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Camille Maury : Nouvelle présidente de la FNUJA PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 17 Août 2009 00:00

09-08-18-camille-mauryDepuis le congrès 2007 de la FNUJA organisé à Nîmes, son nom circulait avec insistance pour une future présidence nationale, dont la tradition veut qu'elle soit occupée alternativement par un avocat parisien, puis par un avocat de province. Elue première vice-présidente de la fédération en 2008, Camille Maury est officiellement à la tête du syndicat le plus représentatif de la profession d'avocat depuis le 24 mai dernier. Pour Gard Eco, elle fait le point sur son engagement.

Pourriez-vous nous rappeler ce qu'est la FNUJA ?

C'est une fédération qui a vocation à regrouper toutes les Unions de jeunes avocats (UJA). C'est ce qui explique par exemple que l'on trouve des UJA plus anciennes que la FNUJA. Ce sont celles qui se sont créées au sortir de la seconde guerre mondiale, jusqu'à ce que certains, parmi lesquels Jean Goujon (ancien bâtonnier de Nîmes, qui sera le sixième président de la FNUJA, ndlr), décident de créer une structure qui puisse regrouper ces UJA.

Les UJA ont souvent l'image d'associations assez festives. Est-ce aussi le cas de la fédération ?

Bien entendu, il y a une tradition festive au sein des UJA, mais c'est aussi un endroit où l'on travaille énormément, pour préserver les intérêts des jeunes avocats. C'est notre vocation, avec la particularité d'être apolitiques, contrairement aux syndicats "traditionnels" qui sont plutôt marqués politiquement. Mais au delà des intérêts spécifiques des jeunes avocats, nous nous intéressons à tous les sujets qui touchent la profession, qui touchent la justice, et qui touchent finalement le justiciable. Lorsque l'on traite de l'accès au droit, par exemple, c'est bien un sujet qui concerne tout le monde. 

Quelles sont les missions respectives des UJA et de la Fédération ?

Les UJA travaillent localement, et s'impliquent dans les problématiques locales, alors que la FNUJA va s'impliquer sur des problèmes plus généraux, d'envergure nationale. Mais en s'appuyant sur cette tradition d'échanges entre les UJA, à la fois festive et ouverte. A cela s'ajoute la dimension apolitique, qui fait que le tout fonctionne très bien.

 

Avec une limite d'âge fixée à quarante ans pour être membre d'une UJA, peut-on considérer que votre syndicat est représentatif ?

Nous sommes même le premier syndicat en termes de représentativité de la profession d'avocat. Au sein du Conseil national des barreaux (CNB), qui est l'organe représentatif de la profession, notamment auprès des pouvoirs publics, et où siègent quatre vingt membres, nous sommes le syndicat le plus représenté.

Faut-il s'attendre à voir prochainement un "jeune avocat" à la présidence du CNB ?

Je vous ferai remarquer que le président sortant du CNB est un ancien président de la FNUJA. Mais sur ce sujet, nous avons un autre combat. Nous plaidons pour que le Président du CNB puisse être élu au suffrage universel, et non pas par les seuls membres du Conseil, comme c'est le cas aujourd'hui, car nous pensons qu'il aurait ainsi plus de légitimité. En outre, cela permettrait aux confrères de se sentir plus impliqués dans le fonctionnement du CNB, qui demeure pour bon nombre d'avocats une institution parisienne assez éloignée.

Est-ce une façon détournée pour dire que le président de tous les avocats ne peut pas être un "jeune avocat" ?

Ce n'est pas un problème d'âge. D'ailleurs, on voit des bâtonnier de plus en plus jeunes, qui ont moins de quarante ans. Par contre, la présidence du CNB pose de vraies question en termes d'investissement. Cela revient à mettre sont activité au sein d'un cabinet entre parenthèses durant les trois ans de mandat. Et c'est plus facile à accomplir pour un avocat bien établi, que pour un jeune avocat qui est en phase d'investissement professionnel.

Depuis leur création, les UJA ont mené différents combats, souvent en première ligne de la profession. Comme ici, lors des manifestations de soutien au maintien de la Cour d'appel de Nîmes.Combien de temps consacrez-vous à la présidence de la FNUJA ?

En ce qui me concerne, j'estime y passer un bon mi-temps depuis mon élection ! Et encore, je n'y passe pas tout le temps que je voudrais, et je m'oblige à fermer ma boîte e-mail tous les jours à midi, pour me consacrer à mon cabinet…

Ne pas être à Paris est-il un handicap pour cette fonction ?

Nous avons notre siège social et un local à Paris, mais pas de permanent, car nous limitons le montant des cotisations… Contrairement à ce qui se passe dans les autres structures, la cotisation à la FNUJA n'est pas payée par l'avocat, mais par les UJA, qui généralement pratiquent elles-mêmes des politiques tarifaires adaptées aux moyens des jeunes avocats.

Qu'est-ce qui vous a poussée à briguer cette présidence ?

Avant d'accéder à la présidence, j'ai d'abord passé cinq ans au sein du bureau de la Fédération, où j'ai été
trésorière, puis vice-présidente. Ce que j'y ai trouvé d'extraordinairement motivant, c'est de se dire que tout le monde a la possibilité de contribuer à améliorer la profession, et donc, l'avenir. Le tout, dans le cadre d'une réflexion et d'un combat collectif qui permettent de réellement faire bouger les choses.

Pour faire bouger les choses, il faut une oreille attentive des pouvoirs publics… qu'en est-il ?

Comme tous les syndicats, nous n'avons pas eu d'excellents rapports avec l'ancien garde des sceaux (Rachida Dati, ndlr). En revanche, la nouvelle Ministre de la Justice (Michèle Alliot-Marie, ndlr), que nous avions invitée à notre premier comité, une semaine après sa nomination, a pris la peine de nous répondre, même si c'était pour décliner notre invitation, en rajoutant qu'elle était dans l'optique de renouer le dialogue avec les syndicats.

Est-ce que la FNUJA espère peser dans les négociations à venir avec le gouvernement ?

Il ne faut pas oublier que la création du Conseil national des barreaux est intervenue justement pour qu'il y ait un interlocuteur unique avec les pouvoirs publics. Je pense qu'il est très important de le conforter dans ce rôle pour ne pas retomber, comme par le passé, dans des situations où, lorsque l'on interrogeait les avocats, il y avait une quinzaine de voies, discordantes, ce qui arrangeait bien le pouvoir. Donc, notre but est de peser au sein du CNB, qui, lui, va être l'interlocuteur unique et reconnu pour la profession.

Quels sont les combats qui vous semblent les plus urgents ?

La liste est longue, mais pour un magazine économique, je citerai la place des avocats en entreprise. Nous sommes à l'origine de la proposition qui permettrait à l'avocat d'exercer en entreprise, sous statut salarié, tout en gardant son titre. Nous sommes un des rares syndicats à être prêt à relever ce challenge, car il permettrait de faire entrer l'éthique et la déontologie de la profession au sein des entreprises. Sous réserve de trouver le statut adéquat, qui soit suffisamment protecteur.

Où en sont les débats ?

Le rapport Darrois a effectivement fait des propositions dans ce sens, mais nous ne sommes pas d'accord avec le statut qu'il évoque, puisqu'il propose par exemple que l'avocat ne puisse garder son titre qu'avec l'accord du chef d'entreprise. Pour nous, partout où il y a du droit, il doit y avoir un avocat ! Nous nous plaignons souvent qu'un certain nombre de professions viennent empiéter sur nos champs de compétences, mais c'est aussi à nous de nous montrer proactifs.

Concernant vos rapports avec les autres professions ordinales du chiffre et du droit, plaideriez-vous pour une profession unique ?

Nous avons toujours soutenu l'idée de l'interprofessionnalité avec les experts-comptables. C'est un rapprochement au bénéfice des deux parties, et du client, qui va y trouver un service plus complet. Quant aux notaires, nous sommes, comme la quasi-totalité de la profession, favorables à la fusion, qui s'inscrit dans la logique du rapport Attali.

L'ouverture vers les autres professions est-elle spécifique aux jeunes avocats ?

Quand on est jeune, on a effectivement tout à gagner à jouer l'ouverture, et à chercher les collaborations. D'autant qu'aujourd'hui, un jeune avocat a plus de difficultés à se lancer. Et puis le monde s'est complexifié. On ne peut plus travailler sans se spécialiser. La logique pousse donc à la collaboration entre spécialistes. Un spécialiste du droit des affaires à intérêt à travailler avec un expert-comptable, comme un spécialiste du divorce sera professionnellement plus proche des notaires.

Sportive, l'UJA de Nîmes participe chaque année à la Juris Cup, avec le soutien de la FNUJA. Vous évoquez les difficultés économiques que rencontrent les jeunes avocats. C'est une profession qui ne paie plus ?

Tout d'abord, on ne peut pas faire l'impasse sur le problème de l'aide juridictionnelle, qui est affreusement mal payée. Les avocats sont d'accord pour participer, pour donner de leur temps au système de la justice. Mais on ne peut pas à ce point demander à une entreprise de travailler à perte. On ne peut pas remettre en cause le principe qui permet à une grande partie de la population de bénéficier de cette aide juridictionnelle, mais il faut reconnaître que, économiquement, elle tire la profession vers le bas. Ce n'est pas à nous à nous substituer à l'Etat.

L'aide juridictionnelle n'est-elle pas l'arbre qui cache la forêt du surnombre dans la profession ?

Effectivement. Nous sommes très nombreux, mais il n'est pas question de demander un numerus clausus, que, de toutes façons, l'Europe refuserait. Une profession qui se ferme n'est vouée qu'à s'éteindre. Je pense surtout que nous n'avons pas su investir tous les marchés qui s'ouvraient à nous. Il n'est pas trop tard. Aujourd'hui, par exemple, on s'aperçoit qu'il faut investir aussi les collectivités locales, qui ont un gros besoin de droit. Ils ne sont que cinq au barreau de Nîmes à avoir cette spécialité. En tous cas, je préfère être optimiste pour la profession. J'ai envie qu'elle soit forte. Je ne serais pas à la fédération si je n'avais pas cette conviction que notre profession est indispensable pour les gens, pour la vie de tous les jours, par le conseil et l’aide que nous pouvons apporter.