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Bilan des soldes : Le commerce souffre ! PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 09 Août 2011 08:35

Bilan des Soldes d’été : Le date de démarrage le 22 juin et l'e-commerce pointés du doigt

11-08-09-coupoleLe feuilleton du TCSP, la reprise économique qui peine à se confirmer, la météo pas assez estivale (voir page 4). Ces soldes 2011 ne partaient pas sous les meilleurs auspices. Et les craintes se sont confirmées. Cette édition n'a pas déchaîné l'enthousiasme ni des consommateurs, ni des commerçants. C'est ce qui ressort de l'étude publiée par la CCI de Nîmes. L'observatoire du commerce de la chambre a sondé 150 professionnels, 80 en centre-ville et 70 en périphérie.

L'impression générale reste positive. 59% des personnes interrogées déclarent un chiffre d'affaires en hausse grâce aux soldes. Mais c'est moins bien qu'en 2010. En 2009, au plus fort de la crise, presque 60% avaient ressenti une baisse.

Plus d'un commerçant interrogé sur deux se déclare satisfait des soldes. Un peu plus en périphérie (57%) qu'en centre-ville (53%). Mais ce chiffre cache des disparités selon le commerce : 73% des professionnels spécialisés dans l'équipement de la maison se disent contents contre 45% pour l'équipement de la personne. Les premiers profitent à plein de l'effet rabais pour attirer le chaland ; au contraire des seconds, pour qui ces cinq semaines ne se distinguent plus guère du temps ordinaire, rythmé par les promotions et les soldes flottants. Un dispositif qui au passage n'intéresse plus guère les commerçants nîmois. Moins d'un sur cinq y a eu recours au premier semestre 2011. Ces deux semaines supplémentaire à caser quand on le souhaite désorientent les consommateurs.

Des consommateurs qui voient de plus en plus dans les soldes le moyen de maximiser leurs dépenses. La bonne affaire est traquée avant l'achat coup de cœur. La tendance date de plusieurs années. Et elle s'est amplifiée avec la crise économique, qui continue de faire de l'ombre. De quoi se demander si dans ces conditions, les soldes n'auraient pas besoin d'être réinventées.

La plupart des commerçants n'en sont pas encore là. L'attachement à ce rendez-vous reste bien ancré. Mais à défaut de le réinventer, une majorité aurait souhaité une meilleure organisation. Le démarrage le 22 juin est jugé beaucoup trop précoce par 79% du panel. La région PACA a par exemple commencé le 6 juillet, une fois la saison touristique lancée et les salaires versées.

La CCI de Nîmes a proposé de s'aligner sur les voisins de l'autre côté du Rhône. Mais faute d'accord à l'échelle de la CCI du Languedoc-Roussillon, le Gard n'a pu obtenir de dérogation. Conséquence : le pic de fréquentation s'est limité au trois premiers jours. "Ce bilan illustre la nécessité à travailler en parfaite harmonie avec l'ensemble de nos partenaires, souligne Eric Giraudier, le président de la CCI de Nîmes. Dans un contexte économique tel que nous le vivons, toutes les énergies doivent être mobilisées pour créer des conditions favorables à une reprise de l'activité commerciale." Danièle Paoli, vice-présidente en charge du commerce, demande elle un lancement décalé des soldes l'été, entre le sud et le nord.

Dernier facteur pointé du doigt : l'e-commerce et sa croissance à faire pâlir d'envie qui contribue à vider les magasins. Plus 37% de chiffre d'affaires et plus 31% de commandes le premier jour des soldes selon la fédération de l'e-commerce et de la vente à distance (Fevad). Pour les indépendants qui n'ont ni la logistique ni les stocks, difficile de rivaliser sur ce terrain. La CCI de Nîmes devrait proposer une journée de formation sur ce terrain en octobre prochain. 

 

Ville Active s'inquiète pour son avenir

Si le centre-ville tire la langue, la périphérie commence à grimacer. "Il semblerait que le bilan des soldes soit moyen", explique Philippe Teissier, président de l'association des professionnels de Ville-Active (APVA), et directeur de Vision Plus. "En terme de fréquentation, on se tient au niveau des chiffres", note cependant Philippe Teissier.

La périphérie n'est pas encore menacée de déclin. Pour preuve, 36% des commerçants prévoient d'investir d'ici septembre selon l'observatoire de la CCI de Nîmes. Mais les cartes sont en cours de redistribution entre les différentes zones commerciales du sud de la ville, avec un transfert de clientèle au profit de Carré-Sud.

C'est pour contrer son ascension que l'APVA a été remise en route. Elle compte pour le moment une trentaine d'adhérents sur près de 100 enseignes. "À Ville-Active, le panier moyen diminue d'année en année. On tend vers le discount. Carré-Sud est une zone plus récente, plus attractive", explique Philippe Teissier. Le départ annoncé de l'autre côté de l'autoroute de Décathlon - une des locomotives de Ville-Active - en est l'illustration.

L'objectif de l'association est de gagner en visibilité auprès des décideurs et des élus. L'accessibilité reste son principal souci. "Cela fait des années qui ne se passent pas grand chose." La zone est privée d'arrêt de bus TCSP, au contraire de Carré-Sud. Un
risque majeur si le chantier va à son terme, alors que Ville-Active se noie sous les bouchons. "On demande une aide pour désenclaver, comme par exemple rouvrir la bretelle d'accès direct depuis l'autoroute."

 

Témoignages : Le commerce au centre-ville est-il condamné ?

Les travaux du TCSP autour des boulevards sont encore dans les têtes. Rien n'est résolu après l'annulation par le tribunal administratif le mois dernier. Le maire Jean-Paul Fournier promet de présenter un nouveau projet à la rentrée. Sans compter les travaux de remise en état exigés par les juges. Un chiffre pour donner l'ampleur de la crise : 1% des commerçants voient une amélioration du secteur au troisième semestre selon un sondage de la CCI de Nîmes. 99% de pessimistes... Gard Éco est allé à leur rencontre.

Murielle Terpand, Fiarino
(chemises et accessoires masculins), place des Herbes

"Les soldes, cet été, peut mieux faire. La date du 22 juin est trop tôt. Les gens n'ont pas le salaire. Ils ne sont pas prêts pour acheter. On les a fait commencer le 22 afin que le nord, c'est-à-dire Paris, bénéficie des soldes. Il ne faut pas exagérer non plus. Paris ne se vide pas le 1e juillet.

L'atmosphère est morose. Les informations sont très négatives. À chaque fois qu'une mauvaise nouvelle tombe, le tsunami au Japon, des meutres, un enlèvement, ça casse le moral des gens et ils n'ont pas envie de consommer.

Le centre-ville n'est pas mort. Il y a toujours une clientèle fidèle, et une autre fidèle à la périphérie. C'est quand même différent : la relation commerciale, le suivi... Et on essaie d'avoir des prix intéressants, car cela compte aussi désormais.
Internet fait du mal, on ne peut pas le nier. Mais en janvier et l'été passé, j'ai fait de bonnes soldes et Internet était déjà là. J'envisage de m'y mettre mais c'est beaucoup de travail. Faire la chemise sur le net est un autre métier : il faut un double stock notamment pour éviter qu'un client clique en ligne sur un modèle, pendant que je suis en train de le vendre en magasin. Je l'envisage plus sur les accessoires, là où il n'y a pas de problème de taille. "

 

Marc Bonnetain
opticien au centre-ville depuis 1980

"Ma première boutique se trouvait Boulevard Victor-Hugo, en face du lycée Daudet. J'ai déménagé d'un endroit perdu où les commerces traditionnels ont disparu pour laisser place aux activités de service (banques, assurance). Depuis 98, je suis rue du général-Perrier, c'est beaucoup plus commercial. Pour l'instant, je n'ai pas à me plaindre. C'est un endroit stratégique.

Mon style de vente ne peut se faire qu'en centre-ville. J'ai un trajet de politique commerciale, qui a voulu que je fasse du design et de la création. Au départ, ça me plaisait. Ça devient maintenant économique. Je sors du lot alors que dans l'optique, tout est uniforme. On propose les mêmes remises partout. Bientôt on va donner le magasin avec les lunettes. Je ne fais pas de deuxième paire. Ce sont des trucs contre lesquels on ne peut pas lutter comme indépendant.

Au centre-ville, les commerçants se plaignent. Du point de vue économique, je ne pense pas qu'on ait été très touché. Mais beaucoup sont touchés par les travaux. Si on bloque les gens autour de l'Écusson, si on les empêche d'aller dans le centre, c'est sûr qu'on va tuer la moitié des commerçants, surtout le long des boulevards et dans le secteur piétonnier. "

 

Stéphane Trenel
Président des étaliers des Halles, Directeur d'Aux pâtes fraîches

"Le mois de juillet a très bien marché. Mais c'est plus lié au fait que les gens sont moins partis. La ville attire aussi de plus en plus de touristes qui restent plus longtemps qu'avant. On voit la fréquentation augmenter depuis quelques années. Le temps moyen a été de la partie. Quand il ne fait pas beau sur la plage, cela pousse les gens à consommer.

L'accessibilité, c'est sûr, pose un gros souci. C'est quelque chose qu'on va essayer de voir surtout s'il y a reprise des travaux à la rentrée. Là on profite des congés. Mais quand on va reprendre le cour normal avec la clientèle sédentaire, cela risque d'être plus difficile. Les gens se découragent pour venir en centre-ville ".

 

Marie-Claude Bacconier
Scot'line (vêtements pour femme), 17 rue de l'Aspic

"Les soldes sont moyennes par rapport aux autres années. Certains disent qu'elles ont commencé trop tôt. Ce n'est pas vrai. Les travaux ? Cet hiver, j'ai très bien travaillé. Les gens quand ils veulent venir en ville, ils viennent.

Cela vient de la conjoncture et du manque d'argent. Le pouvoir d'achat de la cliente n'est plus le même. Mais surtout on a les soldes en permanence, toute l'année. Les clients n'y comprennent plus rien. Du coup, il n'y a plus l'effervescence d'autrefois. J'ai connu la boutique Jennifer où il y avait de la queue jusqu'au milieu de la rue de l'Aspic. Il faut supprimer les soldes flottants. Le malaise il est là. Mais ce sont les grandes chaînes qui décident. On ne peut rien faire face à elles, on est trop petit. Je ne peux pas faire de soldes flottants à cause de la marge. J'ai donc réduit mon stock pour pouvoir écouler au maximum."