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Alès : l’emploi aux urgences PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 29 Août 2011 08:00

L'emploi, plus que jamais un problème local

Xavier Bertrand a vanté jeudi dernier lors de sa visite à Alès les mérites du Spel, le service public de l'emploi local. Pour le ministre, la politique de l'emploi doit être pilotée à l'échelle du bassin pour espérer des résultats.

Le Spel (service public de l'emploi local), ça marche. C'est ce qu'est venu dire le ministre du travail et de l'emploi jeudi 25 août à Alès. Alors qu'il devait annoncer le même jour de mauvais chiffres du chômage, Xavier Bertrand a participé à la réunion du Spel d'Alès. "La bataille contre le chômage se gagne bassin par bassin, explique-t-il. Je ne suis pas là par hasard. Le taux de chômage est ici supérieur à la moyenne mais vous n'êtes pas du genre à baisser les bras."

Mis en place au printemps, le Spel réunit mensuellement les différents acteurs de l'emploi du bassin : Pôle Emploi, CCI d'Alès, Chambre des métiers, directeurs des établissements de formation (École des mines, centre de formation des apprentis, lycées professionnels), le président de la chambre des expert-comptables, Philippe Lamouroux. Côté entreprises, les représentants des métiers en tension sont aussi conviés : métiers de bouche, bâtiment, service à la personne, hôtellerie-restauration, santé. Objectifs de ces réunions : repérer les difficultés de recrutement, cibler les populations les plus touchées comme les jeunes sans qualification, les chômeurs de longue durée, ou ceux de plus de 50 ans.

Les Spel doivent en premier lieu promouvoir les outils du gouvernement pour faire reculer le chômage : contrats aidés, contrat de professionnalisation, apprentissage. Des outils pas toujours bien connus, certains participants apprenant par exemple de la bouche de Xavier Bertrand que le contrat de professionnalisation n'avait pas de charges patronales.

Une sorte de conseil de l'emploi au plus près des réalités des demandeurs et des besoins des chefs d'entreprise. Les pouvoirs publics avouent ainsi que Pôle Emploi ne peut pas tout faire, surtout en période de crise. Sur Alès, quelque 80 agents démarchent les entreprises... au nombre de 8000 sur le bassin d'Alès. "Pendant longtemps, on a cru que la fusion dans Pôle Emploi était la solution, reconnaît Xavier Bertrand. Le Spel est un acteur qui s'imposera dans le paysage."

Preuve de cette volonté de décentraliser au maximum, c'est le sous-préfet qui est propulsé comme pivot du dispositif. "Être sous-préfet, c'est être ministre du travail et de l'emploi", n'hésite pas à déclarer Xavier Bertrand. Le ministre est partageur. Le titulaire du poste à Alès, Philippe Portal, se voit plus comme un coordinateur. "Le sous-préfet est là pour aider les élus et les acteurs économiques à faire face et à avancer des projets économiques", a-t-il confié à Gard Éco à quelques jours de son départ. Début septembre, il laisse son poste à Jacques Delpey (voir interview bilan ci-contre).

Donner des vitamines aux entreprises

Avec un bilan plutôt positif selon les chiffres de Pôle Emploi. Le bassin alésien qui a subi de plein fouet la crise économique en 2009, verrait sa situation s'améliorer : le nombre d'inscrits en catégorie A est ainsi passé de 9100 à 7500 de janvier à mai 2011. Mais ce pilotage local de la politique de l'emploi ne résout pas tout. Si le Spel peut identifier les freins au recrutement, notamment les risques juridiques et économiques pour un employeur d'embaucher, il ne peut pas les lever.

"Le Spel est un peu institutionnel, selon Xavier Bertrand. Il doit aller vers une démarche opérationnelle avec des plans d'action territoriaux." C'est justement le but de la gestion territoriale de l'emploi et des compétences. Alès a même été précurseur en la matière puisqu’une plateforme RH a été mise en place dès la sortie de la crise de 2008.

Ce programme, piloté par la CCI d'Alès et financé par l'État et le FSE (fonds social européen), reposait sur deux axes : l'accompagnement RH des PME pour les aider à voir plus clair et la sécurisation des parcours des salariés. Un dispositif qu'a loué le président de la CCI, Francis Cabanat. "Nous avons expertisé entre 60 et 100 entreprises, et 2000 salariés. Au départ, on voulait préserver des emplois. Mais on a montré que les entreprises avaient du potentiel et une centaine d'emplois nouveaux ont été créés, qui n'auraient pas vu le jour." Les entreprises du bassin alésien ont ainsi pu se tailler une part de marché dans la sous-traitance de l'industrie nucléaire à Marcoule, passant de zéro à 6 M€ de chiffre d'affaires, alors qu'elles en étaient auparavant absentes, selon Francis Cabanat.   "On a donné des vitamines aux entreprises", s'est-il réjoui.

La plateforme a fini sa mission en juillet. Mais Xavier Bertrand a annoncé le déblocage d'une enveloppe de 100 000 € par l'État pour poursuivre cette action. Le programme est désormais placé sous le pilotage des partenaires sociaux qui ont signé un engagement de développement des emplois et des compétences (Edec). La CCI d'Alès conserve le poste d'opérateur. La cure de vitamines reprend donc en septembre.

Le ministre en appelle au Conseil général

Des contrats aidés plutôt que le RSA. Le ministre a déclaré que l'État pouvait cofinancer des emplois aidés avec le département si ce dernier en fait la demande. Une mesure préférable au RSA. «Ce cofinancement par le Conseil général et l'État coûte moins cher que le RSA : 411 € à dépenser pour la collectivité au lieu de 467 €. Dans le Gard, 1500 personnes peuvent sortir du chômage. Jouons le jeu ensemble !» Une réponse aux présidents des départements, en majorité de gauche, qui reprochent à l'État de ne pas suffisamment donner d'argent pour financer le volet solidarité.

Xavier Bertrand a aussi appelé les collectivités locales à utiliser les contrats d’alternance. La Ville d’Alès a ainsi contractualisé avec l’état le recrutement de 30 personnes en apprentissage.

 

Interview : "Le rôle de l'État est désormais de s'engager en matière d'infrastructures"

À quelques jours de son départ, le sous-préfet d'Alès Philippe Portal dresse un état des lieux économique du bassin et des actions de l'État qu'il a coordonnées pendant presque trois ans.

Vous êtes arrivé le 30 septembre 2008, 15 jours après l'effondrement de la banque Lehman Brothers qui a conduit à la crise financière et économique. Quel bilan tirez-vous après trois ans passés ici ?

En 2008, la crise est arrivée dans un environnement historiquement réactif aux chocs. Ce qui m'a frappé le plus, c'est la volonté de tout le monde de travailler ensemble : élus, chefs d'entreprise, CCI, etc. Nous nous sommes mis en ordre de bataille avec des réunions mensuelles en sous-préfecture. Le bassin a connu un effondrement très net de l'activité : -50% de permis de construire par exemple à l'automne 2008. Et une forte poussée du chômage : de 12,3% à 14,5% en un an. On a tangenté les 10 000 chômeurs. On a eu aussi à gérer malheureusement quelques sinistres industriels : Soreplast et plus récemment Richard-Ducros, l'usine historique de la ville (1).

Justement, l'État ne peut plus envisager de faire venir des entreprises de la taille de Richard-Ducros ?

Dans les années 70, une politique volontariste a été menée pour implanter plusieurs entreprises industrielles. C'était une arrivée artificielle d'investissements pilotés par l'État. Mais il n'a plus les moyens pour cela et ce n'est plus possible pour des raisons juridiques.

Aujourd'hui, l'État a évolué vers l'effort de création et d'implantation de PME porté part des acteurs locaux, grâce en particulier à l'école des mines et son incubateur. Cette stratégie de développement dite auto-centrée a eu des résultats. Le taux de chômage est passé ainsi de 20% en 1999 à 12,3% quand je suis arrivé.

Le rôle de l'État est désormais de s'engager en matière d'infrastructures. Je suis à ce titre satisfait de l'aménagement de la 2 fois 2 voies (RN 106) du contournement de La Calmette pris intégralement en charge par l'État à hauteur de 18 M€ dans le cadre du plan de relance. C'est un geste fort pour améliorer la liaison Nîmes - Alès vers l'autoroute. Pareil pour le viaduc de Courbessac pour la liaison avec le TGV et la future gare de Manduel. Il faut combattre l'isolement d'Alès. La vocation industrielle du bassin est liée à la houille et non à son emplacement sur un axe stratégique.

Votre successeur, Jacques Delpey, aura à poursuivre le Spel, le service public de l'emploi local mis en place ces derniers mois ?

L'idée de base du gouvernement est que les réalités de l'emploi sont des réalités très locales. Auparavant, Alès était un des premiers bassins à se doter d'une plateforme de ressources humaines pour aider les PME à s'adapter de manière offensive, pour partir à la conquête d'un marché, et défensive, en cas de difficulté.

On va prolonger cette expérience dans la GTEC, la gestion territoriale des emplois et des compétences (voir ci-contre). L'intérêt est de savoir le volume d'emplois et les types de postes recherchés pour adapter les formations. Cet outil doit permettre d'analyser la réalité et les potentialités. Sur Alès on sait déjà que la population active est un peu plus âgée, un peu plus masculine et a un profil industriel. On a des entreprises très variées allant du tourisme à la haute technologie. L'idée est d'adapter tout cela.

L'autre particularité du Spel sur le bassin, c'est la clause sociale de marché public. Près de 50000 heures de travail d'insertion ont été créées par des entreprises liées à un marché public. Elles sont destinées aux jeunes sans qualification et aux bénéficiaires du RSA. Le dispositif marche très bien grâce à la Maison de l'emploi et au soutien technique du FSE (fonds social européen).

Vous avez eu des mots très durs contre le groupe Fayat, qui a racheté Richard-Ducros fin 2010, avant finalement de déposer le bilan au printemps. L'entreprise pouvait-elle être sauvée ?

C'est difficile de refaire l'histoire. Certes la société connaissait des faiblesses : un carnet de commandes en baisse et des dettes. Mais tous les services de l'État dans le Gard, le préfet en tête, nous pensons que quand on est un groupe comme Fayat on ne peut faire un tel investissement pour finir par un dépôt de bilan et la liquidation judiciaire de la société avec 230 licenciements économiques. Le groupe aurait pu venir ici à Alès pour renflouer Richard-Ducros, ou au moins aider en proposant un plan de continuation. Il a été condamné à verser 12 M€ pour le plan social et la revitalisation du bassin. L'appel sera jugé le 22 novembre prochain devant le tribunal de grande instance de Nîmes. Avec cette procédure judiciaire, on veut l'amener à négocier. Fayat doit compenser !

(1)L'usine métallière, fondée il y a 143 ans à Alès, a été liquidée par le tribunal de commerce de Paris en avril dernier. Elle comptait environ 300 salariés, répartis sur trois sites, dont 230 à Alès.

Les actions de l'État sur le bassin

L'État débourse 700 000 € pour aider le pôle mécanique à s'agrandir, notamment allonger la piste d'essai principale. Sur le terrain culturel et touristique, 2 M€ vont être débloqués pour la rénovation de la cathédrale d'Alès et 4 M€ pour un projet global de dynamisation du tourisme entre Anduze et Saint-Jean du Gard : 3 M€ pour aménager le musée des vallées cévenoles dans une ancienne filature de soie de St-Jean et 1,5 M€ pour la rénovation des voies du petit train à vapeur. 4 M€ seront nécessaires en tout pour que le train puisse rouler après 2015. "On attend la réponse du Conseil général et de la Région. Vous voyez que les services de l'État peuvent être réactifs !", se réjouit Philippe Portal.