours du premier trimestre 2011, et nous verrons bien ! Considérez-vous que la multipostulation, qui permettrait à des avocats du barreau de Nîmes d'aller plaider à Alès est un dû ? Ce que je déplore, c'est que la réforme de la carte judiciaire ait été menée sans concertation. S'il en avait été autrement, peut-être n'en serions-nous pas là aujourd'hui. Le Barreau de Nîmes a été amputé d'une partie de son territoire, et a donc subi un préjudice. Quels sont vos vœux pour 2011 ? Je souhaite qu'il y ait entre nous la plus parfaite harmonie, que nous prenions plaisir à travailler ensemble, car nous allons devoir être actifs. Nous avons des défis à relever, des combats à mener, et il ne faut pas se décourager, et au contraire, aller de l'avant. J'ai la chance d'être entourée au sein du Conseil de l'Ordre, d'une très bonne équipe, et il n'y a pas de raison pour que nous ne réussissions pas dans nos projets, comme par exemple le renforcement de nos relations avec l'Université, ou les institutions. |






Gard Eco : Que vous inspire le fait d'être la première femme élue Bâtonnier de l'Ordre des avocats de Nîmes ?