| Ces TPE qui ignorent la crise |
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| Mardi, 27 Octobre 2009 00:00 |
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Parmi les caractéristique du tissu économique français, et à fortiori, gardois, la petite taille de nos entreprises est souvent montrée du doigt comme un handicap. Si la plupart des acteurs prônent la croissance pour nos TPE, et espèrent ainsi exploiter le gisement d'emplois de ces petites entreprises, la question demeure de savoir si la course vers la taille critique ne laisse pas sur le bas côté les structures dont l'avantage concurrentiel repose justement sur leur petite taille.
Gard Eco : Quelle est l'activité de votre entreprise, STR ? Hervé Mille : Nous intervenons dans ce que l'on appelle la converge IP, c'est à dire le monde des réseaux et des télécommunications. Nos activités se scindent en quatre parties : Tout d'abord, les infrastructures de réseaux, qui comprend tout ce qui permet de faire transiter les flux d'information, y compris la téléphonie. C'est une part assez importante de notre activité, avec de gros dossiers, comme par exemple le réseau de l'Université Montpellier 3 que nous venons de signer. C'est d'autant plus important, que sans cela, le reste ne peut pas fonctionner. Le second axe de nos interventions concerne la convergence IP, qui permet d'interconnecter par exemple le téléphone et l'ordinateur. Le troisième point d'entrée de notre métier est la sécurité, qui va de la protection du réseau contre les attaques externes, jusqu'à l'authentification des accès des utilisateurs, en passant par la sécurisation des réseaux privés dans le cas d'entreprises qui ont des agences disséminées géographiquement. Le dernier domaine de nos interventions est ce que l'on appelle la gestion des systèmes, avec la gestion des e-mails, ou la géo localisation, par exemple.
Comment êtes vous organisés ? Nous sommes sept collaborateurs, ce qui correspond à la bonne taille pour notre marché régional, même si nous avons une légère activité à l'international. C'est la raison d'être de STR que de vouloir amener localement une grande technicité. Car dans la région PACA et Languedoc-Roussillon, il y a peu de sociétés qui sont à même d'emmener cinq personnes techniquement aussi pointues que nous, sur un secteur local. Nos concurrents ont généralement sur place les forces commerciales, et les forces techniques de maintenance. Quant à l'ingénierie, aux forces intellectuelles, tout est basé à Paris, Strasbourg, parfois Marseille. Ainsi, dès qu'un projet sort un peu de l'ordinaire, il leur faut faire appel à ces compétences extérieures au territoire. Ce qui a non seulement un coût écologique, lié aux déplacements, mais également un coût financier, sans pour autant offrir la réactivité de notre fonctionnement local. En nous appuyant sur deux valeurs, proximité et compétence, nous avons gagné la confiance des gros acteurs qui font appel à nous pour de la sous-traitance. Il nous arrive même de faire des réponses conjointes sur certains appels d'offres. Nous savons que, techniquement parlant, il n'y a pas grand monde au même niveau dans la région, et cette image a petit à petit fait son chemin. C'est comme ça que nous avons par exemple signé pour cinq ans l'exploitation du haut débit pour toute la recherche et l'éducation à Montpellier, ce qui représente 90 000 utilisateurs. Nous n'avions pas eu ce marché lors du précédent appel d'offres, mais depuis, les décideurs ont vu que nous étions toujours là, solidement en place, et ils ont choisi de nous faire confiance. Est-ce que la taille de votre entreprise peut jouer en votre faveur, face à des clients - et des concurrents - beaucoup plus gros que vous ? J'ai créé STP voilà douze ans. J'en suis le patron, et l'actionnaire principal à 90% - les 10% restant étant détenus par ma femme. Ce fonctionnement me permet de prendre en direct les décisions que je crois bonnes. Je suis à même de choisir de perdre de l'argent sur une affaire, si c'est nécessaire pour qu'elle se passe bien. Je n'ai pas à en référer à un financier qui me refuserait alors les moyens techniques nécessaires… Cette technicité et cette proximité permettent de créer un climat de confiance, essentiel dans des contrats tels que la gestion de la sécurité informatique pour le CNRS ou la ville de Nîmes. Notre paradoxe est d'être une société de petite taille, qui ne travaille qu'avec des gros. La moyenne de mes devis dépasse les 9000 euros. N'avez-vous pas l'ambition de faire croître votre structure ? Faire grossir une entreprise réclame de trouver des marchés nouveaux. A partir de là, c'est une décision à prendre pour le chef d'entreprise. Je pourrais demain décider d'utiliser la marge que nous réalisons aujourd'hui pour recruter deux personnes en plus, et d'attaquer des secteurs comme la banque ou l'assurance, dans lesquels nous ne sommes pas très présents. Je ne le fais pas parce que ce n'est pas ce type d'entreprise que j'ai choisi de créer. Auparavant, j'ai pendant 25 ans travaillé dans de grands groupes tels que Thomson, 3Com, Alcatel… et je me suis aperçu au fil des années que la croissance entraînait une perte du contact avec le terrain. Aussi bien avec les employés qu'avec les clients. On devient manager de ressources. Pensez-vous que rester à cette taille modeste est tenable sur le long terme ? Dans une structure comme la nôtre, si nous dépassons le seuil de dix personnes, nous n'aurons pas assez de travail dans la région. Il faudra donc opter pour un développement national, et se lancer dans une concurrence frontale les marchés des plus gros groupes nationaux, en appliquant comme eux une politique de rentabilité financière, au détriment de la qualité. Alors que dans notre cas, nous parvenons à faire de plus en plus de qualité, sur des projets de plus en plus intéressants et importants. Lorsque j'ai démarré, on me disait qu'il était impossible de tenir sur ce schéma là. Depuis, douze années se sont écoulées, marquées par deux crises. Autour de moi, je vois pas mal d'entreprises qui disparaissent, de toute taille. Finalement, ce comportement rassure aussi nos clients, qui voient en nous une entreprise stable. Pourquoi avoir choisi de vous implanter à Méjannes-les-Alès ? C'est du pur hasard ! Je suis originaire du Pays Basque, et je vivais au Congo avec ma famille,lorsque la guerre a éclaté. Nous avons donc décidé de rentrer en France, et deux choix s'offraient nous : nous établir dans une grande métropole, où j'avais la certitude de trouver un emploi, ou choisir la campagne et créer une société. Nous avions une petite maison à Attuech, non loin d'Anduze, et c'est là que nous nous sommes posés, sans rien connaître au contexte local. On m'a beaucoup dit que c'était une folie d'installer mon entreprise à Alès, et il est vrai que j'y ai peu de clients potentiels. Même si je travaille ici avec la plupart des acteurs institutionnels et des PME locales, cela ne représente pas plus de 5% de mon chiffre d'affaires. |






Pour Hervé Mille, qui a fondé voilà douze ans la société Service Telecom Réseaux, à Méjannes les Alès, limiter la taille de son entreprise est l'un des facteurs de sa réussite.