| AVC : Le CHU de Nîmes alerte l’opinion |
|
|
|
| Mardi, 03 Novembre 2009 00:00 |
|
Tandis que le front médiatique de la santé est occupé par la grippe, le 29 octobre était une journée mondiale dédiée aux Accidents vasculaires cérébraux (AVC). Un évènement assez globalement passé sous silence, alors que cette pathologie qui touche une personne toutes les quatre minutes en France est la 3ème cause de décès, et la première cause de handicap. Dans le contexte actuel de tension économique, la santé des salariés, mais également des cadres et des dirigeants pose de plus en plus de questions. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi de mettre en lumière ce sujet qui, même s'il n'est pas à proprement parler économique, n'en mérite pas moins notre attention.
Gard Eco : Jeudi 29 avaient lieu les 6èmes journées mondiales de l'AVC. Comment se fait-il que ce type de pathologie soit ainsi mis en lumière, alors qu'il est connu depuis longtemps. Est-ce qu'on assiste à une augmentation des cas ? Docteur Stéphane Bouly : D'une part, on en parle de plus en plus, mais d'autre part, c'est un type d'accident qui survient de plus en plus jeune. Les gens fument de plus en plus, notamment les dames qui étaient jusque là plutôt épargnées, et qui se retrouvent à présent avec presque autant de facteurs de risque que les messieurs. Le vieillissement de la population est également un factueur qui tend à accroître le nombre d'AVC. Ces facteurs de risques ressemblent à ceux de l'infarctus. Est-il nécessaire de communiquer spécifiquement sur l'AVC ? Ce que le grand public ignore, c'est qu'il y a plus d'accidents vasculaires que d'infarctus du myocarde. Mais les cardiologues communiquent beaucoup mieux que nous, alors que l'AVC doit être pris avec tout autant d'urgence qu'un infarctus. C'est bien pour cela que nous nous battons, et que nous conduisons ces campagnes d'information. Les accidents vasculaires doivent être régulés par le 15. Pour autant, dans la vie courante, lorsque quelqu'un a mal dans la poitrine, il est devenu un réflexe de sauter sur le téléphone pour appeler les urgences, alors que celui qui a une petite paralysie du bras va plutôt attendre que ça passe, ou attendre le lendemain pour aller voir son médecin. On constate même cela chez certains médecins qui, notamment face à des populations âgées, vont prendre le temps de faire des batteries d'examens, alors que la plus grande urgence s'imposerait. C'est très culturel, et c'est là dessus que nous devons agir.
Le but de cette journée se limiterait donc à rattraper un déficit d'image par rapport à vos confrère cardiologues ? Non, bien entendu ! Le problème, c'est que les cardiologues sont beaucoup plus interventionnistes que ne le sont les neurologues. On nous a souvent reprochés d'être un peu contemplatifs. Nous faisons avec dix ans de retard ce que font les cardiologues depuis une décennie, à savoir hospitaliser les gens, et réagir très vite après un infarctus. C'est aussi lié au fait du risque vital immédiat qui existe dans l'infarctus, mais pas dans l'AVC. Avec une attaque cérébrale, le risque est d'être handicapé, mais pas forcément de mourir chez soi. Enfin, la cardiologie a très rapidement disposé de traitements aigus, qui ne se développent que maintenant dans notre domaine. Quels sont ces nouveaux traitements dont vous disposez ? Actuellement, à moins de trois heures de l'attaque cérébrale, lorsqu'un caillot vient boucher l'artère, on peut injecter des produits pour le dissoudre. Ensuite, l'évolution est proportionnelle à cette dissolution. Cette technique n'existait pas il y a encore trois ans. C'est un délai très court ! Trois heures est en effet un délai extrêmement court, ce qui explique qu'à ce jour, seul 5% de la population peut bénéficier de ce type de traitement. D'autant qu'au-delà de ces trois heures, nous n'avons pas le droit d'utiliser ces produits car ils sont trop dangereux. C'est pour cela que nous devons communiquer, faire acquérir les bons réflexes, et gagner la course contre le temps. Quel est le mot d'ordre ? "Tous aux urgences à la moindre migraine" ? Nous ne cherchons pas à créer un mouvement de panique qui conduirait une foule à se précipiter dans nos services, mais à encourager d'avoir recours au 15, qui effectue la régulation. Eux peuvent juger de la nécessité d'envoyer un patient à l'hôpital, ou de faire appel à son médecin traitant. Où en est-on en termes d'équipement dans le département du Gard ? Compte tenu de ce facteur temps, la stratégie nationale consiste à mailler le territoire en développant les unités neuro-vasculaires, pour que l'accès à ces centres de haut niveau soit possible en moins de trois heures. Nous en disposons au CHU de Nîmes depuis le mois d'octobre, et dans la Région, on en trouve également à Montpellier, Perpignan, Carcassonne, Béziers et Narbonne. Excepté la réaction rapide en cas d'accident, peut-on détecter ou éviter ces attaques cérébrales ? Est-ce qu'il existe une population à risque ? La seule maîtrise dont nous disposons est celle des facteurs de risques. C'est pourtant écrit en gros sur les paquets de tabac, on sait qu'il ne faut pas avoir de cholestérol… mais tout le monde s'en moque jusqu'au jour où l'accident survient, et là, c'est un peu tard. Les cadres et les dirigeants ne sont ni plus concernés, ni plus épargnés que les autres catégories de la population. A ce détail près que bien souvent, ils ne s'occupent pas de leur santé, sont stressés et font peu de sport. Pour certains d'entre eux, ils mangent régulièrement au restaurant et sont sédentaires. En prime, ils ont peu de suivi médical car ils ne se trouvent jamais malades à moins d'être gravement malades. C'est un mode de fonctionnement que nous connaissons bien, puisqu'il s'applique également aux médecins ! Une filière " Urgences AVC " spécifique au CHU de NîmesDepuis le 1er octobre 2008, 4 lits de soins intensifs neurovasculaires ont été installés au CHU de Nîmes. Sous la responsabilité d'un neurologue spécialisé dans la pathologie neurovasculaire et d'une équipe paramédicale formée, dédiée et spécifique à cette unité. Ces lits sont équipés d'un monitoring, permettant la surveillance continue, 24h/24, des paramètres essentiels pour le traitement et la surveillance du malade. Le nombre de malades pris en charge sur les 6 premiers mois de fonctionnement est de près de 200, soit une projection de 400 malades par an. La prise en charge des AVC s'inscrit dans un processus de filière de soins : La prise en charge des patients présentant les critères d'inclusion, pour bénéficier d'une fibrinolyse est déjà protocolisée et opérationnelle au CHU de Nîmes depuis 2005. Elle met en lien différents acteurs : la régulation par le SAMU 30, le service des urgences, le service d'imagerie médicale et les neurologues.
Face aux symptômes, adoptez le bon réflexe En cas d'accident vasculaire cérébral, le traitement doit être le plus précoce possible, avant que les lésions ne soient irréversibles ou ne s'aggravent. Il est donc indispensable d'en connaître les premiers symptômes. La survenue brutale d'une faiblesse d'un côté du corps est le symptôme le plus fréquent de l'AVC. Des difficultés d'élocution : perte soudaine et temporaire de la parole ou difficulté de compréhension de la parole. Des problèmes de vision : perte soudaine de la vue, particulièrement dans un seul oeil, ou vision double. Un mal de tête : soudain, intense et inhabituel. Un étourdissement : perte soudaine de l'équilibre, surtout si accompagnée de n'importe lequel des signes ci-dessus. Il s'agit d'une urgence médicale. Le premier réflexe à avoir est de composer le 15 : les victimes bénéficient d'une prise en charge immédiate, en urgence. Le 15, par sa régulation, permet d'orienter très rapidement le patient dans une unité de soins spécialisés, limitant ainsi le risque de séquelles et de décès liés à ces accidents graves. |






Le Docteur Stéphane Bouly, spécialisé en pathologie neuro-vasculaire au CHU de Nîmes, a accepté de répondre à nos questions sur ce sujet.
La survenue brutale d'une faiblesse d'un côté du corps est le symptôme le plus fréquent de l'AVC.